Affaires et économie

Pourquoi les médecins sourient-ils?

La hausse excessive de rémunération que le gouvernement a accordée en 2007 aux médecins leur procure un avantage de pouvoir d’achat de 19 % à 34 % par rapport à leurs confrères ontariens.

(Photo: Wesley Wilson/Pexels)
(Photo: Wesley Wilson/Pexels)

Est-ce que les médecins sont payés trop cher au Québec? Oui, sans aucun doute. Pour commencer, le tableau ci-dessous montre qu’un médecin québécois ayant travaillé à temps plein en 2013-2014 a obtenu en moyenne 257 000 dollars en rémunération clinique à l’acte s’il était un médecin de famille et 408 000 dollars s’il était un spécialiste.

economie médecins salaires rémunération tableauComment déterminer si ces rémunérations annuelles sont insuffisantes ou excessives? En les comparant à une norme économiquement et socialement acceptable: le revenu que les médecins québécois auraient dû toucher afin d’obtenir exactement le même pouvoir d’achat que leurs confrères ontariens. Ce qui importe en effet pour le bien-être matériel, ce n’est pas la quantité de dollars qu’on reçoit, mais le véritable pouvoir d’achat, c’est-à-dire le volume réel de biens et de services qu’on peut se procurer avec eux.


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Or, la vie coûte plus cher en Ontario qu’au Québec. En moyenne, en 2013-2014, les prix à la consommation de ce que les ménages ont acheté étaient 12 % plus bas ici que là-bas. On n’avait besoin que de 88 dollars au Québec pour acheter ce qui coûtait 100 dollars en Ontario.

economie médecins rémunération encadreLa portée de cette observation sur la rémunération qu’il aurait fallu accorder aux médecins du Québec pour qu’ils jouissent du même pouvoir d’achat qu’en Ontario est majeure. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, la rémunération clinique à l’acte des médecins de famille ontariens ayant travaillé à temps plein en 2013-2014 a été en moyenne de 246 000 dollars. Le tableau indique en conséquence qu’il aurait fallu un revenu de 216 000 dollars, soit 12 % de moins, aux médecins de famille québécois pour bénéficier au Québec du même pouvoir d’achat qu’en Ontario. Comme les médecins de famille québécois ont effectivement obtenu 257 000 dollars en moyenne, ils ont pu profiter de 41 000 dollars de plus (+ 19 %) que la norme de 216 000.

Selon un calcul semblable, la norme de revenu qui aurait dû être respectée pour que les médecins spécialistes québécois bénéficient du même pouvoir d’achat que leurs confrères ontariens, sans plus, était de 303 000 dollars en 2013-2014. À 408 000 dollars, la rémunération moyenne des médecins spécialistes québécois a donc dépassé la norme de 105 000 dollars (+ 34 %).

En utilisant la parité de pouvoir d’achat avec l’Ontario comme point de repère, je ne crée pas ici une exception pour les médecins. Au contraire, cette parité avec les confrères ontariens est répandue parmi les hauts salariés québécois. Cette norme se vérifie approximativement pour l’ensem­ble des cadres supérieurs des entreprises du Québec depuis 10 ans.

Seulement en 2013-2014, l’excès de générosité envers les médecins du Québec a coûté 838 millions de dollars aux contribuables québécois. On ne peut pas jeter le blâme sur les syndicats de médecins. Ils ont simplement négocié avec diligence afin de maximiser l’avantage de leurs membres. C’est pour cela qu’ils existent! La faute incombe à l’imprévoyance du gouvernement du Québec. Il a signé en 2007 une entente de rattrapage rigide avec les médecins qui leur a ouvert ces vannes de dollars sans tenir compte de l’évolution éventuelle des rémunérations dans la province voisine.

Inutile d’ajouter que l’austérité imposée dans les années récentes aux autres secteurs de l’activité gouvernementale afin de parvenir à l’équilibre budgétaire s’explique en bonne partie par la nécessité d’absorber cette énorme facture annuelle supplémentaire de 838 millions.