Succès d'ici: Voir grand, faire différemment
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Succès d’ici: Voir grand, faire différemment

En 1971, à l’ère des Steinberg et compagnie, un Québécois téméraire ouvrait une épicerie où des commerçants pourraient s’approvisionner en grande quantité. Ce modèle d’affaires novateur a depuis révolutionné la distribution alimentaire.

DE NOTRE PARTENAIRE

Les chefs et restaurateurs de la région montréalaise partagent un secret bien gardé : ils ont leur propre supermarché ! Fruits, légumes, viandes, fromages, produits du terroir, noix, épices… Chez Aubut, grossiste en alimentation, ils trouvent ce qu’il faut pour surprendre les palais et envoyer leurs clients au septième ciel.

« Les restaurateurs sont des gens pressés. Chez nous, ils peuvent se ravitailler rapido presto, en grande quantité », explique Mario Bélanger, le nouveau PDG de cette entreprise familiale québécoise fondée par Yves Aubut il y a 47 ans.

Ainsi, bien avant l’avènement des magasins à grande surface, le fondateur se lançait dans les affaires avec 8 000 dollars et une seule idée en tête : être à l’écoute des clients pour combler leurs besoins. « Lui-même caissier à l’époque, il leur demandait : est-ce qu’il manque quelque chose dans votre panier ? Dites-le-nous et nous l’aurons. C’est comme ça qu’il a monté son business », poursuit Mario Bélanger.

Aujourd’hui âgé de 78 ans, Yves Aubut est encore présent au quotidien auprès des clients dans les deux magasins portant son nom. « Il s’assure qu’il n’y a pas d’attente aux caisses et prête une attention particulière au stationnement.  Et chaque semaine, il me file une liste de produits à ajouter à nos marchandises ! » raconte Mario Bélanger.

Deux enseignes, une même vision

D’une superficie de 26 000 pieds carrés, le magasin montréalais est niché dans un ancien hangar qui servait à la traite de fourrures à la fin des années 1800. Situé sur la rue St-Ambroise, près du marché Atwater, le commerce attire les restaurateurs, mais aussi les badauds qui font leurs emplettes du dimanche.  « Au fil du temps, l’immeuble de briques a été agrandi et est maintenant scindé en deux ailes, souligne Mario Bélanger. De l’extérieur, il est difficile de s’imaginer tout ce qu’il y a à l’intérieur et les clients disent souvent qu’ils ont l’impression d’entrer dans une sorte de caverne d’Alibaba ! »

Tout nouveau, tout beau, le second magasin Aubut a ouvert ses portes à Laval, en décembre 2017. Deux fois plus grand que l’entrepôt montréalais, ce vaste espace au style épuré a nécessité des investissements de 15,5 millions de dollars et a créé 75 emplois permanents.

« Encore une fois, nous visons à servir surtout les restaurateurs locaux. Ces derniers découvrent peu à peu notre concept et nos services en distribution alimentaire, qui sont nouveaux dans cette ville. Les restaurateurs et les citoyens se montrent curieux et intéressés, et nous développons tranquillement notre notoriété dans ce secteur », dit le PDG, fier de reprendre le collier de cette PME d’ici qui ne craint pas d’évoluer et de conquérir de nouveaux territoires.

C’est la première fois que cette société est dirigée par un non-membre de la famille, précise Mario Bélanger, qui a fait carrière « chez la compétition » et qui connaît donc bien les rouages de la distribution alimentaire. « Nous partageons les mêmes valeurs et je suis honoré que la famille me fasse confiance pour poursuivre le développement de l’entreprise. »

Emplettes pour tous et sans flafla

Pour magasiner chez Aubut, nul besoin d’une carte de membre ou de payer des frais d’adhésion. La simplicité avant tout, c’est la philosophie qui a toujours guidé le fondateur et ses quatre enfants, qui travaillent toujours au sein de l’entreprise. « Son succès repose en grande partie sur la participation active et le soutien quotidien de mes enfants Isabelle, Éric, Nicolas et Julie », affirme Yves Aubut.

Si 80 % de la clientèle d’Aubut sont des restaurateurs, « y compris les cafétérias, les traiteurs, les foodtrucks et à peu près tous les chefs qu’on voit à la télé ! », souligne Mario Bélanger, 20 % sont des Monsieur et Madame Tout-le-monde en quête de bonnes affaires et de denrées introuvables en supermarché, comme certains fromages, épices ou aliments en vrac.

Rester dans la course

En effet, offrir une grande variété de produits de qualité à prix compétitifs est le nerf de la guerre en distribution alimentaire. « Surveillez l’offre des concurrents et rester constamment à l’affût des tendances du commerce au détail fait partie des tâches quotidiennes de notre équipe. Il faut constamment rester en avance sur nos concurrents œuvrant dans la vente en gros, et surtout bien habiter notre créneau, la restauration, qui est somme toute assez unique », dit Mario Bélanger.

Avec son équipe, le PDG gère un stock de plus de 10 000 produits qui, outre la nourriture, comprend un éventail de vaisselle, d’ustensiles et d’emballages utiles aux restaurateurs, de même que des concoctions pour cocktails exotiques indispensables à tout bon tenancier de bar. « C’est un marché très recherché actuellement et nous sommes contents de bien desservir cette clientèle particulière. »

Après Costco et Walmart, qui ont pris leur place dans l’industrie de la consommation alimentaire au Québec dans les dernières décennies, des géants comme Amazon s’apprêtent à débarquer dans nos assiettes. Est-ce inquiétant ? « Pas vraiment », estime Mario Bélanger, car Aubut a quelques as dans son jeu. D’abord, son modèle d’affaires unique, basé en grande partie sur la restauration, met l’entreprise à l’abri de ces bouleversements qui, de l’avis du PDG, risquent d’affecter surtout les supermarchés traditionnels desservant la population en général.

Ensuite, la restauration, la fine cuisine et l’art de la bonne bouffe ont la cote au Québec, en témoignent les multiples chefs vedettes, émissions de télévision, magazines, livres de recettes, alouette.

Forte de sa longue expérience, l’entreprise suivra-t-elle le courant de la vente en ligne ? « Nous sommes en réflexion, dit Mario Bélanger. Nous songeons à offrir un service en ligne distinctif qui permettra de servir encore plus rapidement nos clients, qui, eux aussi, ont des clients à satisfaire… »

En effet, la faim n’attend pas !