Le brevet le plus controversé du web prend fin
Affaires et économie

Le brevet le plus controversé du web prend fin

L’achat en un clic, la «technologie» qui a permis à Amazon de dominer le commerce en ligne, fait désormais partie du domaine public.

Sans tambour ni trompette, le brevet derrière le bouton «Acheter en 1-Click» d’Amazon a expiré le 12 septembre dernier. Dorénavant, tous les sites qui le désirent peuvent intégrer cette technologie qui permet d’enregistrer les informations de paiements d’un client afin que celui-ci puisse passer une commande en un seul clic.

Le brevet, intitulé «Méthode et système pour passer une commande via un réseau de communication», avait été accordé en 1999 à Amazon. À l’époque, la jeune compagnie vendait essentiellement des livres, et elle avait immédiatement utilisé ce nouvel avantage pour poursuivre, avec succès, le libraire Barnes & Nobles qui employait une méthode semblable.

Dès lors, toute entreprise qui souhaitait offrir l’achat en un clic devait demander la permission à Amazon et payer des redevances. C’est ce qu’a fait Apple, notamment, pour intégrer la fonction dans iTunes et dans sa boutique numérique. La plupart des sites de commerce en ligne, petits et gros, ont toutefois été contraints de conserver deux étapes et plus pour conclure une transaction.

Cela peut sembler bénin. Mais dans le cybercommerce, chaque clic ou formulaire supplémentaire augmente la possibilité que le client change d’idée et ferme la page. Au point où certains experts voient en cette propriété intellectuelle l’une des causes de la dominance d’Amazon aujourd’hui.

«Ce brevet était une aberration, affirme Sandrine Prom Tep, professeur en marketing interactif à l’ESG-UQAM. C’était fou d’accorder l’exclusivité pour une technologie aussi simple. Cela démontre à quel point les autorités sous-estimaient l’importance du commerce électronique à l’époque.»

L’Office européen des brevets a toutefois été plus clairvoyant que ses équivalents canadiens et américains en refusant la demande d’Amazon.

Mais tout cela fait désormais partie du passé. L’achat en un clic se propagera rapidement dans l’ensemble du Web et simplifiera grandement la vie des consommateurs, n’est-ce pas? …eh non! «Ce n’est pas parce qu’un brevet prend fin que toutes les compagnies vont l’utiliser, souligne Sandrine Prom Tep. Il y a déjà nombres de bonnes pratiques numériques reconnues qui ne sont pas appliquées par les commerçants.»

Un constat que partage l’équipe de Panierdachat, une plate-forme québécoise pour créer des boutiques en ligne. Une grande partie de son temps consiste à aider ses clients à améliorer leurs fiches produits, qu’il s’agisse de la description ou des photos. «Oui, c’est important d’avoir un processus d’achat rapide, dit la présidente Emanuelle Duchesne. Mais si les premières étapes ne sont pas bonnes, ça ne sert pas à grand-chose d’optimiser la fin.»

La spécialiste du commerce numérique s’attend à ce que l’achat en un clic soit surtout adopté par les sites web où les gens reviennent régulièrement. «Pour la petite boutique où j’achète une fois un cadeau pour ma mère, c’est moins essentiel.»

D’ici quelques années, la décision d’intégrer l’achat en un clic ne reviendra peut-être plus aux commerçants eux-mêmes. En 2016, plusieurs entreprises technos se sont alliées pour définir un standard d’enregistrement des informations de paiement à l’intérieur même des navigateurs, tels Chrome et Firefox. Cela permettrait «d’appliquer l’achat en un clic à l’ensemble du Web», explique Richard Btaiche, gestionnaire de produit chez Shopify, une plate-forme de commerce en ligne qui fait partie du regroupement.

Il faudra toutefois trouver un autre nom pour décrire ce mode de paiement. Car contrairement au brevet, la marque de commerce «1-Click», enregistrée par Amazon, n’a pas de date d’échéance.