Le champion du sideline
Affaires et économie

Le champion du sideline

Chris Guillebeau est le champion du revenu d’appoint, cette façon de faire plus d’argent sans prendre un deuxième boulot. Son plus récent coup : publier un best-seller qui explique comment suivre son exemple.

Chris Guillebeau est, selon tous les standards, une étrange créature. Cet Américain de 39 ans a volé des voitures dans son adolescence, fait de l’aide humanitaire en Afrique de l’Ouest, visité tous les pays du monde et écrit cinq livres, dont deux se sont hissés au palmarès des succès de librairie du New York Times. Surtout, il n’a jamais occupé de véritable emploi.

Pour payer ses factures, il a vendu tout et n’importe quoi sur eBay, importé du café de Jamaïque, fait du marketing en ligne, organisé des voyages et offert ses services comme consultant — et il ne s’agit que d’une liste partielle.

Ce professionnel de l’à-côté gagne désormais sa vie grâce à l’écriture, des conférences et Side Hustle School, un balado quotidien où il raconte l’histoire de personnes qui, comme lui, ont trouvé des façons inusitées de générer des revenus. Chris Guillebeau est persuadé que tout le monde peut et devrait avoir un « sideline », et il explique comment y parvenir dans son dernier ouvrage, Side Hustle : From Idea to Income in 27 Days (Crown, 2017).

Lorsqu’on parle d’un à-côté, beaucoup pensent à un chalet à louer, ou bien à un immeuble de logements. Pour vous, de quoi s’agit-il ?

Louer une résidence secondaire est génial, mais encore faut-il en posséder une ! Acheter un immeuble locatif peut être intéressant, mais il faut beaucoup d’argent en partant. Or, un sideline doit être très accessible ; n’importe qui peut en trouver un, sans s’endetter. Il suffit d’utiliser les facultés et les outils qu’on possède déjà pour générer des revenus, en peu de temps.

Est-ce que conduire pour Uber, par exemple, compte comme un à-côté à vos yeux ?

C’est plutôt un emploi à temps partiel. Si vous conduisez pour Uber, c’est l’entreprise qui détermine votre rémunération et établit les règles à suivre. C’est correct, mais vous pouvez faire mieux. L’idée est de créer quelque chose — un service, un produit, un commerce — qui va profiter à vous-même plutôt qu’à quelqu’un d’autre.

Avez-vous un exemple ?

Des centaines ! Il y a une femme dont je raconte l’histoire dans mon livre, Sarah Hannington. Elle est directrice du marketing d’une entreprise en Floride et, parallèlement, elle vend des bonbons personnalisés. C’est un à-côté qui génère des profits dans les six chiffres chaque année ! Mais elle conserve son travail, qu’elle aime, et y est même davantage appréciée, car son patron sait qu’elle ne vient pas au bureau pour l’argent uniquement.

La sécurité d’emploi n’existe presque plus, même lorsque l’économie va bien. Avoir un sideline est rassurant. Et ça peut mener à une vie meilleure.

Vendre des bonbons personnalisés, ça ressemble beaucoup à créer une entreprise… Quelle est la différence avec un à-côté ?

Pour démarrer une entreprise, il faut généralement bâtir un plan d’affaires, recueillir des fonds, s’endetter, s’incorporer. Et le marché visé doit être assez grand. Un sideline est plutôt une petite activité qui convient à ceux qui veulent une autre source de revenus sans se lancer dans les affaires, sans quitter leur emploi et sans prendre de risques financiers. Évidemment, le potentiel de profits n’est pas aussi grand qu’avec une entreprise. Le cas de Sarah Hannington est exceptionnel, et bien des à-côtés ne vont générer que quelques centaines de dollars par mois. Ce n’est pas ça qui va exciter les investisseurs de Dragons’ Den [NDLR : la version anglophone de l’émission Dans l’œil du dragon], mais ça peut couvrir les mensualités d’une voiture, rembourser des dettes ou payer un voyage. Surtout, c’est très valorisant de faire de l’argent autrement qu’en travaillant pour une entreprise.

Dans votre livre, vous affirmez que c’est non seulement valorisant, mais nécessaire. Pourquoi ?

Le monde a tellement changé ces dernières années. La sécurité d’emploi n’existe presque plus, même lorsque l’économie va bien. Les gens vivent de l’incertitude, de l’anxiété. Avoir un sideline est rassurant. Et ça peut mener à une vie meilleure.

Vraiment ?

Oui ! J’aime l’exemple de Teresa L Greenway, une Américaine qui me rappelle ma grand-mère. Elle travaillait comme femme de ménage dans un motel, jusqu’à ce qu’elle lance un cours en ligne sur le pain au levain. Ça lui a rapporté 25 000 dollars la première année, puis 80 000 dollars la suivante ! Elle recevait de l’aide alimentaire auparavant, et aujourd’hui, elle n’a jamais eu autant d’argent. Ça a changé sa vie ! Tout ça en enseignant comment faire du pain, ce qui est l’une des plus vieilles connaissances du monde.

Quand même, rentrer du boulot le soir pour travailler sur son à-côté, ce n’est pas un peu aliénant ?

Un sideline ne doit pas nécessiter 30 heures par semaine. Oui, ça demandera des efforts au début. Mais l’idée est qu’à terme votre à-côté générera des revenus même lorsque vous ne travaillerez pas dessus. Avec un peu de chance, il sera lié à une de vos passions et demandera une trentaine de minutes par jour, l’équivalent d’une émission de télé.

O.K., l’idée est alléchante, mais ça semble plus facile à dire qu’à faire. Pour commencer, comment trouver son à-côté ?

Tout est dans la curiosité. La plupart des sidelines voient le jour après que des gens ont remarqué un détail. Il y a ce gars, Tanner Callais, qui devait partir en croisière et qui se posait plein de questions auxquelles il ne trouvait pas de réponses en ligne. Par exemple : est-ce que je peux écouter Netflix sur le bateau ? Il s’est dit que d’autres personnes avaient probablement les mêmes interrogations et, à son retour de vacances, il a lancé un blogue où il a commencé à fournir de l’information. En moins d’un an, son site a généré 4 000 dollars par mois grâce à la publicité ; c’est énorme ! Mais Tanner a fait plus qu’être curieux : il est passé à l’action. Il y a tellement de gens qui ont des idées, mais qui hésitent, se demandent si ça va vraiment fonctionner. La seule façon de savoir si un sideline est bon ou non, c’est de l’essayer.