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L’assurance inondation, une espèce rare

Le Canada est le seul pays du G7 sans programme national d’assurance contre les inondations. Mais la situation commence à changer.

(La Presse Canadienne/Graham Hughes)

Alberta, juin 2013. Les pires inondations de l’histoire du pays forcent l’évacuation de 100 000 personnes, en plus de faire cinq morts.

Avec 25 000 réclamations totalisant 1,7 milliard de dollars, la catastrophe a été la plus coûteuse de l’histoire au Canada après les incendies de forêt de Fort McMurray (3,58 milliards), selon le Bureau d’assurance du Canada.

Mais en dollars constants, la « crise du verglas » au Québec, en 1998, arriverait en deuxième place… même si l’étendue des dégâts était largement supérieure dans le cas des inondations.

Jusqu’à l’an dernier, l’assurance inondation n’existait pas au Canada. « Les gens pouvaient croire qu’ils étaient assurés, mais ils ne l’étaient pas, explique Pierre Babinsky, du Bureau d’assurance du Canada. Depuis l’an passé, et depuis la mi-mars au Québec, certains assureurs ont commencé à l’offrir. »

Les assureurs ont modifié leur offre après les inondations de 2013 en Ontario et en Alberta, mais aussi parce qu’ils manquaient d’outils pour évaluer le risque, comme les données hydrographiques et topographiques. Le BAC estime maintenant que de 10 % à 15 % des Canadiens possèdent une assurance inondation, mais cette proportion est plus faible au Québec. L’assureur doit bien sûr évaluer le risque, ce qui a un effet sur la prime.

Il faut dire que le Canada est le seul pays du G7 sans programme national d’assurance contre les inondations. Le BAC travaille avec l’État pour changer la situation. Objectif poursuivi : un partenariat public-privé, où les autorités accordent une subvention sur la prime afin qu’elle soit abordable pour les assurés.

Ottawa pourrait ainsi diminuer ses coûts liés aux indemnités. « Avec l’argent économisé, l’État pourrait mettre en place des mesures préventives ou d’atténuation », dit-il.

« Ça fait de nombreuses années que l’industrie travaille à mettre ça sur le marché, dit M. Babinsky. Entendons-nous, cependant : le programme fédéral de dédommagements a quand même son efficacité. »

L’eau dépasse le feu

« Il y a 30 ans, les principaux dommages étaient occasionnés par le feu. Depuis, la sécurité incendie s’est améliorée, et le risque a diminué. Sauf que, en même temps, des inondations qu’on voyait tous les 30 ou 40 ans surviennent de façon plus fréquente, si bien que l’eau est devenue la cause principale de dommages en matière d’assurance habitation.

Selon nos données, pour chaque dollar payé en indemnités, la moitié va à des dommages causés par l’eau, principalement des bris liés aux infrastructures municipales. Et ça, c’est avant même l’arrivée de l’assurance inondation. Imaginez quand la couverture sera étendue. »

— Pierre Babinsky, Bureau d’assurance du Canada

Les inondations de cette année n’ont pas l’étendue de celles de Saint-Jean-sur-Richelieu, en 2011, où 3 000 maisons et chalets avaient été inondés. Mais le fait qu’elles surviennent en zones urbaines plutôt qu’en zones rurales risque de faire augmenter la facture : les propriétés secondaires ne sont généralement pas assurées, contrairement aux propriétés principales.

Même si les sinistrés n’ont pas d’assurance inondation, ils peuvent quand même être couverts pour d’autres aspects. « Les frais de subsistance, les dommages à votre voiture, par exemple, peuvent être couverts, illustre Maya Raic, de la Chambre d’assurance de dommages. Si le refoulement d’égouts est en cause, vous pourriez aussi être couverts. Chaque police d’assurance est unique, il faut vraiment consulter son assureur. »

Le coût pour les autorités

Et comment fonctionne le programme fédéral de dédommagements ? L’aide d’Ottawa est gérée par les provinces sur le principe du dollar par habitant. Pour arrondir, disons qu’avec une population de 8 millions de personnes, le Québec doit payer l’entièreté des 8 premiers millions de dollars. Au-delà de cette somme, le fédéral commence à contribuer à la facture de façon croissante et graduelle. Les données peuvent être consultées dans la Base de données canadienne sur les catastrophes.

Dépenses par nombre d'habitants dans la province Part de la facture défrayée par le gouvernement fédéral
Premier dollar par habitant 0 %
Deuxième et troisième dollars par habitant 50 %
Quatrième et cinquième dollars par habitant 75 %
Au-delà de ce seuil 90 %

Au Québec, pour résumer grossièrement, sur les premiers 40 millions de dollars, Québec paie 22 millions, tandis qu’Ottawa fournit le reste. Au-delà de ce seuil, le fédéral s’acquittera de 90 % de la facture supplémentaire.

En Alberta, le fédéral avait réservé une somme de 2,8 milliards de dollars. Cette somme comprenait aussi le demi-milliard pour la construction de deux canaux qui devaient prévenir la montée des eaux dans certaines collectivités.

Au Québec, à la suite des inondations de la rivière Richelieu, les autorités provinciales ont rehaussé de 100 000 à 150 000 dollars l’indemnisation accordée aux propriétaires de maisons inondées, en plus de mesures particulières prévues pour les propriétaires d’entreprises.

Mais une nouvelle facture aurait pu s’ajouter. Depuis l’adoption d’un décret, en 2012, l’armée canadienne peut désormais faire payer son aide aux provinces en cas de catastrophes naturelles. Selon La Presse, les coûts pour le verglas auraient atteint 44 millions s’ils avaient été facturés, tandis que ceux des inondations de la vallée du Richelieu auraient atteint 3,9 millions.

Mais Ottawa a d’ores et déjà annoncé qu’il allait payer pour le déploiement des militaires.