Affaires et économie

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Il pleut des milliards

Le Québec a-t-il gagné à la 6-49 ? Je n’en reviens pas des sommes d’argent qui sont engagées dans l’économie. J’ai peine à suivre tant les projets sont nombreux et majeurs. Hier, le gouvernement a annoncé qu’il investira 37 milliards $ sur cinq ans dans les infrastructures. Le programme énergétique du gouvernement (2006-2015) prévoit des investissements de 25 milliards $ dans l’hydro-électricité et 6 milliards $ pour l’industrie éolienne. Les deux nouveaux hôpitaux montréalais coûteront 3,3 milliards. Le projet Rabaska compte pour presque 1 milliard $. Les projets déjà annoncés dans le cadre du 400e anniversaire de la ville de Québec totalisent quelque 500 millions $. Des promoteurs privés sont en train d’investir presque 1 milliard de dollars dans la construction de nouvelles tours ou de nouveaux hôtels à Montréal. Le Quartier des spectacles redynamisera tout un secteur du centre-ville autour de la nouvelle résidence de l’Orchestre symphonique de Montréal et de la nouvelle Place des festivals. Le Musée des Beaux-Arts vient de donner le feu vert à un important projet d’agrandissement. On parle de la démolition de l’autoroute Bonaventure et de l’échangeur Turcot. Le plan de transport de la ville de Montréal coûtera des centaines de millions $. Comment dire non à tant de largesses ? Je suis à la fois très excité et ravi, mais j’ai peur à l’addition qu’on nous présentera à la fin du party. Entre-temps, si vous avez un jeune qui s’interroge sur son avenir, dites-lui qu’il y a beaucoup d’avenir dans les métiers de la construction!

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Al Gore, Prix Nobel

Al Gore est devenu un symbole de la lutte au réchauffement climatique. Le prix Nobel de la paix qui lui a été octroyé ce matin lui donnera une dimension encore plus formidable. L’ancien vice-président américain mérite cet honneur. Sa croisade contre le réchauffement climatique a donné une crédibilité et une portée nouvelle au mouvement environnemental. La science du réchauffement climatique est aujourd’hui universellement reconnue. Sa nouvelle stature fera de lui une icône. J’espère qu’Al Gore, sans renier ses principes, fera preuve de jugement et de modération sur les conditions de passage d’une économie dopée aux carburants fossiles à une économie qui cause moins de dommages à la planète. Al Gore doit devenir un sage en n’abusant pas de son nouveau titre pour condamner tout projet de développement. L’humanité gagne à être plus propre, mais pas à être plus pauvre. (Plusieurs textes sur le choix d’Al Gore dans ma revue de presse)

Affaires et économie

L’affaire Bertrand

Il va se passer quelque chose tôt ou tard avec la Bourse de Montréal. Soit qu’elle fusionne avec Toronto, soit qu’elle sera achetée par une autre Bourse. L’évaluation de la Bourse montréalaise est telle que ses actionnaires ne pourront pas résister trop longtemps à une offre alléchante. Viendra-t-elle de Toronto – les milieux financiers torontois le souhaitent – ou de Dubaï, du Qatar (maintenant de grands actionnaires de la Bourse de Londres) ou encore de Chicago ou de New York ? Telle est la question du jour. Les actionnaires de la Bourse de Montréal voudront se vendre chèrement. La polémique avec Toronto a ceci de bon : elle fait monter les enchères et pourrait pousser par le haut la valeur du titre.. Déjà, l’action est transigée à un bien meilleur multiple que celui de la Bourse de Toronto. Mais les revenus et les profits de cette dernière sont plus élevés et Toronto menace Montréal de lui livrer une dure concurrence en 2009 sur ce qui est encore son monopole absolu au Canada. D’où la difficulté de déterminer quelle est la vraie valeur de la Bourse de Montréal. D’où la difficulté de déterminer la part respective des actionnaires des deux Bourses si elles fusionnaient. D’où la difficulté de déterminer qui serait le joueur dominant d’une nouvelle entité. D’où la difficulté de choisir qui serait le président de la nouvelle Bourse. Le candidat idéal est Ontarien, il a travaillé dans les milieux financiers torontois et il parle français. Il s’agit… de Luc Bertrand, le PDG de la Bourse de Montréal ! Le conseil d’administration de la Bourse de Toronto n’est pas nécessairement hostile à sa candidature, mais à la place prépondérante des actionnaires et dirigeants de la Bourse de Montréal dans la nouvelle unité. En résumé, Montréal veut avoir son prix et des garanties sur le maintien à Montréal des produits dérivés et Toronto tient à son leadership. Là est l’enjeu. Si l’accord s’avère impossible, je ne donne pas 18 mois avant que des princes arabes ou des intérêts chinois prennent possession du parquet montréalais. Courtisés inlassablement et potentiellement très riches, les actionnaires de la Bourse de Montréal vont céder. Pour Montréal et le Québec, il s’agit de déterminer si nous sommes mieux servis par une Bourse commune dans lequel les Québécois joueront un grand rôle (les produits dérivés resteraient exclusivement à Montréal) ou par une mainmise d’une autre Bourse plus intéressée à se débarrasser d’une concurrente. Cela me rappelle un autre débat…

Société

Un Québec généreux… et riche !

Depuis son premier article paru dans L’actualité, en 1982 (sur les agriculteurs !), Jean-François Lisée est resté fidèle aux lecteurs du magazine, comme correspondant à Washington, puis comme membre de la rédaction, à Montréal. Il a publié dans nos pages des extraits de ses livres Dans l’œil de l’aigle (Prix du Gouverneur général), Le tricheur et Le naufrageur. Conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard pendant cinq ans, il exerce aujourd’hui la fonction de directeur exécutif du CERIUM, le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, et conseille à l’occasion le Parti québécois et le Bloc québécois. Il publie cet automne un nouvel essai, Nous, aux Éditions du Boréal. Il signe cet essai à titre personnel. Les grands principes sont, par définition, beaux. Voilà pourquoi il faut s’intéresser aux détails. Car c’est en eux que se cachent les véritables intentions, ou du moins les véritables répercussions sur le citoyen. C’est donc par là que je vais commencer. Quelle est la réponse de la droite et celle de la gauche classique à des problèmes concrets ? Et quelle serait la réponse des néo-sociaux-démocrates, ou plutôt d’une « gauche efficace québécoise » à inventer, pour reprendre la belle expression du député du Parti québécois François Legault ? Je commence par l’essentiel : la bouffe. — La cafétéria. Soyons brutaux. Dans les écoles, les hôpitaux, les édifices publics, le rapport qualité-prix est exécrable. Solution de la droite : L’État n’a pas sa place dans la bouffe. Virons les employés, louons les locaux à l’entreprise privée la plus offrante, qui embauchera des salariés payés deux fois moins cher, fixera les prix et empochera les profits qu’elle pourra en tirer. Solution de la gauche classique : Ces salariés ont des droits acquis de haute lutte, qu’on les laisse tranquilles. Ils n’empoisonnent personne, après tout. Solution de la gauche efficace : Qu’on crée l’unité de travail « cafétéria » avec les employés et les cadres. Qu’on lui délègue l’entière gestion du budget et que 33 % de tout accroissement des profits venant de gains de productivité, de ventes, etc., retournent en primes et augmentations de salaire. Le reste reviendra à l’État. Faisons de même pour les blanchisseries et tous les services de soutien. Si les résultats ne sont pas probants après cinq ans, on mettra en concurrence l’unité de travail et l’entreprise privée pour l’obtention du contrat. Les bénéficiaires de l’aide sociale aptes au travail. Au Québec, 150 000 personnes, soit 3,5 % de la population active, vivent de l’assistance sociale (rebaptisée assistance-emploi), alors qu’elles sont jugées aptes au travail. La moitié reçoivent des prestations depuis plus de huit ans. Cela coûte 900 millions par an à l’État. Droite : Obliger les prestataires à travailler pour l’État 40 heures par semaine. Limiter la durée des prestations à cinq ans à vie. Gauche classique : Augmenter les prestations pour que les assistés, des victimes, aient un revenu décent. Les inciter à retourner aux études ou à l’emploi, mais sans contrainte. Gauche efficace : Décourager, placer, réformer, patienter, contraindre. Décourager au point d’entrée. L’écart entre l’aide sociale et le salaire minimum est insuffisant. Il faut augmenter substantiellement la « prime à l’emploi », soit le crédit d’impôt accordé aux bas salariés. On doit cesser d’offrir aux prestataires des avantages qu’ils perdent lorsqu’ils trouvent un emploi — garderies moins chères, prime d’assurance médicaments réduite, etc. Le choix doit être limpide : l’emploi, même en bas de l’échelle, paie vraiment. Placer. La dépendance à l’aide sociale croît immédiatement avec l’usage. Il faut empêcher les jeunes aptes au travail d’en devenir des habitués, pour leur bien comme pour celui du Québec. Pour eux, suivi et conditions contraignantes maximales : insertion immédiate dans un emploi d’utilité publique à plein temps, créé ou subventionné par l’État, ou (effet souhaité) retour aux études à temps plein avec résultats scolaires globalement positifs. Sinon, pas de chèque. Réformer. Pour ceux qui ont recours à l’aide sociale après une perte d’emploi ou une mésaventure, il faut tout repenser, en s’inspirant un peu, mais pas seulement, des Danois. Posons le principe que tout salarié vivra un jour un retrait du marché du travail, volontaire ou non : congé parental, chômage, dépression, sabbatique. Faisons en sorte que chacun puisse, après disons cinq ans de travail permanent, recourir à des « emprunts d’années de retraite » — maximum de cinq années au cours d’une vie. Pour chaque année « empruntée », il devra travailler un an de plus après l’âge de 65 ans avant de bénéficier d’une pleine retraite. Pendant son retrait du marché du travail, il touche 75 % ou 80 % de son salaire moyen des cinq années précédentes. Pas d’appauvrissement. Pas de stigmatisation. Pas d’inégalités entre citoyens. Patienter. En ce qui concerne ceux qui sont déjà dans le piège de l’aide sociale — 80 % des aptes au travail ont des problèmes d’insertion —, beaucoup de mal a été fait. Pour eux, rien n’est crédible à part ce que tente déjà Emploi-Québec, c’est-à-dire guider, former, réinsérer, avec un succès variable. La dose de carottes (primes à la réinsertion) et de coups de bâton (réduction des prestations lors des refus d’emploi) doit être calibrée avec soin, probablement au cas par cas. Le but de l’opération n’est pas de jeter des gens à la rue. Contraindre. Les employeurs qui réclament la ligne dure, mais refusent d’employer les assistés trop vieux, sans emploi depuis plus d’un an ou qui ont le malheur d’avoir une couleur de peau autre que beige, doivent être contraints à embaucher au moins un prestataire de l’aide sociale pour toutes les 50 nouvelles embauches. Hydro-Québec. C’est la poule aux œufs d’or du Québec. Comment repenser son utilisation pour nous enrichir collectivement tout en réduisant la consommation d’énergie ? Droite : En augmentant le tarif de 6,6 ¢ à 10 ¢ le kilowatt, on peut faire passer les profits de 2,8 à 7,8 milliards de dollars par an. On vend Hydro et on en tire 130 milliards, on rembourse d’un coup la dette du Québec : on fait donc une économie de sept milliards de dollars d’intérêts par an et on renfloue durablement le budget du Québec. La hausse du tarif provoquera une baisse de la consommation et le Québec deviendra plus vert. Privatisée, Hydro vendra ces kilowatts économisés aux États-unis et empochera les profits. Gauche classique : René Lévesque a voulu qu’Hydro appartienne aux Québécois et fournisse l’électricité au coût le plus bas possible. Pas touche ! Gauche efficace : Le principe du coût le plus bas était d’aider Mme Tartempion, rue Panet, mais c’est fou l’argent qu’économise Paul Desmarais, dans son château de Sagard, à ce jeu-là. Annonçons à l’avance que, le 1er avril 2009, le tarif grimpera au niveau de celui de Toronto (de 6,6 ¢ à 10 ¢ le kilowatt). Horreur ? Évidemment ! Sauf si, ce même jour, le taux d’imposition chute de manière équivalente — ou si, pour ceux qui, en bas de l’échelle, ne paient pas d’impôt, la prime au travail, les prestations de revenu, le remboursement de TPS et de TVQ augmentent pour couvrir cette hausse —, de façon que, à la fin du mois, l’opération soit blanche pour chaque consommateur. À quoi bon ? D’abord, les taux d’imposition chuteront, ce qui incitera davantage les Québécois à travailler et à investir. Ces taux passeront nettement sous la moyenne canadienne, ce qui rendra le Québec plus attirant pour les investisseurs et les travailleurs étrangers qualifiés. Ensuite, cette hausse de tarif, prévue près de deux ans à l’avance, poussera les propriétaires à calfeutrer pour faire des économies d’énergie, donc de sous. Conséquence : une croissance économique survoltée par la rénovation, puis, dès mai 2009, moins d’énergie consommée, donc une hausse du revenu disponible pour le contribuable et une augmentation des kilowatts qu’Hydro pourra vendre au prix fort aux États-Unis. Ces profits supplémentaires doivent être mis dans une caisse santé ou un fonds des générations pour amortir, demain, le coût du choc démographique. Deux ans plus tard, le 1er avril 2011, la vente de 25 % des actions de cette Super-Hydro — dont 1 % aux salariés d’Hydro, et en encourageant tous les Québécois, la Caisse de dépôt et placement, les fonds de pension à en acheter — générerait au moins 32 milliards de dollars de revenus à l’État, que l’on pourrait aussi verser dans le fonds des générations ou la caisse santé. Résultat : un Québec qui a protégé ses plus démunis, a provoqué la croissance, a gardé Hydro sous contrôle québécois (un actif de 130 milliards), a réduit ses impôts, s’est équipé pour l’avenir et est devenu plus prospère et plus compétitif. Les droits de scolarité. Il manque à nos universités, au bas mot, 400 millions par an pour suivre le rythme de la qualité nord-américaine. Nos droits de scolarité sont les plus faibles du continent (pas de l’Occident). Droite : Déréglementer les droits, comme aux États-Unis et en Ontario. Ils tripleront rapidement, surtout dans le domaine des sciences médicales et pures, offrant aux universités une salutaire injection de fonds. Gauche classique : Le Québec est passé, en 40 ans, de la sous-scolarisation à la tête du peloton des pays industrialisés. Les droits de scolarité peu élevés y sont pour quelque chose. S’il faut y toucher, ce devrait être pour les abolir, comme en France. Gauche efficace : Augmenter les droits serait pousser les étudiants vers les banques, les rendre accros à l’endettement. Pensons autrement : nous permettons à nos jeunes de devenir, par exemple, dentistes ou gynécologues à peu de frais (ils paient 1 200 dollars de droits par an, alors qu’il en coûte de 13 000 à 25 000 dollars par an pour les former), et des dizaines d’entre eux nous quittent ensuite pour aller pratiquer ailleurs. À l’université, donnons à l’étudiant le choix de payer le coût réel de ses études. Ensuite, s’il travaille au Québec, pendant les 12 premières années, on lui versera un crédit d’impôt équivalent au tiers de ce qu’il a versé en droits de scolarité. Au point d’entrée, il aura aussi le choix de signer un contrat citoyen, en vertu duquel il paiera des droits de scolarité ridiculement bas. En échange, il s’engage, pendant 12 de ses 20 premières années d’activités professionnelles, à travailler au Québec. Lorsque son revenu annuel dépassera, disons, 75 000 dollars, il paiera sur 20 ans des « droits de scolarité différés » équivalents aux deux tiers du coût réel de ses études. Les éoliennes. Le Québec est le paradis du vent. À qui profitera la bourrasque de dollars ? Droite : Laissons les gens du privé s’en occuper. Ils savent négocier avec les agriculteurs et les élus, créer des emplois, réinvestir la richesse. Qu’Hydro achète les kilowatts privés à bon prix, c’est tout. Gauche classique : Avec le privé, les agriculteurs et les MRC se font avoir. Hydro a donné les contrats à des entreprises hors Québec qui font leurs classes à nos frais et qui repartent avec les profits. Qu’Hydro négocie, construise, exploite et verse les profits à l’État. Gauche efficace : Maximisons les deux forces : le pouvoir de négociation et d’achat d’une grande société d’État (filiale d’Hydro, appelons-la Éole-Québec) ainsi que l’inventivité du privé et des collectivités. Qu’Éole-Québec négocie avec les grands constructeurs d’éoliennes, comme General Electric, l’implantation d’usines au Québec (ce que la politique éolienne de Bernard Landry, puis de Jean Charest, n’a pas réussi à faire). Dans un plan directeur qui donne priorité aux meilleurs sites, qu’Éole-Québec, partenaire des MRC, se tourne par appel d’offres vers les propositions locales d’implantation et d’exploitation. Que la division production d’Hydro soit autorisée à obtenir quelques contrats témoins et que le Québec appuie fortement les efforts de R-D québécois — publics et privés — en la matière. Pour le passé récent, réparons les erreurs : nationalisons. Éloge de la richesse. La mondialisation, les Chinois, les ingénieurs indiens, changer d’emploi cinq fois dans sa vie, se former, se reformer, se recaser, innover… c’est bien beau tout ça. Mais comment faire si vous ne comprenez aucun des paragraphes de mon texte ? Laissez-moi être plus clair : un adulte québécois sur deux ne peut lire autre chose que les titres de journaux — 2,5 millions d’entre nous (dont 37 % des jeunes adultes) sont quasi analphabètes. Lire un contrat, aider le petit à faire ses devoirs, comprendre un mode d’emploi ? Oubliez ça! Comme Jacques Demers, ils ne sont pas bêtes, loin de là, mais l’écrit est pour eux une langue étrangère. Droite : Pour augmenter la richesse, il faut plus de riches, un fardeau fiscal plus léger, moins d’intervention de l’État. Gauche classique : Pour augmenter la richesse, il faut imposer davantage les entreprises et redistribuer massivement. Gauche efficace : Le Québec connaîtrait un bond qualitatif de la richesse collective et de la qualité de vie de ses habitants si on engageait toute la société dans un effort intense d’alphabétisation sur 10 ans. Un sommet sur l’analphabétisme doit être tenu dans les plus brefs délais. Au niveau québécois, régional, local, une grande « corvée » doit être organisée, mobilisant les dons des entreprises, le bénévolat de tous les retraités lettrés, leur formation par les 132 organismes d’alphabétisation existants, un vaste programme d’incitation à s’inscrire aux cours sur les lieux de travail, dans les quartiers, avec soutien multiple. Rien n’aurait un effet plus important et plus durable, rien ne rendrait le Québec plus riche, dans tous les sens du terme. — On pourrait continuer. Syndicalisme, grands projets, entrepreneuriat, éducation, SAQ, fardeau fiscal. Mais puisque je vous ai promis de (beaux) grands principes, les voici : la droite a la foi dans les vertus du marché, du privé. Pour elle, réduire l’État est un objectif en soi, car ce retrait laisse la place à l’individu et à l’entrepreneur, seuls vrais créateurs de richesse. Pour elle, la création de richesse est louable, même si elle entraîne de lourdes inégalités. La droite promet qu’ainsi les pauvres s’enrichiront. En Occident, cela n’est jamais arrivé sans l’intervention redistributrice de l’État. Pour la gauche classique, la protection des acquis et une culture forte de l’égalité sont des aiguillons essentiels. Elle se méfie des réflexes individuels et préfère confier à l’État le soin de régenter le progrès social et économique. Elle se méfie d’ailleurs de la richesse et en particulier des entrepreneurs et des entreprises. Ce qui distingue (ou devrait distinguer, car je l’invente ici un peu à mon gré) la gauche efficace, c’est le pragmatisme et l’innovation au service du bien commun. L’histoire humaine nous apprend que l’appât personnel du gain, la prise de responsabilité et de décision, l’émulation avec l’autre sont des ressorts essentiels pour l’innovation. Introduisons-les dans le secteur public, faisons des salariés et des cadres, chaque fois que c’est possible, des entrepreneurs intéressés et engagés, et voyons le résultat. Rien n’est plus néfaste pour la qualité de nos services publics, aujourd’hui, que la guerre larvée que mènent nos gouvernements contre l’État et ses employés. Moins nombreux vous serez, disent nos gouvernements récents, mieux ça ira. Les salariés de l’État comprennent : on nous méprise. Comment les en blâmer ?

Société

Et la question nationale ?

Je n’ai pas parlé de la souveraineté du Québec. Même sans elle, je serais partisan d’un État vigoureux. Mais parce que les Québécois forment une minorité singulière en Amérique, la santé de son premier outil collectif, l’État, est doublement (oserais-je le dire ?) capitale. L’objectif n’est ni l’État minceur ni l’État obèse, mais l’État fort, parce qu’efficace. L’État respecté, parce qu’à l’écoute du citoyen et de ses salariés, ayant retrouvé le goût du service public. L’État crédible, parce que responsable et compétitif. Richesse L’objectif de la gauche efficace n’est pas la création de richesse, mais la qualité de vie, dont la prospérité est une variable essentielle. Donc, oui : créons et distribuons, simultanément, la richesse. Mais le gain social doit être tangible et immédiat. Fini les « lendemains qui chantent », soit le futur grand soir socialiste ou les illusoires retombées économiques positives pour les pauvres d’une augmentation des revenus des millionnaires. Entrepreneuriat Cette création de richesse passe, indubitablement, par un coup de pouce constant à nos entreprises privées, dont la compétitivité est le socle de notre prospérité collective. Leurs coûts de production doivent rester, au Québec, en dessous de celui de nos compétiteurs occidentaux. C’est un minimum dans le siècle sino-indien qui s’ouvre. C’est donc sans inhibition qu’on doit réduire leur fardeau réglementaire (sauf sur les plans environnemental et social). Et puisqu’il faut éliminer la taxe sur le capital, obtenons simultanément, en échange, un engagement pour le bien commun, que ce soit d’assurer la formation professionnelle, de promouvoir des minorités dans l’emploi, d’être ouvert à la réduction du temps de travail pour les parents et les aidants naturels. Ce doit être donnant-donnant, gagnant-gagnant. Voilà ce que c’est que d’être efficace, mais de gauche. Le Québec souffre d’un manque de nouveaux entrepreneurs. Il faut faire éclore les créateurs d’entreprises privées, d’économie sociale, d’entreprises publiques, d’entrepreneuriat syndical, en instaurant le programme de démarrage le plus « détaxé », « dénormé » et profitable qui soit.

Affaires et économie

Canada 11 Suisse 29

Non, il ne s’agit pas d’un résultat sportif ni du nombre de sommets de plus de 3 000 mètres. Il s’agit plutôt du nombre d’entreprises canadiennes et suisses se retrouvant au classement des 1 000 compagnies les plus actives en recherche et développement à travers le monde. Le Canada est presque battu à trois pour un par un pays de 7,4 millions d’habitants. Pour ceux qui préfèreraient comparer le Québec et la Suisse, deux entité de presque la même population, la victoire des Helvètes serait écrasante (29 à 4) et un des buts du Québec aurait été compté par Alcan, qui passera sous peu dans l’équipe britannique. Les autres entreprises québécoises présentes au classement sont Bombardier (421e rang mondial), Hydro-Québec et CGI. Pour ajouter à l’humiliation, il n’y a que 10 entreprises canadiennes qui font plus de R&D que… La Poste française! La recherche et développement est le nerf de la guerre pour les entreprises innovantes et exportatrices. Impossible de gagner sans de nouveaux produits, de nouvelles technologies ou de nouvelles molécules dans un monde de plus en plus compétitif. Ce classement est-il si catastrophique ? Oui et non. Oui, car il montre une fois de plus que nous sommes chanceux d’avoir autant de ressources naturelles, le marché le plus riche de la planète à quelques kilomètres et un fort secteur des services. Ces mêmes forces nous rendent vulnérables si l’économie mondiale tombe en panne. Ce classement montre aussi comme il y a peu de grandes sociétés canadiennes ou québécoises à dimension vraiment planétaire. (Ce que nous allons regretter Alcan…) Non, parce qu’il ne faut pas confondre la performance canadienne en R&D et celle des compagnies canadiennes. Une bonne portion de la R&D effectuée ici se fait dans les laboratoires des compagnies pharmaceutiques américaines… ou suisses.

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Le bing-bang de Daniel Audet

Deux ans après le manifeste des lucides, un an après la déclaration de Lucien Bouchard sur les heures travaillées par les Québécois, c’est au tour de Daniel Audet, ancienne éminence grise de Bernard Landry et d’André Boisclair, de brasser la cage. Que vous soyez d’accord ou pas, il faut lire les «15 idées pour un Québec fort » publiées dans l’édition courante de L’actualité. Je ne crois pas que toutes les idées de Daniel Audet ont la même valeur et qu’elles pourraient avoir le même impact sur l’économie du Québec. Par exemple, on peut légitimement s’interroger sur la place de l’État dans la vente d’alcool, mais je ne pense pas que la privatisation de la SAQ ferait une grande différence sur le PIB du Québec. Mais ses 15 idées ont beaucoup de mérite et leur adoption, en bloc ou en partie, marquerait une grande révolution pour bâtir un Québec plus entrepreneurial, plus responsable et plus riche. Je retiens deux extraits du texte de Daniel Audet. « Le Québec peut et doit réaliser son miracle économique. Il en a le génie et les ressources.» «Personne ne propose de dénaturer notre culture nationale. Toutefois, le Québec a besoin de grandes entreprises mobilisatrices et de réformes qui le rendront plus productif et plus attractif à l’échelle mondiale.».

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Affaires et économie

Une question de valeurs

Vous croyez qu’il est impossible d’affronter la concurrence des Chinois dans une usine qui fabrique un produit — une boîte métallique pour interrupteur électrique — vendu un dollar dans les quincailleries ? Stéphane Lamarre, directeur de l’usine montréalaise de la société américaine Hubbell, dans l’arrondissement de Montréal-Nord, se fait un plaisir de prouver le contraire. Je l’ai rencontré, à la fin septembre, au congrès de la Fédération des chambres de commerce du Québec, à Rivière-du-Loup. J’animais un atelier portant sur les atouts de la compétitivité, avec Gaétan Lussier, un administrateur chevronné (il a été sous-ministre à Québec et à Ottawa avant de diriger les Boulangeries Weston et Culinar), et Michael Brossard, vice-président principal au marketing et au développement de Rona. Rapidement, la discussion n’a plus porté que sur les valeurs des entreprises et des dirigeants et sur leurs attitudes envers leurs employés. « La mondialisation a donné un coup de vieux à certains secteurs, dit Gaétan Lussier. Pour se démarquer, les entreprises doivent adopter une nouvelle approche, plus transparente. Les investissements ne servent à rien sans la participation des employés. Il faut leur montrer qu’on les aime, car la solution passe par eux. » L’homme d’affaires n’hésite pas à parler d’une « attitude de l’âme » pour définir son approche de gestion. Stéphane Lamarre, ingénieur de 41 ans, n’est pas du genre nerveux, et la gestion au jour le jour, ce n’est pas exactement son truc. Il préfère déléguer. La centaine d’ouvriers sur les chaînes de montage de son usine déterminent quand, par qui et de quelle façon les commandes seront exécutées. Et ça marche ! Depuis quatre ans, le chiffre d’affaires de Hubbell à Montréal a doublé. Surtout, l’usine est devenue l’une des plus profitables de cette multinationale, qui en compte plus d’une soixantaine. Les ambitions de Stéphane Lamarre sont plus élevées encore : il veut en faire une des meilleures au monde, tous secteurs confondus. « Mon rôle s’apparente à celui d’un chef d’orchestre. Je dois accompagner et encadrer les employés pour qu’ils améliorent leur efficacité », m’explique Stéphane Lamarre. Gaétan Lussier, à 66 ans, se décrit comme un « agent de changement ». Après 18 ans dans la fonction publique et 18 autres à la tête d’entreprises importantes, il siège aujourd’hui aux conseils d’administration de Shoppers Drug Mart (Pharmaprix) et d’Organic Meadow, coopérative canadienne de fermiers ayant opté pour l’agriculture biologique, en plus de présider le conseil de Foragen, un fonds canadien de capital de risque spécialisé dans les technologies agricoles et les biotechnologies. Il préside aussi le conseil d’administration de l’Institut canadien des politiques agroalimentaires, qu’il a fondé en 2003 afin de conseiller les gouvernements, les agriculteurs et l’industrie canadienne de la transformation alimentaire. Ne lui parlez surtout pas de retraite, car il dit avoir un plaisir fou à communiquer sa vision de l’agriculture canadienne et de la gestion des entreprises. On le croit sur parole, puisqu’il semble incapable de terminer une phrase sans s’esclaffer. Ça ne devait tout de même pas être drôle quand, en 1990, alors qu’il était président des Boulangeries Weston, il a dû licencier les deux tiers de ses employés de Longueuil, mesure rendue nécessaire par l’inauguration d’une usine ultramoderne de 50 millions de dollars. « Quatre-vingt-cinq pour cent des employés étaient analphabètes. J’ai obtenu de mes employeurs l’autorisation de faire passer à 4 % la proportion de la masse salariale consacrée à la formation, pour préserver le maximum d’emplois », raconte-t-il. On a ainsi pu éviter de rompre les relations avec le syndicat, et le passage vers la modernité s’est déroulé sans arrêt de travail. De son côté, Michael Brossard, 53 ans, se définit comme un « bâtisseur de marque ». À ce titre, il pourrait parler pendant des heures de la commandite de Rona aux Jeux olympiques de Vancouver, des 38 athlètes qui bénéficient de l’aide financière de l’entreprise, de l’appui de celle-ci aux équipes de la Ligue canadienne de football. Il pourrait vanter le site Internet de Rona, qui accueille un million de visiteurs par mois, ou s’exclamer devant les bonnes cotes d’écoute de l’émission Ma maison Rona, diffusée sur TVA. Pourtant, c’est à propos des 26 000 employés de la chaîne de quincailleries qu’il est intarissable. Ce sont eux qui constituent les premiers ambassadeurs et défenseurs de la marque de ce géant, dont le chiffre d’affaires dépasse aujourd’hui les six milliards de dollars. « Notre marque est l’une des plus aimées et nous jouissons d’une forte réputation. Tout cela repose sur la qualité du service offert aux clients, ce que nous appelons le “service engagé” », dit-il. Rona s’est bâtie autour de cinq grandes valeurs, qui privilégient les bonnes relations entre les employés et les clients. « La culture et les valeurs constituent la “Crazy Glue” des entreprises de nos jours, dit Gaétan Lussier. Elles donnent un langage commun à tous. » Cette langue commune, les employés de la chaîne de quincailleries l’apprennent à l’Académie Rona, qui reçoit des milliers d’employés par année. Ils y apprennent aussi quelques détails étonnants, mais combien essentiels, sur les habitudes de consommation. Ainsi, un homme seul en magasin se dirigera presque toujours vers les outils, alors qu’une femme seule cherchera plutôt des produits. Quand monsieur et madame se présentent ensemble au magasin, c’est en général qu’ils ont un grand projet de rénovation… et c’est madame qui aura le dernier mot ! Trop souvent, les patrons n’ont pas une connaissance très fine des tâches que leurs employés doivent effectuer. Robert Dutton, le président de Rona, est le fils d’un quincaillier et il a passé sa jeunesse avec les clients du magasin familial. Quand Stéphane Lamarre est arrivé chez Hubbell, en 2003, il a tenu à faire lui-même l’essai du travail de chacun des ouvriers. « Je voulais me mettre à leur place », dit-il. Pour lui, c’était une question de crédibilité. Il a ainsi été à même de prendre conscience de tout le temps qui était gaspillé à déplacer du matériel ou à chercher les bons outils. Cela lui a aussi permis de sceller un véritable pacte avec les travailleurs et leur syndicat. « Je me suis engagé à ne congédier personne s’ils m’aidaient à améliorer la productivité de l’usine », dit-il. Aujourd’hui, celle-ci fabrique plus de 500 produits différents, elle a réduit ses stocks de moitié et s’approche des normes des meilleures usines japonaises. Pourtant, rien n’est gagné. Rona se bat contre des géants américains, comme Home Depot, qui font 15 fois sa taille. L’usine de Hubbell à Montréal-Nord se tire bien d’affaire, mais pourrait-elle résister si le dollar canadien atteignait 1,10 $ ou 1,15 $ US, ainsi que certains économistes le croient ? Chose certaine, ce n’est pas une gestion de type autoritaire qui rendra les entreprises plus performantes et plus compétitives. « Il faut créer de l’enthousiasme et nouer un partenariat avec nos employés. Ça marche, je l’ai vécu », dit Gaétan Lussier, le sourire aux lèvres — comme d’habitude.

Affaires et économie

Bank of Canada

Depuis la naissance du Canada, il y a eu cinq gouverneurs généraux francophones et trois premiers ministres. Il y a eu des Québécois francophones aux Affaires étrangères, aux Finances et dans tous les ministères importants. Je ne connais pas de société de la couronne qui n’a pas eu un francophone à sa tête, sauf une. Depuis sa création en 1935, la Banque du Canada a toujours été dirigée par un anglophone. Je ne conteste absolument pas le choix de Mark Carney qui succèdera à David Dodge le 1er février prochain. Il semble bien préparé malgré son jeune âge (42 ans) pour ce rôle clé. La banque centrale ne sert pas seulement à émettre des billets de banque et des pièces de monnaie, c’est elle qui veille à ce que l’inflation soit contenue. Elle dispose en ce sens d’instruments extrêmement puissants (taux d’intérêts, masse monétaire) qui ont un impact majeur sur l’économie canadienne. Depuis une quinzaine d’années, la banque centrale a réussi du joli travail : l’inflation reste basse et il n’y a pas eu de récession. Bonne chance donc à Mark Carney et espérons que celui qui lui succèdera, le neuvième gouverneur, soit un francophone. P.S. En faisant ma recherche ce matin, j’ai appris que le premier postier de la Nouvelle-France était un immigré! Il s’agissait de Pedro da Silva qui acheminait, en 1693, le courrier de Québec à Montréal.

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Êtes-vous sur Facebook ?

Je l’avoue, il y a des phénomènes qui me dépassent. Prenez Facebook, la nouvelle coqueluche de l’heure sur internet. Microsoft serait prête à y investir 500 millions de dollars, ce qui lui permettrait de détenir 5 % du capital de cette PME. Faites le calcul : Bill Gates et compagnie estiment que Facebook vaudrait 10 milliards de dollars! 10 milliards de dollars pour une PME (j’insiste) dont le chiffre d’affaires est d’environ 50 millions de dollars. Du délire, à moins que je ne comprenne rien à ce qui se passe dans l’économie virtuelle. Oui, il y a un grand engouement pour les réseaux sociaux sur internet. Je ne m’étonne pas que des centaines de millions de personnes s’inscrivent sur des sites pour échanger photos, musique, réflexions et rendez-vous. De plus, un blogueur est assez mal placé pour juger les gens qui veulent aussi avoir leur vitrine sur le net ! Mais l’économique des sites comme Facebook et MySpace m’échappe. Il y a deux ans Rupert Murdoch casquait 580 millions $ pour s’accaparer de MySpace. C’était cher à l’époque. MySpace compte aujourd’hui 100 millions d’abonnés. Facebook vaudrait presque 20 fois ce que Murdoch a payé. En dernière analyse, je pense que les Américains sont tombés en amour avec l’histoire de Facebook. Son PDG est né en 1984, il n’a donc que 23 ans ! Véritable petit Mozart de l’informatique, Mark Zuckerberg fait de la programmation depuis la sixième année et il a fondé son site sur le campus de Harvard. Facebook, c’est d’abord un conte de fée pour capitaliste. Est-ce que ce sera une histoire d’horreur pour les investisseurs?

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Achetons les Américains !

Les amateurs de hockey ont sans doute remarqué que le Boston Garden, repère des Bruins, porte les couleurs de la Banque TD et que l’aréna des Hurricanes de la Caroline est drapé de celles de la Banque Royale. Cela ne tient pas du hasard, mais traduit plutôt la volonté des banques canadiennes de s’établir aux États-Unis. Les banques canadiennes se plaignent depuis longtemps qu’elles se sentent à l’étroit dans le marché canadien et elles investissent de plus en plus le territoire américain. La Banque de Montréal est présente dans la région de Chicago, la Banque Royale dans le sud-est américain et la TD vient d’accentuer sa présence dans le nord-est et met le pied dans le sud de la Floride. Le Groupe Financier Banque TD annonce en effet aujourd’hui qu’il achète pour 8,5 milliards de dollars la banque américaine Commerce Bancorp. Son réseau américain regroupera dorénavant 460 succursales et son actif là-bas atteindra 48 milliards de dollars. Il y a plus de 8 000 banques régionales aux États-Unis et la concentration du système bancaire chez nos voisins se fait à pas de tortue. Voilà une occasion en or pour les banques canadiennes, d’autant plus que le dollar canadien vaut même légèrement plus que le billet vert. Reste à savoir si plusieurs autres entreprises canadiennes ont le cran et les ressources pour mettre la main sur leurs concurrents américains. Le temps est propice : notre dollar n’est plus une monnaie de pacotille et les Américains ont le moral au talon. Et si c’était à notre tour de jouer les conquérants ?

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Le test de la nécessité

On pourrait connaître cette semaine la décision du gouvernement Charest au sujet du dossier Rabaska, le projet d’un port méthanier de près de 1 milliard de dollars en face de Québec. Les militants écolos mènent une lutte de tous les instants contre ce projet. Ils le trouvent laid et dangereux, mais, ultime argument, ils ne le trouvent pas nécessaire. J’ai beaucoup de misère avec ce principe. Qu’est-ce qui est vraiment nécessaire? Votre lave-vaisselle est-il nécessaire? Votre automobile l’est-elle? Avez-vous vraiment besoin de deux téléviseurs ? Ne pourrait-on pas chauffer nos résidences à 19 degrés et porter un gros chandail, plutôt que de mettre le thermostat à 21 degrés? Bref, je trouve qu’il y a beaucoup de jello dans l’argument de ce qui est ou de ce qui n’est pas nécessaire. Mais il y a surtout l’illusion qu’il ne faut produire que ce que nous consommons. Dans le cas de Rabaska, nous n’avons pas besoin de plus de gaz naturel (ce qui est du reste faux), donc ce projet est inutile. Dans le cas des projets de barrages, l’électricité qu’ils produiraient serait destinée à l’exportation, ils ne seraient donc pas nécessaires. CQFD. Fin de la démonstration. Cela est un concept stupide et dangereux. Le Québec exporte 60 % de sa production. Si je suis ce raisonnement, il faudrait diminuer notre production de biens de 60 % ? En prime, et je fais là de l’ironie, on pourrait fermer tant qu’à y être 60 % de nos usines et économiser autant en énergie non nécessaire! Cet argument, servi trop souvent par les militants environnementalistes, est une supercherie. Nous vivons de notre commerce, soit de notre capacité à vendre ce que nous produisons de plus que ce qui nous est nécessaire. La mentalité du «pas nécessaire» est une aberration anti-économique. En plus, elle pourrait tuer dans l’œuf tous les projets susceptibles d’enrichir la communauté. La défense de l’environnement mérite mieux.