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La guerre des assistants personnels est lancée

Amazon, Apple et Google souhaitent se tailler une place de choix dans votre salon. Leurs petits haut-parleurs connectés sont les chevaux de Troie qui leur permettront d’y arriver. 

Les haut-parleurs connectés Echo (Amazon), HomePod (Apple) et Google Home (Google).

Amazon a son haut-parleur Echo pour accéder à l’assistant Alexa, Google a son Google Home pour parler avec l’Assistant Google, et Apple a dévoilé cette semaine, à la Worldwide Developers Conference (WWDC), son nouveau HomePod, un haut-parleur connecté pouvant être commandé par l’assistant Siri.

Dans les trois cas, le but de ces géants des technologies n’est pas seulement de vendre des appareils, mais surtout de convaincre des millions d’utilisateurs d’embrasser encore plus leur écosystème.

Trois haut-parleurs

Les haut-parleurs connectés varient de l’un à l’autre, mais leur fonctionnement demeure le même : ces appareils écoutent en permanence ce qui est dit autour d’eux grâce à un ensemble de microphones performants, et s’activent lorsqu’un mot-code précis est prononcé (« Alexa », « Hey Siri » ou « OK Google »).

L’utilisateur peut alors poser des questions générales à voix haute (« Combien font 350 degrés Fahrenheit en degrés Celsius ? »), poser des questions personnelles (« Quand dois-je partir pour mon prochain rendez-vous ? » ) ou avoir recours à des services tiers pour allumer une ampoule connectée ou même se faire livrer de la pizza, le tout sans passer par un téléphone ou un ordinateur.

Les haut-parleurs connectés sont généralement installés au salon, mais peuvent également trouver leur place dans la cuisine ou la chambre à coucher.

Aux États-Unis, Amazon domine pour l’instant ce jeune marché, en partie parce que son Echo (179 $ US) détient une bonne longueur d’avance sur les autres, avec un lancement en 2014. Ce grand haut-parleur allongé et son petit frère Echo Dot (49 $ US) sont d’ailleurs ceux qui peuvent accomplir le plus de choses, grâce aux multiples partenaires d’Amazon.

Google Home (129 $ US) connaît aussi un certain succès depuis son lancement en novembre dernier aux États-Unis. Ses utilisateurs apprécient notamment son intégration avec les nombreux autres services de Google, son format compact et la facilité avec laquelle plusieurs personnes peuvent s’en servir.

Le haut-parleur HomePod d’Apple, fait plus en largeur que ses concurrents, sera lancé aux États-Unis en décembre pour 349 $ US. Il offre des fonctionnalités connectées un peu moins poussées, mais en contrepartie, il mise sur sa qualité audio, qui devrait être suffisante pour bien des gens afin d’en faire la source musicale principale au salon, ce pour quoi n’ont pas été conçus les haut-parleurs d’Amazon et de Google.

Trois écosystèmes

Bien qu’Amazon, Apple et Google accumulent des profits en vendant ces haut-parleurs, leur intérêt financier est ailleurs.

Pour profiter pleinement de l’Echo d’Amazon, il faut par exemple être abonné au service Amazon Prime qui, pour 10,99 $ US par mois aux États-Unis, permet de commander des millions de produits sans frais de livraison, avec une livraison le jour même dans certains cas. Cet abonnement permet aussi d’accéder au service vidéo en ligne Amazon Prime Video et au service de musique illimitée Amazon Music.

Il suffit donc de dire « Alexa, achète du papier essuie-tout » pour qu’un livreur arrive le soir même avec quelques rouleaux de notre marque préférée. La simplicité du service fait en sorte que les utilisateurs s’en servent de plus en plus, et que les 179 $ US investis dans un Echo se transforment rapidement en plusieurs centaines de dollars d’achats à Amazon par année.

Il en va de même avec le haut-parleur d’Apple. Le HomePod devrait être une bonne enceinte en soi, mais celle-ci fonctionnera mieux avec un abonnement au service musical Apple Music (10 $ par mois) ainsi qu’avec un iPhone ou un iPad. Quand viendra le temps de changer de téléphone intelligent, la présence d’un HomePod à la maison pourrait donc suffire à convaincre les utilisateurs de remplacer leur iPhone par un autre iPhone, plutôt que d’aller voir du côté d’Android.

Le haut-parleur Google Home s’inscrit également dans cette logique. Les propriétaires de l’appareil utilisent de plus en plus les autres services de Google, et continuent de transmettre leurs données personnelles en échange de services gratuits (des données qui peuvent être transformées en profit par Google et ses algorithmes, bien entendu).

Dans tous les cas, le fait que les utilisateurs n’achètent qu’un seul haut-parleur connecté à la fois, et qu’ils investissent donc dans une plateforme plus que dans les autres, devrait encore davantage attiser l’attrait des géants technos pour ce nouveau marché.

Et au Canada ?

La guerre des assistants personnels se déroule présentement surtout aux États-Unis et au Royaume-Uni. Elle se déplacera toutefois au Canada dès cet été, avec l’arrivée du haut-parleur Google Home, qui sera lancé le 26 juin pour 179 $ (en français et en anglais).

Google pourrait avoir le champ libre pour quelques mois par la suite, puisque Apple ne lancera pas son HomePod de notre côté de la frontière avant 2018. En ce qui concerne Amazon, aucune date de lancement au Canada pour l’Echo ou l’Echo Dot n’a été annoncée. Il serait toutefois étonnant que l’entreprise cède son avance acquise aux États-Unis en laissant ses deux concurrents prendre d’assaut le marché international très longtemps.

La guerre est lancée, et les enjeux sont beaucoup trop importants pour prendre son temps.