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La grande alliance du sirop d’érable

Le prix du sirop québécois est fixé par la FPAQ en dollars canadiens. Si la faiblesse de notre devise se maintient, cela nuira aux producteurs américains.

Illustration: Alain Reno.
Illustration: Alain Reno.

L’ érable a beau être un symbole canadien, les Américains ne se privent pas d’exploiter sa sève: le sirop made in USA gruge chaque année des parts de marché aux cabanes à sucre du Québec, au point de représenter aujourd’hui près du quart des ventes mondiales.

Les producteurs québécois n’écoulent pas moins de barils qu’avant, bien au contraire. Mais les Américains accroissent leur récolte d’eau d’érable plus rapidement. Pas pour remplacer le sirop de maïs sur leurs pancakes, mais pour étancher leur soif de profits.

Faire pousser de l’argent dans les érables a déjà été impensable. La création d’une réserve pour entreposer les surplus de sirop, en 2000, a toutefois permis à la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) de maîtriser l’offre et de négocier de meilleurs prix. Plus encore, la demande mondiale ne cesse d’augmenter — en hausse de 52% en 10 ans —, en partie grâce à des campagnes de promotion ciblées de la FPAQ.

Attirés par des prix records et un marché en croissance, les Américains ont entaillé 10 millions d’arbres de plus depuis 2009, une augmentation de 32,5%. Au cours de la même période, seulement un million d’érables de plus ont été raccordés aux tubulures québécoises.

Pourquoi pas davantage? Contrairement aux Américains, les membres de la FPAQ ne peuvent pas entailler leurs arbres comme bon leur semble. Toute augmentation des quotas doit être approuvée par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, un tribunal administratif.

Hélas! la Régie est lente. Une demande de la FPAQ pour entailler 2,5 millions d’arbres est en attente depuis près d’un an.

La gestion de l’offre stimule donc la concurrence américaine tout en limitant la capacité du Québec d’y répondre. Un effet indésirable, que certains estiment suffisant pour abolir le système actuel. Voilà qui serait aussi bête que de renoncer à un médicament prometteur sous prétexte qu’il donne la nausée.

Or, accepter la nausée sans chercher à l’atténuer est tout aussi ridicule. Le rapport Gagné sur les enjeux de l’industrie acéricole québécoise, rendu public en février dernier, propose des modifications pour rendre ce secteur plus concurrentiel, dont la fin des quotas. Les appliquer nécessitera toutefois une volonté politique forte et des négociations ardues avec les acteurs du milieu.

En attendant, la FPAQ pourrait tendre la main… à son concurrent américain.

Le sirop d’érable est une ressource limitée géographiquement. Seuls le Canada et les États-Unis en produisent, alors que la demande est mondiale. Les deux pays n’auraient-ils pas intérêt à agir ensemble pour développer le marché?

Pour la première fois de son histoire, la FPAQ explore cette option. À l’invitation de la chaîne américaine Omni Hotels, qui souhaite mettre en vedette le sirop dans ses établissements, la Fédération négocie un partenariat avec des producteurs du Sud. Une entente pourrait voir le jour dès cette année.

Une alliance réussie pourrait ouvrir la voie à une coopération plus large. La FPAQ a acquis une expertise précieuse dans la promotion des produits de l’érable à l’étranger: après le Japon, l’Allemagne et l’Angleterre, elle s’attaque à l’Inde. Combiner le savoir québécois aux capitaux américains générerait une force de frappe inégalée sur le plan du marketing.