Affaires et économie

Notre plus beau cadeau en 100 ans

De toutes les priorités avec lesquelles doit jongler le gouvernement du Québec, rien ne peut surpasser en importance le sain développement des enfants.

Photo: Famveld/Alamy Stock Photo
Photo: Famveld/Alamy Stock Photo

L’ ophtalmologiste pédiatrique mondialement réputé de l’hôpital Sainte-Justine, Jean Milot, a récemment décrit comme suit l’horreur de la mortalité infantile d’autrefois: «À la fin du XIXe siècle, la mortalité infantile cause des ravages effroya­bles dans les grandes villes du Québec. Un nombre considérable d’enfants ne vivent même pas une année. À cet égard, certaines données statistiques des villes de Montréal et de Québec sont révélatrices. À Montréal, en 1899, on compte 2 071 morts pour 7 715 naissances, soit un taux de 26,8 %. Les statistiques de la ville de Québec pour la même année sont encore plus significatives: sur 1 332 naissances, on compte 665 morts, soit un taux de 49,9 %.»

À l’époque, les maladies infectieuses, comme la diphtérie, la scarlatine et la rougeole, étaient répandues. Parmi elles, c’est l’inflammation intestinale (entérite) consécutive à l’ingestion de lait de vache contaminé qui était la plus grande faucheuse de vies chez les enfants. Emportés par la diarrhée chronique.

Les données crues du Dr Milot ne sont pas que des statistiques abstraites. Elles correspondent concrètement à ce qui est arrivé dans ma famille. Ma grand-mère Fortin a eu 15 enfants, dont seulement 10 ont survécu; elle est morte lors de l’accouchement prématuré de son 16e. Ma grand-mère Angers, elle, a perdu deux petits sur les six qu’elle a enfantés. Auparavant, sa belle-mère (mon arrière-grand-mère) avait vu grandir seulement cinq enfants sur les neuf qu’elle avait mis au monde. Le sort de ces femmes et de leurs enfants fut représentatif de l’expérience vécue par les familles québécoises de l’époque, des plus fortunées comme des plus humbles.


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Le contraste avec la réalité d’aujourd’hui est saisissant. Depuis 1900, la mortalité infantile a presque disparu. Avec l’avènement des antibiotiques, la médecine curative a aidé. Mais ce sont surtout les mesures d’hygiène et de prévention qui ont fait le travail: l’inspection des fermes laitières, la pasteurisation surveillée du lait, la réfrigération appropriée, les consultations prénatales et postnatales gratuites, l’amélioration des conditions sanitaires et sociales. Aujourd’hui, ce n’est plus, comme autrefois, un enfant sur trois ou sur quatre qui meurt avant l’âge d’un an au Québec, mais un seul sur 200.

Beaucoup d’autres innovations ont grandement amélioré notre bien-être économique depuis 100 ans: l’eau potable coulant du robinet, les toilettes intérieures, les égouts souterrains, l’électricité, l’éclairage, les électroménagers, le chauffage central, le téléphone, le remplacement du cheval par l’automobile, le phonographe, la radio, le cinéma, la télévision, l’aviation commerciale, l’air conditionné, le crédit hypothécaire, les assurances, la sécurité sociale, la semaine de travail de 40 heures plutôt que de 60, les vacances annuelles, le guichet automatique, l’ordinateur personnel, Internet et tous les produits numériques.

Mais notre plus beau cadeau, ce sont encore nos petits enfants libérés des affres de la maladie et de la mort. Encore faut-il maintenant faire de leur sain développement jusqu’à l’âge adulte notre plus grande priorité. Ils ont besoin non seulement de parents et de grands-parents qui les aiment et les appuient, mais aussi de services de garde de qualité, d’une télévision jeunesse éducative, d’enseignants compétents, respectés et bien rémunérés, d’un système scolaire qui fait place aux initiatives individuelles, d’un investissement soutenu dans leur persévérance et leur réussite, et de services adaptés en présence de difficultés particulières.

Il faut soigner adéquatement nos parents vieillissants, mais aussi préparer au mieux l’avenir de nos enfants. Pas la santé «ou» l’éducation, mais la santé «et» l’éducation.