Où investir en 2018 ?
Affaires et économie

Où investir en 2018 ?

Les marchés boursiers sont à la hausse depuis 10 ans, et bien des investisseurs se demandent si le vent va tourner bientôt. Faut-il continuer d’investir ou ralentir ? Quatre experts se prononcent.

À la même date, en 2017, l’incertitude planait sur les marchés. L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis faisait craindre le pire. Or, de dégringolade, il n’y a pas eu. Au contraire, l’économie américaine a connu une neuvième année de croissance de suite… alors qu’un cycle économique dure normalement huit ans ! Le taux de chômage, passé de 4,8 % en janvier à 4,1 % en octobre, y frise le plein emploi. L’économie mondiale a été entraînée à la hausse. Propulsée par les Facebook, Amazon, Netflix et Google (les FANG, l’acronyme à la mode à Wall Street), la Bourse américaine a enregistré une hausse de 23 % des valeurs (au 1er décembre).

Le Canada a connu aussi une excellente performance économique, mais les marchés boursiers y ont stagné une partie de l’année, freinés par deux hausses-surprises des taux d’intérêt par la Banque du Canada. L’indice phare de Toronto, le S&P/TSX, affichait une modeste hausse de 5 % au 1er décembre, nettement moindre que celle, phénoménale, de 17,5 % en 2016.

Depuis plus d’un an, aucune correction boursière importante n’a heurté les marchés du monde. Est-ce encore le temps d’investir ou vaut-il mieux retirer ses billes avant un possible ressac ? L’actualité a fait appel pour une sixième année à quatre spécialistes, qui analysent la situation économique mondiale et nous font part de quelques suggestions.

Les indicateurs sont au vert

« Récession », le mot que craignent tous les investisseurs, ne sera pas de mise en 2018, selon le comité d’experts. « Les signes qui annoncent un ralentissement, comme une hausse de l’inflation et une augmentation importante des taux d’intérêt, ne sont pas encore visibles sur nos radars », dit Philippe Pratte, président de Pratte Gestion de portefeuilles. L’économie pourrait connaître une 10e année consécutive de croissance, phénomène rare ! L’OCDE prévoit une croissance de l’économie mondiale de 3,7 % en 2018, de 2,5 % aux États-Unis et de 1,9 % au Canada.

À la Bourse américaine, les investisseurs devront modérer leurs attentes. « Les hausses de profits des grandes entreprises y atteindront leurs limites », croit François Têtu, de RBC Gestion de patrimoine. Les quatre spécialistes n’excluent pas une correction dans certains secteurs, notamment les FANG, que de nombreux analystes jugent surévalués, selon Christine Décarie, de Placements Mackenzie. « Depuis quelques années, on mise beaucoup sur quelques titres-vedettes. Ça me rappelle la bulle techno de la fin des années 1990 », dit-elle (l’indice NASDAQ, qui regroupe les sociétés de la nouvelle économie, avait chuté de 40 % en quelques semaines en 2000). Un dégonflement est-il pour demain ? Philippe Pratte ne le croit pas. « Les vedettes technos continueront leur parade, même si on prédit leur chute depuis des années. »

Au Canada, 2018 devrait être une bonne année sur les marchés boursiers, avec une croissance de 5 % à 10 % à Toronto. « En fin de cycle économique, les ressources naturelles font bonne figure, ce qui devrait soutenir le TSX, fortement dépendant des matières premières, au contraire de la Bourse américaine », dit Christine Décarie. Par contre, le ralentissement de l’immobilier à Toronto et à Vancouver — causé par une hausse des taux hypothécaires et la mise en place de mesures visant à décourager la spéculation — touchera les profits des banques canadiennes. « Cela dit, les banques feront encore des profits en raison de l’accélération de l’économie mondiale », dit Stéphane Rochon.

Les taux quittent le plancher

La Réserve fédérale américaine (Fed) relèvera son taux directeur pour contenir l’inflation, qui devrait dépasser les 2 % en cours d’année, estiment les quatre experts. « Le plein emploi aux États-Unis crée une pression à la hausse sur les salaires », dit François Têtu.

Au Canada, le portrait est différent. La pression haussière sur les salaires est moindre, l’économie roule à deux vitesses — l’Ouest éprouve des difficultés, l’Est roule à plein régime —, et l’endettement rend les ménages plus vulnérables à la remontée des taux que les Américains. La Banque du Canada suivra-t-elle la Fed ? Les avis sont partagés.

Les gagnants seront…

Selon les quatre spécialistes, les rendements les plus intéressants viendront du sud de la frontière. « C’est sur le marché américain que l’on trouve les entreprises les plus performantes », dit Stéphane Rochon. Achetez des titres des grandes institutions financières, elles sont favorisées par les réformes fiscales entamées par l’administration Trump, la hausse des taux d’intérêt et la déréglementation du système financier, qui leur permettra de prendre plus de risques, croient François Têtu et Stéphane Rochon.

Inconditionnel des technos américaines depuis des années, Philippe Pratte les recommande encore. « Leurs bénéfices par action ne cessent de croître et Amazon révolutionne le commerce de détail. Elles n’ont pas fini leur marche en avant », dit-il. Stéphane Rochon les apprécie aussi, mais seulement en cas de repli, étant donné qu’elles sont un peu chères.

Les perdants seront…

Les quatre experts se tiennent loin du commerce de détail, qui risque de souffrir de la concurrence d’Amazon. « Exception faite des commerces associés à une bonne qualité de service, comme Canadian Tire ou Home Depot », précise Stéphane Rochon.

En cette ère de remontée des taux, le secteur défensif (les entreprises moins dépendantes de la situation économique, comme les sociétés de télécoms) perd de son attrait. « On achète ces titres pour les dividendes, qui correspondent à 4 % ou 5 % de la valeur de l’action, mais ce rendement devient moins alléchant lorsque les taux d’intérêt des obligations remontent. En outre, elles se vendent cher, compte tenu de la faible hausse de profitabilité attendue », dit Christine Décarie.

Dans l’immobilier canadien, il faut être sélectif, prévient Stéphane Rochon, qui suggère d’éviter les sociétés immobilières liées au commerce de détail. À éviter aussi : le secteur de la santé canadien (les pharmaceutiques et les biotechs), dominé par Valeant, dont le titre s’enfonce depuis deux ans. « L’énorme endettement de cette société de Laval est préoccupant », dit Christine Décarie.

Les menaces de Donald Trump de déchirer l’ALENA ne sont pas prises au pied de la lettre. « Le Congrès et les États ont leur mot à dire », assure Stéphane Rochon.

Ailleurs sur la planète

Les titres européens, moins chers que leurs équivalents nord-américains, présentent de belles occasions, selon Stéphane Rochon. « La situation générale s’améliore en Europe. » L’OCDE parie sur une croissance du PIB de 2,1 % dans la zone euro. Par contre, l’incertitude entourant les négociations relatives au Brexit risque de nuire au Royaume-Uni (croissance anticipée de 1,2 % en 2018).

En Asie, l’Inde devrait doubler la Chine sur le plan de la croissance, avec une hausse attendue de son PIB de 7 %, soit 0,4 % de plus que l’Empire du Milieu. Les occasions ne sont plus en Chine, où les actions sont surévaluées, mais dans les pays limitrophes, affirme François Têtu. On peut tâter ce terrain avec un fonds négocié en Bourse.

Le principal péril en vue pour l’économie mondiale est un possible conflit entre les États-Unis et la Corée du Nord. On se croise les doigts…

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Les choix de nos experts

Photo : D.R.

FRANÇOIS TÊTU
Vice-président et gestionnaire de portefeuilles, RBC Gestion de patrimoine

FNB iShares U.S. Financials (IYF, New York)
Les banques américaines sont bien positionnées pour bénéficier des hausses de taux prévues.

FNB iShares MSCI Japan (EWJ, New York)
Le yen est sous-évalué et la Banque du Japon achète des actions japonaises dans le but de stimuler l’économie et la croissance.

FNB Genomic Revolution Multi-Sector (ARKG, New York)
Ce fonds cible les entreprises liées à l’industrie de la génomique, vouée à une forte croissance. Attention, risque de volatilité.


Photo : D.R.

PHILIPPE PRATTE
Président, Pratte Gestion de portefeuilles

MasterCard (MA, à New York)
La multinationale investit dans la technologie « chaîne de blocs », un registre de données qui pourrait révolutionner les paiements transnationaux.

Shopify (SHOP, à Toronto)
Cette plateforme techno permet aux petits commerçants de lancer leur propre magasin en ligne en quelques heures.

Micron Technology (MU, à New York)
Cette entreprise de l’Idaho, leader dans la production de puces mémoires, devrait profiter de la numérisation accélérée de nos vies dans l’infonuagique.


Photo : D.R.

STÉPHANE ROCHON
Stratège en chef, BMO Nesbitt Burns

First Quantum Minerals (FM, à Toronto)
Avec l’émergence des voitures électriques, la demande de cuivre explose. Cette société minière canadienne devrait en tirer profit.

La banque espagnole Santander (SAN, à New York)
Les troubles politiques dans la péninsule ibérique ne devraient pas nuire à cette banque mondiale, qui brasse beaucoup d’affaires en Amérique du Sud, en pleine croissance.

Medtronic (MDT, à New York)
Actif dans 160 pays, ce leader mondial de l’équipement médical connaît une belle croissance de ses bénéfices par action et son titre se vend encore à un prix raisonnable.


Photo : D.R.

CHRISTINE DÉCARIE
Vice-présidente principale et gestionnaire de portefeuilles, Placements Mackenzie

SNC-Lavalin (SNC, à Toronto)
Les investissements dans les infrastructures se poursuivent, et cette société d’ingénierie devrait en bénéficier. Toujours une aubaine en raison de son passé entaché par des histoires de corruption.

Alimentation Couche-Tard (ATD.B, à Toronto)
On pourrait penser que la popularité grandissante de la voiture électrique fait mal à la chaîne de dépanneurs et de stations-services, pourtant, sa consolidation du secteur fait augmenter ses profits.

Napec (NPC, à Toronto)
Peu connu, ce fournisseur de services dans le domaine énergétique profitera de la mise à jour des réseaux électriques. Risqué en raison de sa petite taille, mais intéressant à long terme.