Jeu vidéo ou jeu de hasard?
Affaires et économieTechno

Jeu vidéo ou jeu de hasard?

La Régie des alcools, des courses et des jeux étudie le phénomène des microtransactions dans les jeux vidéos, dont les mécaniques s’apparentent parfois à celles de la loterie.

Sous leurs apparences ludiques, certains jeux vidéos cachent-ils une loterie conçue pour soutirer le plus d’argent possible aux joueurs? Même si c’était le cas, tout porte à croire que la Régie des alcools, des courses et des jeux n’aurait pas la juridiction nécessaire pour agir.

La Régie étudie en ce moment une polémique qui secoue l’industrie vidéoludique depuis quelques semaines: les microtransactions. Il s’agit d’achats effectués à l’intérieur d’un jeu vidéo, généralement en-deçà de 10 dollars. L’idée n’est pas d’acheter le jeu—le joueur le possède déjà— mais un élément qui bonifie son expérience d’une manière ou d’une autre. Par exemple, une peinture particulière pour sa voiture de course, ou encore une nouvelle habileté pour son personnage.

Or, de plus en plus d’éditeurs de jeu ajoutent un caractère aléatoire aux microtransactions. Celles-ci prennent en quelque sorte la forme d’un sac à surprise, que le joueur achète dans l’espoir d’obtenir le bonus convoité. Plus ce dernier est puissant, plus la probabilité de le recevoir est faible, ce qui encourage les achats répétitifs.

Cette mécanique est notamment présente dans Star Wars Battlefront II, un titre lancé par la compagnie américaine Electronic Arts à la mi-novembre. Dans ce jeu à 80 dollars, la progression est directement liée à l’utilisation de ces sacs à surprises numériques. Il est possible d’en obtenir gratuitement en cours de partie, mais au prix de longues heures devant son écran. La tentation d’allonger quelques dollars pour accélérer le tout devient alors forte.

Pour les joueurs, qui tolèrent généralement les microtransactions tant que celles-ci demeurent optionnelles, c’était la ligne à ne pas franchir. Avant même la publication de Star Wars Battlefront II, la communauté vidéoludique s’est enflammée contre Electronic Arts, notamment sur Reddit. Aux États-Unis, un membre de la Chambre des représentants a qualifié le jeu de « casino en ligne à thématique Star Wars conçu pour pousser les enfants à dépenser de l’argent ». Il veut restreindre la vente de titres semblables aux mineurs:

L’élu n’est pas le seul à voir ainsi. En Chine, les microtransactions aléatoires sont interdites depuis le 1er mai. En Australie, elles sont considérées comme une forme de jeu d’argent et une loi est en cours d’élaboration. En France, en Belgique et aux Pays-Bas, les autorités concernées étudient la situation.

Et au Québec? La Régie des alcools, des courses et des jeux « analyse ce genre d’activités », mais ne croit «pas avoir de juridiction à l’égard de ce phénomène», dit sa porte-parole Joyce Tremblay. «La position des avocats est assez claire, mais nous devons aviser les autorités avant de la rendre publique», explique-elle. À moins que Québec ne modifie la loi, il semble que la Régie ne puisse pas intervenir.

Chose certaine, ici comme ailleurs, l’industrie vidéoludique tentera de contrer toute forme de législation, parce que les microtransactions sont très lucratives. En 2016, elles ont généré 3,6 milliards de dollars américains pour Activision Blizzard, l’un des plus importants éditeurs de jeu de la planète. Une source de revenus que l’entreprise compte développer davantage.

Il faudra toutefois apaiser la colère des joueurs. C’est ce qu’a tenté de faire Electronic Arts en annonçant finalement le retrait des microtransactions de Star Wars Battlefront II. Mais loin de s’éteindre, le combat se tourne désormais contre d’autres titres, dont Forza 7, Shadow of War et Destiny 2, qui proposent le même procédé. Il est dangereux de jouer avec le jeu.