Affaires et économie

Trois enjeux d’équité intergénérationnelle à suivre durant la campagne fédérale

Les grands partis fédéraux n’ont pas encore rendu publiques leurs plateformes électorales. Voici ce qui devrait y figurer.

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Les trois grands partis fédéraux n’ont toujours pas rendu publiques leurs plateformes électorales officielles.
Blogue Economie

Si les libéraux et les néo-démocrates peuvent plaider qu’ils n’étaient pas prêts pour une campagne hâtive, les conservateurs, eux, n’ont évidemment pas l’excuse d’avoir été pris par surprise. Le parti de Stephen Harper pourrait tout simplement vouloir attendre d’être plus près du scrutin pour dévoiler ses promesses afin de tirer profit d’une meilleure situation économique et de faire des propositions plus généreuses.

Dans le but de combler ce vide politique, je soumets ici trois grands enjeux d’équité intergénérationnelle, ainsi que les propositions que j’espère voir dans les plateformes électorales des trois principaux partis fédéraux — le Parti conservateur (PC), le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral du Canada (PLC) — afin d’y répondre.

L’âge de la retraite

Une des seules promesses concrètes apparaissant déjà sur le site du NPD est celle de ramener l’âge officiel de la retraite de 67 ans à 65 ans. Le PLC fait la même promesse.

Réaliser cela serait une erreur, et ce, pour plusieurs raisons.

Premièrement, en 1965, lorsqu’on a fixé l’âge officiel de la retraite à 65 ans, l’espérance de vie des Canadiens était de 70 ans. Ceux-ci peuvent maintenant espérer vivre jusqu’à 82 ans. Le travailleur moyen passera donc 12 ans de plus à la retraite que ses ancêtres. Durant cette même période, le nombre moyen d’années d’études a augmenté, ce qui retarde l’intégration au marché du travail. La réduction du nombre d’années travaillées, alors que le nombre d’années à la retraite augmente, mettrait une grande pression sur les régimes de retraite. 

Deuxièmement — et c’est particulièrement vrai au Québec —, le vieillissement de la population pourrait entraîner une stagnation ou même un déclin de la population active. Un tel scénario viendrait réduire de moitié la croissance économique, qui tire habituellement (et à parts égales) son origine des gains de productivité et de la croissance du nombre de travailleurs. Cette réduction de la croissance économique ferait très mal à nos finances publiques, qui en dépendent. Nous devons donc faire ce que nous pouvons pour encourager les sexagénaires à continuer de travailler.

Finalement, une partie de l’argumentaire pour cette réversion est basée sur une notion erronée de l’économie : le sophisme d’une masse fixe de travail. Selon ce raisonnement, il y a une quantité donnée de travail dans l’économie ; par conséquent, si les personnes âgées se retirent, cela laissera la place aux jeunes et fera baisser le taux de chômage. En réalité, lorsque les personnes âgées quittent le marché du travail, elles dépensent nettement moins. L’économie ralentit et nécessite donc moins de travailleurs, ce qui laisse le taux de chômage inchangé.

Dans notre Budget des jeunes, nous proposions que le Québec suive le fédéral en ce qui concerne la hausse de l’âge de la retraite.

Malgré le fait que ce sont les conservateurs qui ont changé la loi et fait passer l’âge de la retraite de 65 ans à 67 ans, je serais surpris qu’ils s’opposent fortement à la proposition de diminuer l’âge de la retraite durant la campagne, car les personnes âgées représentent un bloc d’électeurs extrêmement puissant en raison de leur taux de participation électorale très élevé.

J’encourage tout de même les jeunes conservateurs à faire pression sur leur parti à propos de ce sujet.

Les services de garde

Une autre des trois propositions concrètes du NPD est de créer un million de places à 15 dollars dans des services de garde situés partout au Canada.

Voilà une excellente idée. Des services de garde de qualité rapportent des bénéfices immenses. Ils font augmenter le taux de participation au marché du travail des femmes avec de jeunes enfants, ce qui stimule l’économie, aide les finances publiques et contribue à réduire le taux de pauvreté chez ces mêmes jeunes enfants.

Si ces services de garde sont de bonne qualité, ils contribuent de surcroît au développement des enfants et font ainsi baisser le pourcentage de jeunes en difficulté à l’école.

Finalement, ces services de garde offrent un service gouvernemental à une partie de la population qui, normalement, reçoit généralement très peu en retour de ses impôts, car elle est en santé et ne se trouve plus aux études.

Le diable est toutefois dans les détails, particulièrement au Québec. La province compte déjà environ 230 000 places subventionnées, «vendues» de 7,30 dollars à 20 dollars, selon le revenu. Le gouvernement fédéral nous offrira-t-il une subvention pour ces places déjà créées ? La Constitution garantit un financement équivalent aux provinces qui fournissent un service semblable, mais je ne sais pas exactement comment la loi s’appliquerait dans un tel cas.

Le NPD propose que le fédéral paie environ 5 000 dollars sur les 8 400 dollars annuels que coûte une place en garderie. Si le gouvernement fédéral donnait tout de suite un montant de 5 000 dollars par place pour les 230 000 places déjà offertes au Québec — donc 1,15 milliard de dollars —, cela soulèverait certainement un tollé dans le reste du Canada.

Si, au contraire, on offrait une subvention uniquement pour la création de places (ce qui avantagerait surtout le reste du Canada), ce sont les Québécois qui se fâcheraient.

Un juste milieu qui rendrait tout le monde satisfait ne sera pas facile à trouver, mais une telle complexité ne rend tout de même pas l’idée mauvaise. Le PLC a, pour l’instant, promis de remplacer la Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE) par une prestation modulée selon le revenu des familles, mais je garde toujours en moi l’espoir que les libéraux promettront aussi de financer des places en service de garde.

Le logement social

Un enjeu majeur dont on a très peu entendu parler jusqu’à maintenant est le logement social.

En effet, 544 000 Canadiens, dont 125 000 Québécois, vivent en ce moment dans des logements sociaux en partie financés par le gouvernement fédéral.

Ce financement, chiffré à 1,6 milliard de dollars en 2014, passe par des ententes de longue date, mais plusieurs de ces ententes viendront à échéance dans les prochaines années. Si elles ne sont pas renouvelées, le financement fédéral du logement social diminuera rapidement, passant de 1,6 milliard en 2014 à 1 milliard en 2020, puis à 530 millions en 2025.

Malgré ce qu’en disent ses détracteurs, le logement social sert particulièrement bien la population âgée à faible revenu. Ce type de logement peut entraîner la création de «ghettos» dangereux et malsains s’il n’est pas accompagné d’autres programmes, mais cela est beaucoup moins fréquent chez les personnes âgées.

Qu’on soit pour ou contre le logement social, il est impossible de simplement ignorer le fait que 12,5 % des ménages du Canada ont un besoin impératif de logement, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) — c’est-à-dire qu’ils occupent un logis trop petit, qui a besoin de rénovations majeures ou qui coûte plus que 30 % de leur revenu avant impôt.

Il y a un enjeu majeur qui touche au logement au Canada, particulièrement chez les plus jeunes et les plus âgés.

Conséquemment, les trois grands partis devraient tous inclure dans leurs plateformes des politiques claires sur le logement social, et plus précisément sur le renouvellement des ententes de financement qui viennent à échéance.

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Dans un prochain billet, j’aborderai d’autres enjeux majeurs qui touchent à l’équité intergénérationnelle, notamment l’environnement et la fiscalité.