Affaires et économiePolitique

Pour en finir avec le mythe de la pauvreté du Québec

Attention aux données sur le revenu moyen des Québécois. Elles ne mentent pas, mais elles ne disent pas toute la vérité non plus.

Les Bougon
Les Bougon

Eh, misère! Encore un autre rapport pour nous dire que les Québécois sont pauvres. Cette fois-ci, c’est l’Institut de la statistique de Québec qui le dit, notant que le revenu disponible moyen est moins élevé au Québec que dans les autres provinces du Canada.

À première vue, les données ne font aucun doute: le Québécois moyen a moins d’argent dans ses poches que l’Ontarien moyen, que l’Albertain moyen… bref, que tout le monde. Et c’est exactement ce que les médias ont dûment relayé.

Mais attention: bien que les données ne mentent pas, elles ne disent pas toute la vérité non plus. Mario Dumont, par exemple, se trompe quand il renchérit que, «les pauvres du Québec sont plus pauvres qu’ailleurs, la classe moyenne est plus pauvre aussi.»

C’est que la moyenne n’est pas toujours le meilleur outil pour évaluer les inégalités. Les moyennes peuvent s’avérer trompeuses, car celles-ci sont influencées par les valeurs extrêmes comme les revenus très élevés. Par exemple, aux États-Unis, où le degré d’inégalité a beaucoup augmenté au cours des dernières décennies, l’écart entre le revenu médian et le revenu moyen des familles est passé de 19 % à 41 % entre 1977 et 2014.

La médiane n’est pas susceptible à cette influence des extrêmes. Si nous regardons le revenu médian des citoyens après taxes et impôts, et donc après les transferts qui font partie du «système québécois», nous trouvons que le Québécois médian a gagné 26 176 $ en 2012 et l’Ontarien médian 26 947 $. Les revenus moyens après impôts sur la même période étaient de 30 951 $ au Québec contre 34 004 $ en Ontario. On voit ainsi que le revenu moyen en Ontario est beaucoup plus élevé que le revenu médian. Dans les deux cas, les Québécois semblent être plus pauvres que les Ontariens, mais lorsqu’on ajoute le coût de la vie au calcul de la richesse, les Québécois s’en tirent mieux.

Le loyer moyen – malheureusement le loyer médian n’est pas disponible, mais il y a raison de croire que la moyenne des loyers est moins susceptible aux distorsions que la moyenne des revenus — en Ontario est de 1,086 $ par mois contre 771 $ au Québec. Chaque mois, donc, il reste au Québécois médian 1410 $ à dépenser après avoir payé son loyer, contre 1159$ pour l’Ontarien médian.

Alors, où en sommes-nous, vraiment? La réponse est plus nuancée que les réactions à l’étude de l’ISQ ne le laissent croire. Il est vrai que les Québécois gagnent moins que les Ontariens. Il semble par contre que la majorité des Québécois ont un pouvoir d’achat équivalent ou supérieur à leurs confrères lorsqu’on tient compte du coût de la vie. Nous avons aussi une société plus égalitaire et un niveau d’endettement moins élevé par rapport aux citoyens du ROC.

De plus, les Québécois seraient mieux positionnés pour affronter les contre-courants économiques actuels. Selon le FMI, les sociétés plus égalitaires ont des meilleures perspectives de croissance et sont moins susceptibles aux crises financières. La leçon: gardons-nous de sabrer les services qui nous rendent plus égalitaires et nous distinguent du reste du Canada. Profitons-en au lieu de propager à l’infini cette fausse histoire de pauvreté par rapport à l’Ontario.