Affaires et économie

Géographie du bonheur

Comment va la vie en ville ? Mieux que la moyenne canadienne à Saguenay, Trois-Rivières, Sudbury, Québec, Sher­brooke, Gatineau, Moncton, et même… Montréal !

Photo : Flickr / eltpics
Photo : Flickr / eltpics

Comment va la vie en ville ? Mieux que la moyenne canadienne à Saguenay, Trois-Rivières, Sudbury, Québec, Sher­brooke, Gatineau, Moncton, et même… Montréal !

Selon une opinion répandue, les économistes ne se préoccupent que d’argent et de bien-être matériel. Ils n’en auraient que pour le produit intérieur brut (PIB) des nations. Bizarre ! Car, au contraire, la recher­che sur le bonheur et ses raisons a fait des pas de géant depuis 50 ans, et c’est en grande partie grâce aux travaux de certains d’entre eux.

Par exemple, l’économiste Chris Barrington-Leigh, de l’Université McGill, a calculé que le degré de satisfaction des Québécois à l’égard de leur vie place aujourd’hui le Québec au deuxième rang des nations les plus heureuses de la terre, tout juste derrière le Dane­mark. Il a tiré cette conclusion des résultats obtenus par la maison de sondage Gallup et les Nations unies. S’appuyant sur les enquêtes menées par Statistique Canada depuis 1985, il a aussi pu observer qu’au cours de cette période le Québec est passé de la plus malheureuse à la plus heureuse des grandes provinces canadiennes.

Source : Statistique Canada
Source : Statistique Canada

Incidemment, on vient d’en apprendre un peu plus sur le bonheur des Canadiens… en ville. Les économistes Chaohui Lu, Feng Hou et Grant Schellenberg, de Statistique Canada, et John Helliwell, de l’Université de la Colombie-Britannique, ont évalué les niveaux moyens de satisfaction à l’égard de la vie qu’on mène dans les 33 régions métropolitaines du Canada. Ils ont exploité à cette fin l’information tirée d’enquêtes de Statistique Canada ayant atteint au total 340 000 répondants de 2009 à 2013. Le tableau ci-dessus montre le classement d’une vingtaine de villes selon cet indice du bonheur.

On y constate d’abord que les 10 premières places sont occupées par des municipalités de taille moyenne et qu’elles sont largement dominées par les villes du Québec. Saguenay et Trois-Rivières arrivent en tête, suivies un peu plus loin de Québec et de Sherbrooke. Gatineau, qui regroupe le quart des habitants de la région de la capitale fédérale, arrive au 10e rang. On trouve aussi, parmi les plus heureuses hors du Québec, deux agglomérations à forte densité francophone, Sudbury et Moncton. Plus loin, Montréal se démarque. On est plus heureux à Ottawa et à Montréal que dans les quatre autres villes canadiennes de plus d’un million d’habitants, soit Calgary, Edmon­ton, Toronto et Vancouver.

Les quatre chercheurs ont étudié plus en détail les raisons du bonheur. Sans surprise, ils confirment la célèbre formule d’Yvon Des­champs : on est plus heureux riche et en santé que pauvre et malade. Il vaut mieux également avoir un emploi qu’être chômeur ; être jeune ou vieux que dans la quarantaine ; vivre en couple qu’être célibataire, veuf ou divorcé ; et avoir des liens avec sa collectivité plutôt qu’être isolé.

Soulignons que, sans être la seule caractéristique qui influence le bonheur, la richesse matérielle compte pour beaucoup. Dans les études qui cherchent à expliquer les différences internationales dans les évaluations moyennes de la satisfaction exprimée à l’égard de la vie, le revenu reste le facteur le plus important. On le constate lors de chaque récession : une simple chute de 1 % du PIB par habitant, amplifiée par une hausse con­comitante du chômage, répand la détresse financière et humaine chez une bonne partie de la popu­lation. Cela suffit souvent à battre un gouvernement.

Allons, poursuivons l’été en beauté en suivant la route du bonheur. Après les festivités de Montréal, quoi de mieux que d’aller faire un tour du côté de Gatineau, de Sherbrooke, de Québec, de Trois-Rivières ou… du Royaume !