G7, G8, G20 : les clés pour tout comprendre
Affaires et économie

G7, G8, G20 : les clés pour tout comprendre

Le club des pays les plus riches de la planète — le G7 — tiendra son 44e sommet annuel à La Malbaie les 8 et 9 juin prochains. Pour vous aider à y voir plus clair, Pierre Fortin analyse la place des économies des sept pays membres parmi les 30 plus grandes de la planète.

Le graphique ci-dessous présente le classement des 30 pays dont la taille économique est la plus importante dans le monde. Pour ce faire, le Fonds monétaire international (FMI) a mesuré la taille économique de chacun de ses 189 membres par son produit intérieur brut (PIB). Afin de rendre les PIB des divers pays comparables, le FMI les a tous convertis  dans la même unité monétaire (le dollar américain) en faisant son possible pour utiliser partout des jeux de prix semblables pour les biens et les services. En additionnant les PIB ainsi convertis de tous les pays, le FMI a obtenu une estimation du PIB mondial : 127 000 milliards de dollars américains en 2017. Les données du tableau rapportent donc la part occupée par le PIB de chaque pays dans ce total mondial, de la Chine jusqu’à l’Afrique du Sud. Tous ensemble, les 30 en ont produit 82 %.

La taille économique d’un pays est grandement influencée par sa taille démographique (le nombre de ses habitants). Comparons, par exemple, les deux plus grands pays, la Chine et les États-Unis, installés aux deux premiers rangs par leur taille démesurée. En 2017, l’économie chinoise a dominé la planète. Elle a été la source de 18,2 % de la production mondiale. L’économie américaine est arrivée au deuxième rang, avec 15,3 % du total mondial.

Pourquoi les Chinois ont-ils dépassé les Américains ? C’est que, même si chaque Chinois était en moyenne trois fois et demi moins riche que chaque Américain, il y avait au moins quatre fois plus de Chinois que d’Américains. Par conséquent, le PIB total de la Chine a été malgré tout plus élevé que celui des États-Unis. C’est depuis 2014 que la Chine dépasse ainsi les États-Unis.

L’Inde complète le podium. Ce pays est deux fois moins riche que la Chine pour ce qui est du revenu par habitant (ou niveau de vie moyen, si l’on veut), mais sa population est presque aussi nombreuse et elle croît beaucoup plus vite. Depuis 10 ans, la population a augmenté de 5 % en Chine et de 15 % en Inde.

Il est intéressant de comparer l’évolution des quatre géants de l’économie planétaire. On constate, à la lecture du graphique, que 26 % du PIB mondial est maintenant produit par les économies « émergentes » de la Chine et de l’Inde. Leur part est en croissance. On voit aussi que seulement 20 % provient des économies « avancées » des États-Unis et du Japon. Leur part, à l’inverse, est en décroissance.

Parmi les 30 économies, 23 sont en Asie, en Amérique du Nord ou en Europe. En font également partie les trois grands pays d’Amérique latine — le Brésil, le Mexique et l’Argentine —, de même que les trois grands d’Afrique — l’Égypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud. L’Australie, aux antipodes, est aussi sur la liste.

Où situer le Québec ? Même s’il fait partie des pays riches, sa part du PIB mondial est forcément modeste (0,3 % en 2017), puisqu’il n’a que 8,4 millions d’habitants. Si on poursuivait l’échelle du tableau, le Québec arriverait au 50e rang parmi les 189 membres du FMI en 2017 — quelque part entre la Norvège et l’Ukraine !

Le G7, ça vient d’où ?

On constate que les six plus grands pays riches — pays où le revenu moyen par habitant dépassait 35 000 dollars en 2017 —, soit les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie, font partie du G7. Cependant, le dernier membre du G7, le Canada, a une taille économique inférieure à celles de la Corée du Sud, de l’Arabie saoudite et de l’Espagne, qui ne font pas partie du groupe. Pourquoi ?

Pour des raisons historiques. Le G7 a d’abord été lancé comme un club privé de pays amis. Son premier sommet a eu lieu au château de Rambouillet, en France, en 1975, à l’invitation du président français Valéry Giscard d’Estaing. Les six plus grands pays riches énumérés ci-dessus y avaient été invités, formant ainsi le G6. Le Canada n’y était pas encore. Giscard d’Estaing ne voulait pas que le Canada fasse partie du groupe. Cependant, grâce à l’appui des cinq autres chefs d’État, dont, surtout, le président des États-Unis Gerald Ford, le premier ministre du Canada, Pierre Trudeau, a été invité au deuxième sommet, tenu à Porto Rico en 1976. C’est à cette date que le Canada a pu se joindre au groupe et que le G7 a finalement été constitué. À l’époque, la Corée du Sud était beaucoup moins riche et ne pouvait aspirer à faire partie du club. L’Arabie saoudite était vue avec suspicion, parce qu’elle était associée à l’explosion du prix mondial du pétrole en 1973. L’Espagne, pour sa part, sortait à peine de la dictature franquiste et n’était pas encore politiquement stabilisée.

En 1991, l’Union soviétique a été démembrée et décomposée en une douzaine d’États indépendants — de l’Arménie à l’Ukraine. Les membres du G7 ont alors décidé d’intégrer au club le plus grand de ces États indépendants, la Russie. Chose faite en 1998.

La Russie n’est pas très riche, mais elle a 145 millions d’habitants et une grande influence politique et militaire. Le G7 est, de ce fait, devenu le G8. La Russie en a toutefois été suspendue en 2014 à la suite de la crise en Ukraine. Le groupe est alors redevenu le G7. Pas de nouvelles du côté de la Corée du Sud et de l’Arabie saoudite. L’Espagne ne fait toujours pas partie du G7 elle non plus, mais elle a reçu une invitation spéciale à l’occasion de certains de ses sommets. Comme les hauts dirigeants de l’Union européenne font toujours partie des sommets, les 28 États membres de l’Union — non seulement l’Espagne, mais bien d’autres, comme les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, l’Autriche, etc. — y ont au moins une représentation indirecte.

En additionnant les parts individuelles des sept pays membres du G7 indiquées dans le graphique, on trouve que leur contribution collective au PIB mondial a été de 31 % en 2017. En phase avec l’éclosion des économies émergentes, la part de ces plus grands pays riches a déjà amorcé une longue descente. Elle atteignait 51 % du PIB mondial 30 ans plus tôt, en 1987. Les temps changent.

Le sommet de La Malbaie sera présidé par le premier ministre Justin Trudeau. Il a proposé cinq sujets de discussion qui sont prioritaires à ses yeux : la croissance inclusive, les emplois de l’avenir, l’égalité hommes-femmes, l’intégrité des océans, et la sécurité. Mais la conjoncture économique et politique du moment exercera sans doute une influence importante sur la nature des échanges et des résultats qui seront obtenus. On verra.

Et le G20 de Paul Martin ?

En 1999, à la suite de la crise financière de 1997-1998 qui a frappé durement les pays émergents, un nouveau groupe s’est formé à l’instigation de Paul Martin, alors ministre des Finances du Canada, afin de promouvoir la stabilité financière internationale. Martin voulait instaurer un lieu d’échanges fructueux entre pays avancés et pays émergents, ce que le G7 ne permettait pas de faire, puisqu’il ne réunissait que les sept plus grands pays riches.

Le nouveau groupe comprend 19 grands pays, plus l’Union européenne, d’où son nom de G20. On constate que les 15 plus grands pays en font tous partie, qu’ils soient individuellement riches ou non. Le Canada, l’Australie, l’Argentine et l’Afrique du Sud se trouvent sur la liste. L’Espagne n’est pas un membre du G20, mais elle est invitée aux réunions sur une base permanente. Les chefs d’État du G20 se réunissent annuellement depuis 2008. Il y a aussi des réunions de ministres des Finances, de dirigeants des banques centrales et de ministres de l’Emploi et des Affaires sociales. Les questions économiques et financières occupent une bonne partie des ordres du jour, mais d’autres enjeux globaux sont aussi en bonne place : santé, climat, développement durable, éducation, migrations, égalité hommes-femmes, corruption. L’organisateur du prochain sommet du G20 sera le président de l’Argentine, Mauricio Macri. Il se tiendra à Buenos Aires en novembre prochain.

La contribution collective au PIB mondial des 19 pays qui sont représentés individuellement dans le G20 a été de 73 % en 2017. Cette part n’a guère changé depuis 20 ans, le repli des économies avancées ayant été compensé par l’ascension des économies émergentes.

Ça sert à quoi, ces forums internationaux ?

Qu’est-ce que le monde a pu tirer jusqu’ici de forums internationaux comme le G7 et le G20 ? J’y vois trois sortes d’avantages. Le premier est qu’ils permettent aux dirigeants de la planète de se rencontrer. Genre : « On est huit milliards, faut se parler ! » Il ne faut jamais sous-estimer l’importance des contacts personnels et amicaux entre les chefs d’État. Malgré les oppositions qui peuvent se manifester à l’occasion, le G7 et le G20 sont des lieux bienvenus d’apaisement des tensions internationales. Les conflits et les guerres, on n’aime pas.

Le deuxième avantage est que le G7 et le G20 ont répondu, de temps à autre, à des urgences conjoncturelles de manière à stabiliser l’économie mondiale en difficulté. Les sommets du G7 en 1978 à Bonn et en 1985 à l’hôtel Plaza de New York sont restés célèbres comme lieux de coordination des politiques monétaires et budgétaires des pays avancés. La formation même du G20, en 1999, constituait une réponse à la dure crise financière des pays émergents de 1997-1998. Plus tard, les sommets de 2008 à 2010 ont grandement aidé les pays à coordonner leur réaction à la crise financière et à la récession de ces années-là.

Le troisième avantage des forums a été d’ouvrir les échanges, et parfois d’accélérer les décisions, dans des domaines qui concernent l’avenir à long terme de la planète : le partage de la richesse, l’égalité hommes-femmes, les changements climatiques, le développement durable, la santé et l’éducation, etc. Un exemple récent est celui de l’accord de Paris de 2015 sur le climat, qui a longuement été débattu et préparé lors des sommets antérieurs du G7 et du G20. Plusieurs de ces questions à long terme seront sur la table à La Malbaie.

Bien évidemment, le G7 et le G20 sont comme des Airbus 320 plutôt que des Cessna 172. Ça se déplace lourdement et ça vire lentement. Mais, au total, je crois bien qu’on peut affirmer que le rapport avantages-coûts de ces groupes a été franchement bénéfique pour le monde jusqu’ici. Gardons espoir.