Affaires et économie

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L’indispensable apport de Power Corporation au Québec

Selon un correspondant, Power Corporation ne rapporterait « pas grand-chose au Québec ». Permettez-moi de d’apporter quelques nuances… En tenant compte des employés de la Corporation financière Power, de Gesca (7 quotidiens) et du siège social, Power est sans doute l’un des 25 plus importants employeurs du Québec, au même niveau que Transcontinental et que Pratt & Whitney. Ce n’est pas rien. C’est la septième plus grande entreprise au Canada, tous secteurs confondus, et la première dont le siège social est au Québec. Power Corporation est de la taille d’Esso, de Loblaw ou de la Banque Royale. Là encore, ce n’est pas rien. Les activités du siège social rapportent des millions de dollars à l’économie montréalaise, d’abord pour les bureaux d’avocats et de services professionnels, mais aussi les hôtels et restaurants utilisés par les nombreux visiteurs étrangers qui se rapportent au siège social de l’organisation, sans compter les services de messagerie, de télécommunications, de transport, etc., etc. C’est un grand contribuable. Power Corporation a versé des impôts d’environ 900 millions de dollars aux deux gouvernements en 2006. Plus des deux tiers de ses dirigeants sont des francophones. Pour un gestionnaire québécois, c’est l’une des seules grandes entreprises du Québec à vocation vraiment internationale. Il n’y a pas une université, un hôpital, un musée ou une grande cause philanthropique qui n’a pas compté sur l’immense générosité de Power Corporation et de la famille Desmarais. Le domaine de la famille Desmarais à Sagard est une PME à elle seule! Quelle drôle d’idée que celle voulant que la finance ne soit pas une « vraie industrie » et que les questions de productivité ne la concernent pas. Les Desmarais ont toujours augmenté la compétitivité et la rentabilité des entreprises dont ils sont actionnaires. Vous en avez la preuve chaque année quand ses résultats annuels sont divulgués. Les milliards de dollars en dividendes (le taux a presque doublé depuis cinq ans) versés par Power Corporation ont enrichi les Desmarais, bien sûr, mais aussi tous les actionnaires de Power et de la Corporation financière Power, notamment les caisses de retraite dont dépend une partie de notre avenir… Les Desmarais vivraient « de la spéculation » alors que les Coutu et autres seraient de véritables entrepreneurs. Demandez à n’importe quel grand dirigeant d’entreprise du Québec ce qu’il pense de Paul Desmarais. Et si vous n’êtes pas convaincu(s), expliquez-moi comment un propriétaire d’un petit circuit d’autobus à Sudbury peut s’imposer comme l’un des grands financiers de la planète sans un talent, un flair et une stratégie extraordinaires. Je pense qu’on peut être fier de Paul Desmarais, ce Franco-Ontarien d’origine qui a choisi le Québec et Montréal pour bâtir un empire international. En connaissez-vous beaucoup d’autres comme lui au Québec ?

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L’incroyable sens des affaires des Desmarais

C’est maintenant fait, Suez et Gaz de France fusionneront en 2008. Suez est une énorme entreprise. C’est le sixième opérateur gazier en Europe et le cinquième producteur d’électricité. Elle compte 200 millions de clients individuels et dessert 3 000 municipalités. Gaz de France est une société d’État française qui exploite le premier réseau de distribution de gaz naturel en Europe. Le nouveau groupe fusionné deviendra la quatrième plus grande société dans le domaine du gaz et de l’électricité au monde, le numéro un dans le gaz naturel liquéfié. On parle d’une capitalisation boursière de 80 milliards d’Euros, plus de 120 milliards de dollars canadiens. Qui en est le principal actionnaire privé et le deuxième actionnaire après l’État français ? Power Corporation, via son alliance avec le financier belge Albert Frère. Le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), dirigé par les familles Frère et Desmarais, était en effet le principal actionnaire de Suez. Trouvez un secteur économique qui a le vent dans les voiles et vous retrouvez rapidement Power Corporation. Le pétrole est en forte demande ? GBL est le principal actionnaire de la quatrième pétrolière intégrée au monde, la société française Total. On construit beaucoup en Asie et il faudra moderniser les infrastructures dans les pays occidentaux ? GBL détient 17,2 % de Lafarge, le numéro un mondial du ciment et le numéro trois du béton. Le vieillissement de la population à l’Ouest et l’enrichissement à l’Est favorisent une forte croissance dans le domaine de l’assurance et des produits financiers ? La Great-West, le Groupe Investors et Putnam Investments aux États-Unis géraient un actif de 554 milliards de dollars à la fin de l’exercice 2006. La Chine est en plein boom économique ? Les Desmarais sont actifs dans ce pays depuis presque 30 ans. Par contre, ils ne sont plus dans les pâtes et papier depuis 1989 (vente de Consolidated Bathurst), les chantiers maritimes (Power a déjà été propriétaire des Chantiers Davie) et depuis bien longtemps dans le transport interurbain par autobus. Dire que cela avait commencé par une toute petite compagnie d’autobus…

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Vive les profits !

Au plus fort de la tourmente boursière des dernières semaines, plusieurs experts prédisaient que les banques américaines pourraient essuyer des pertes totalisant 250 milliards de dollars à cause de la crise des prêts hypothécaires à risque. On s’est inquiété du sort des propriétaires de maison incapables de rembourser leurs prêts, des prêteurs hypothécaires qui avaient consentis de tels prêts, des hedge funds qui en avaient trop dans leur portefeuille, mais jamais des grandes banques. Pourquoi? Parce qu’elles sont solides. Des pertes de 250 milliards, c’est énorme, mais il est facile de tenir le coup quand on a amassé 359 milliards de profits en 2005 et en 2006. C’est la même chose avec la Banque Nationale du Canada. La BNC est la banque canadienne la plus exposée au fameux papier commercial adossé à des actifs. A-t-elle été imprudente? Probablement. Cela lui coûtera-t-il cher ? Bien sûr. Les actionnaires seront-ils pénalisés ? À court terme, sans aucun doute. La banque est-elle menacée ? Absolument pas. La BNC a pris des mesures pour que ses clients individuels et les PME ne soient pas touchés et manquent de liquidités. Elle pourrait devoir faire la même chose avec ses clients de la grande entreprise. Tout cela pourrait lui coûter quelques milliards ou quelques millions, nul ne le sait pour le moment. Mais dans un cas comme dans l’autre, sa solide situation financière lui permettra de passer à travers cette crise. Certains ragent quand les banques affichent leurs somptueux profits. Je les comprends, mais c’est le prix pour dormir en paix. Et cela, comme dit la publicité, ça n’a pas de prix.

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La revanche des Newfies ?

Terre-Neuve, c’est loin. D’ici comme de partout. Rendu à Signal Hill, la butte qui surplombe le havre de St. John’s, il est impossible d’aller plus loin sans se mouiller les pieds. C’est le point le plus à l’est de toute l’Amérique du Nord. C’est là que Marconi a capté le premier signal radio transatlantique, en 1901. À cet endroit précis, on est à la même distance des côtes de l’Irlande que du cœur de Toronto. Le paysage est immuable, mais la politique, elle, a changé. Aujourd’hui, « bien des gens sentent que Terre-Neuve est plus près de l’Irlande ou de l’Islande que d’Ottawa ou de Toronto », dit Jimmy, mon chauffeur de taxi. Il se passe quelque chose à Terre-Neuve, et personne, là-bas, n’ose prédire ce qui en résultera. Le Canada semble affligé d’un nouveau Québec, d’une autre société distincte, maritime, celle-là, qui rue à son tour dans les brancards fédéraux. Terre-Neuve deviendra-t-elle la prochaine menace séparatiste ? Ou unira-t-elle ses forces à celles de l’Alberta et du Québec pour forcer Ottawa à revoir la façon dont le pays est dirigé ? Ou encore, se retrouvera-t-elle toute seule au large, sans pétrole ni morue, sans alliés ni péréquation ? Tout, semble-t-il, dépendra de son premier ministre, Danny Williams, 58 ans, un politicien explosif, impulsif et archi-populaire chez lui. Le diable est aux vaches. En moins de quatre ans au pouvoir, Williams, un conservateur, s’est fait des adversaires de taille dans son combat pour « l’autonomie » de sa province. Il a déclaré la guerre à son homologue fédéral, Stephen Harper. L’enjeu : une question de péréquation (voir l’encadré). Il a aussi claqué la porte aux négociations sur l’exploitation du champ pétrolifère de Hebron, compromettant le plus gros projet de Terre-Neuve pour la prochaine décennie. Pour une histoire de redevances et de participation accrue de la province à l’affaire. Et il envoie paître Hydro-Québec, menaçant de construire seul un giga-barrage sur le fleuve Churchill, au Labrador — et de faire passer les fils sous la mer plutôt qu’au Québec. Tant pis si cela retarde la mise en route du chantier. Danny Williams, le nouvel enfant terrible de la politique canadienne, a déjà fait enlever, il y a deux ans, le drapeau du Canada de devant son parlement en guise de protestation contre Ottawa (il s’est ravisé face au tollé que cela a provoqué, surtout en Ontario et en Alberta). Ce printemps, il a promis, dans son discours du Trône, que les Terre-Neuviens seraient désormais « maîtres chez eux » (« masters of our own house ») : une allusion très nette au cri de guerre poussé par le premier ministre québécois Jean Lesage durant la Révolution tranquille. « Culturellement, les gens d’ici se sentent tellement différents des autres Canadiens. C’est là-dessus qu’on rejoint très bien les Québécois », dit l’ancienne religieuse Lorraine Michael, aujourd’hui seule députée NPD du Parlement provincial. « En ce moment, il n’y a pas, à mon avis, de majorité en faveur de la rupture avec le Canada. Mais il existe néanmoins un sentiment nationaliste très puissant, et Danny en joue comme un virtuose. » Si vous voyez une spectaculaire Dodge Viper ou une grosse Bentley rouler un soir dans Water Street, dans le centre de St. John’s, vous savez que Danny sort en ville. Le premier ministre, l’un des hommes les plus riches de la province, possède une collection personnelle d’automobiles célèbre dans cette capitale à peine plus grande que Sherbrooke et où tout le monde se connaît. Le garage de sa vaste maison de bardeaux blanche, dans le beau quartier appelé The Trees (parce que toutes les rues y portent des noms d’arbres), contient aussi une Jaguar, des camions de sport et une autocaravane, avec laquelle il aime faire campagne dans les petits villages blottis au fond des innombrables baies et fjords du littoral. Chez lui, Danny Williams n’est pas juste le premier ministre : il est une star. Ex-hockeyeur-vedette, ex-avocat en vue, ex-homme d’affaires devenu multimillionnaire, il est tout à la fois le Maurice Richard et le René Lévesque de sa nation, bref, le Robin des Bois qui rachètera les faiblesses et les erreurs du passé — quitte à forcer le Canada à revoir comment il se définit et se gouverne… ou quitte à s’en séparer. Ou alors, comme le dépeint Craig Westcott, éditeur du Business Post (un hebdomadaire économique local) et l’un des rares à oser le critiquer ouvertement, Danny Williams n’est qu’un autre démagogue mégalomane du cru terre-neuvien — dans la lignée des Joey Smallwood, Brian Peckford ou Brian Tobin —, ivre de son pouvoir et qui joue avec le feu, assis sur un baril de pétrole, pendant que sa province vit dans une incertitude économique constante. Quoi qu’il en soit, la population est massivement derrière Williams — à plus de 70 %, selon les sondages — et pour lui, vraisemblablement, l’élection provinciale du 9 octobre est déjà dans la poche. Il aura donc encore quatre ans pour jouer le match revanche des Newfies, qui sont de moins en moins heureux du choix qu’ils ont fait de se joindre au Canada au milieu du siècle dernier. C’est le cas par exemple du maire de St. John’s, Andy Wells (aucune parenté avec l’ex-premier ministre Clyde Wells). « Nous sommes assez nationalistes par ici ; je serais parfaitement chez moi au Québec, vous savez », dit le maire, qui apprend le français en lisant L’actualité. « Je suis aussi canadien que n’importe qui, mais je ne pense pas que Terre-Neuve a fait une bonne affaire avec la Confédération. Je ne pense pas que nous en avons profité autant que nous aurions dû. Mais les choses vont changer, désormais. Ça fait longtemps qu’il nous fallait un gars comme Danny Williams. » Une opinion à laquelle souscrit Lorraine Michael, dans l’opposition de gauche au Parlement : « Dans leur cœur, les Terre-Neuviens sont des nationalistes qui aimeraient bien vivre à nouveau dans un pays indépendant. Mais dans leur tête, ils ne voient pas comment cela pourrait se produire. » Alors, St. John’s et Québec, même combat ? Terre-Neuve a aussi sa fête nationale le 24 juin. Le 1er juillet est surtout un jour de deuil, commémorant un régiment local décimé à Beaumont-Hamel, dans le nord de la France, durant la Première Guerre mondiale — quand la province était toujours indépendante. Terre-Neuve a aussi son drapeau (tricolore) et son hymne national, Ode to Newfoundland, de plus en plus prisés. Un quincaillier, John Templeton, a créé une gamme de peinture reproduisant fidèlement les couleurs originales des vieilles maisons terre-neuviennes — elle se vend comme des homards sur le quai. Les syndicats locaux militent pour une loi anti-briseurs de grève copiée sur celle en vigueur au Québec. Cet été, les auditeurs de la tribune téléphonique de Bill Rowe, à la radio Voice of the Common Man, débattaient de la possibilité de limoger les sept députés fédéraux de l’île (quatre bleus, trois rouges) et de créer un bloc terre-neuvien pour les remplacer… « Il y a un fort courant nationaliste ici en ce moment, dit Bill Rowe. Si nous étions plus nombreux, nous serions une menace plus sérieuse à l’unité nationale que le Québec ne l’a jamais été. » Le sentiment d’être une société distincte, l’impression que les Terre-Neuviens ont été roulés par le Canada central et la tentation de la revanche, le tout mâtiné d’un vague rêve d’indépendance : voilà les puits de pétrole politique auxquels carbure Danny Williams. Terre-Neuve a abdiqué son indépendance à la suite d’un référendum serré et contesté, en 1949. Selon les tenants du Oui, se joindre au Canada allait permettre à cette île pauvre et isolée de découvrir l’eldorado. Mais la génération née dans la foulée de cette union a vite déchanté. Au début des années 1970, la comédienne Mary Walsh a fait comme bien d’autres jeunes dégourdis de Terre-Neuve : elle a quitté son bled aux horizons et aux ressources limités et a émigré à Toronto, pour étudier et travailler. C’est depuis l’Ontario qu’elle a contribué à donner corps à la révolution culturelle terre-neuvienne. Avec d’autres copains, expatriés comme elle, elle a lancé Codco (pour Cod Company : Morue inc.), troupe de théâtre vite reconnue pour son humour décapant et ses satires sociales et politiques assassines. « On se moquait de la façon dont les Canadiens se moquaient des Newfies à l’époque. C’était comme un exorcisme. » Mary Walsh est devenue une vedette de la CBC — et est retournée, à 52 ans, vivre à St. John’s, dans une grande maison de bois au fond d’une cour ombragée. Pour comprendre ce qui se passe en ce moment, il faut savoir d’où nous venons, dit-elle. « Avant, les gens étaient davantage désireux de contrôler leur propre destinée que de s’enrichir. Ils étaient installés au fond de petites baies, en communautés isolées, coupées du monde. Les Terre-Neuviens avaient un esprit de survie, de survivance opiniâtre. On n’a jamais été “ au-dessus de nos affaires ”, ici. On n’a jamais vraiment eu d’âge d’or, même lorsqu’on était indépendants. Ce que je perçois maintenant, c’est que comme nation on a fait une longue série de mauvaises affaires, dit Mary Walsh. On a donné l’électricité, donné le pétrole, sans se soucier des redevances ni de garder le contrôle, trop contents qu’on était d’avoir des emplois dans la construction, et on a laissé tout le monde épuiser les bancs de morue. On a investi dans des trucs qui ont foiré, laissé le fédéral fermer le chemin de fer. On s’est fait avoir de tellement de façons… » Danny Williams est un héros chez lui parce qu’il dit, justement : « No more Mr. Nice Guy » [fini les courbettes]. « Ce qu’on dit maintenant, c’est : “ Ne signons plus jamais de mauvaises ententes. Ne dilapidons plus nos ressources, essayons d’en tirer un maximum et d’y voir plus clair. ” Cela ne me semble pas déraisonnable », conclut Mary Walsh. Craig Westcott, propriétaire et éditeur du Business Post, à St. John’s, explique que pour beaucoup, telle Mary Walsh, la perte de l’indépendance nationale a été comme un voyage interrompu. « Ce serait une expérience intéressante de reprendre ce voyage et de voir comment on s’en sortirait. Cependant, je ne voudrais pas le faire avec un gars comme Williams au pouvoir ; ce serait beaucoup trop dangereux. » Les gens d’affaires commencent tout juste à s’habituer à la nouvelle prospérité que le pétrole marin, ses redevances et ses industries dérivées ont apportée à la région de St. John’s — une ville plus ancienne que Québec, mais qui n’a jamais été plus qu’un gros port de pêche… quand il restait encore du poisson dans la mer. Ils sont aujourd’hui très inquiets de voir le premier ministre traiter les grandes sociétés pétrolières, le gouvernement fédéral ou des alliés aussi costauds qu’Hydro-Québec de manière si cavalière. « Mais ils n’osent le dire publiquement, dit Craig Westcott. Ils ont peur. » Peur de quoi, au juste ? « Des représailles. Williams supporte très mal la critique. Dans un endroit comme ici, impossible de faire du business sans devoir traiter avec le gouvernement un jour ou l’autre. Tu ne veux pas être sur sa liste noire. » Un homme d’affaires proche de l’industrie pétrolière — et qui ne veut pas être nommé — dit la même chose : « Williams est un microgestionnaire, un politicien à l’ancienne mode, un peu despote, comme ils l’ont toujours été ici depuis Joey Smallwood. Tous les dossiers passent par son bureau, il est au courant de tout et n’oublie rien. » Ed Hollett travaillait au bureau de Clyde Wells au début des années 1990, quand ce dernier était premier ministre. Hollett est aujourd’hui conseiller en communications et stratégies à St. John’s. Il ne croit pas au séparatisme terre-neuvien. « Il n’y a pas de société civile, pas de parti politique, pas de mouvement de masse comme au Québec pour soutenir et alimenter un tel projet. » Cependant, Hollett voit poindre la révolution terre-neuvienne. « D’ici quelques années, la province la plus pauvre du pays rejoindra le club sélect de celles qui paient de la péréquation au lieu d’en recevoir. Cela aura un effet majeur sur l’équilibre des forces au pays — qui se maintient toujours dans le triangle Toronto-Ottawa-Montréal. » Hollett voit très bien Terre-Neuve prendre la tête d’une « force atlantique » qui opérera le rééquilibrage des forces au pays — « ce dont les Albertains rêvent aussi, mais qu’ils n’ont pas été capables de réussir, parce qu’ils sont trop… insulaires, justement ». Un tout nouveau newfie power est-il en train d’émerger ? « Depuis le temps que les Terre-Neuviens émigrent, on en trouve partout au Canada, souvent à des postes importants, dit Ed Hollett. Ils ne vont pas se séparer, ils feront plutôt sentir leur présence. » C’est donc cela. L’argent du pétrole permettra à Terre-Neuve de s’affirmer davantage au sein du Canada — plutôt que de s’en séparer. Une minorité qui fait sentir sa présence et qui réclame des changements dans la gouvernance du pays ? Le Québec a fait des émules, il faut croire. Désormais, il n’est plus seul dans sa dispute avec le Rest of Canada.

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Le pétrole de la discorde

La province la plus pauvre du Canada roule-t-elle sur l’or ? Il y a tout plein de nouveaux restaurants, de petites boutiques chics, de nouveaux édifices rutilants et d’autos neuves dans les rues pittoresques de St. John’s (180 000 habitants). Les revenus du gouvernement provincial ont augmenté de 10 % en 2006, lui permettant de baisser les impôts et de commencer à rembourser la dette. Le budget préélectoral de ce printemps regorgeait de généreuses allocations pour des trucs qui plaisent à l’électorat : la santé, l’éducation, la création d’emplois. Cette abondance vient principalement du pétrole marin — que les Terre-Neuviens sont par ailleurs convaincus d’avoir laissé à vil prix aux pétrolières. Jim Flaherty, ministre fédéral des Finances, prévoit que Terre-Neuve fera son entrée dans le club sélect des provinces riches — qui donnent de la péréquation au lieu d’en recevoir — d’ici deux ans. Présentement, les transferts du gouvernement fédéral représentent 30 % des six milliards de dollars de revenus du gouvernement de Terre-Neuve. Cela fait bondir Danny Williams. Il est furieux parce qu’Ottawa avait promis de ne plus inclure les redevances du pétrole dans le calcul de la péréquation, promesse sur laquelle Stephen Harper est revenu dans le dernier budget fédéral. « Dans le reste du pays, on voit Terre-Neuve comme une province qui veut avoir la péréquation et les revenus du pétrole, mais ici, on ne voit que la promesse non tenue du fédéral », explique Geoff Meeker, spécialiste des communications proche de l’industrie du pétrole. Il y a actuellement trois champs pétrolifères (Hibernia, Terra Nova et White Rose) en exploitation au large de l’île. La mise en route d’un quatrième champ, Hebron, le plus grand, est compromise maintenant que Williams demande, au nom de sa province, une participation de 5 % au capital de l’entreprise. Les négociations sont au point mort. « Le pétrole a enrichi le gouvernement et les gens de St. John’s, mais pas Terre-Neuve ni les autres Terre-Neuviens », dit Lorraine Michael, députée NPD. Le taux de chômage est à 13 %, et 51 % seulement des personnes en âge de travailler ont un emploi — les petits villages côtiers se dépeuplent, les jeunes partant chercher du travail en Ontario et en Alberta. Terre-Neuve a rarement eu le gros bout du bâton dans ses négociations avec le Canada central et la grande entreprise. Les partisans de Danny Williams ne voient que les bénéfices accrus qu’il promet à sa province. Mais des investisseurs plus prudents s’inquiètent des risques que ses fanfaronnades font courir à la fragile économie terre-neuvienne. L’exploitation d’une importante mine de nickel à Voisey Bay a été retardée pendant près de 10 ans par une chicane sur la construction d’une raffinerie. L’aménagement des chutes Churchill fait l’objet de difficiles discussions avec Hydro-Québec. Au 10e anniversaire du moratoire sur la pêche à la morue, les stocks de poissons dans la mer sont au plus bas. Avec l’avenir, maintenant incertain, de l’exploitation pétrolière, on comprend Danny Williams de tenir mordicus aux paiements de péréquation. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras…

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Où vit-on le mieux ?

Depuis le temps qu’on en parle, voici enfin une étude objective et nuancée sur le niveau de vie des Québécois comparativement aux autres Nord-Américains. La conclusion ne surprendra pourtant personne : les familles s’en tirent bien et les plus riches paient davantage d’impôts. Pourtant, l’article en vaut la peine. Le magazine Affaires PLUS a comparé la situation de neuf couples de professionnels occupant le même type d’emploi et ayant deux enfants dans neuf villes nord-américaines différentes. Le magazine a voulu mesurer le niveau de vie des Montréalais à celui des habitants de villes semblables, soit Chicago, Boston, Atlanta, Houston, San Francisco, Vancouver, Calgary et Toronto. L’exercice a été fait sérieusement et la journaliste Isabelle Ducas a expliqué avec toutes les nuances appropriées les résultats de cette étude. La firme de ressources humaines Watson Wyatt a comparé les salaires payés dans chacune des villes. Les comptables de Samson Belair/Deloitte Touche ont comparé les impôts et les charges sociales, et Runzheimer International, le coût de la vie (logement, transport, nourriture, etc.) dans chacune des neuf villes. On a pris pour acquis qu’une chef comptable et un programmateur informatique ont une couverture d’assurance soins de santé payée par l’employeur, comme 60 % des Américains. Résultat : Toronto vient au dernier rang et Montréal en huitième position. Le couple montréalais gagne moins et paie plus d’impôts et de charges sociales, mais ses dépenses sont moindres que dans la capitale ontarienne. Boston occupe le septième rang, San Francisco le sixième, Vancouver la cinquième place et Calgary la quatrième position. Ce sont les villes de Chicago, d’Atlanta et de Houston qui occupent les premiers rangs. Le coût de la vie n’est pas très élevé à Houston et les impôts et charges sociales sont les plus bas. C’est à Montréal que la proportion d’impôts et de charges sociales est la plus élevée (33 %) comparativement au revenu. Mais San Francisco suit de près à 32 %. J’ai été très surpris de constater que le fisc est un peu moins gourmand à Vancouver (deuxième rang au classement à ce chapitre) qu’à Calgary. Voici maintenant les éléments réjouissants pour Montréal. Si l’un des enfants est d’âge préscolaire, Montréal monte au troisième rang devant San Francisco, Boston et Calgary grâce aux tarifs imbattables des garderies. Plusieurs années plus tard, le couple montréalais devrait améliorer sa position face aux autres couples, surtout américains, quand ses enfants atteindront l’université. Bref, les salaires sont moins élevés au Québec et les impôts plus lourds. Mais il y a moins de pollution et de criminalité qu’à Houston. Aussi, les familles montréalaises s’en tireront presque aussi bien que les autres familles nord-américaines si elles ont des enfants en garderie ou à l’université. Plus vous gagnez, moins le Québec est intéressant. Et, dans tous les cas, évitez Toronto !

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Café, rôties et mondialisation

Pain Source : Blé des Prairies. Consommation* de farine de blé : L’équivalent de 13 pains en tranches par mois. Prix à la hausse La montée en flèche du prix du pétrole a fait bondir celui du blé de 22 % depuis janvier. Pourquoi ? En raison de la popularité de l’éthanol, qui entre dans la production de l’essence. Fabriqué avec du maïs, l’éthanol a fait croître le prix des épis. Les éleveurs de bétail se sont alors tournés vers le blé pour remplir leurs mangeoires. Cette céréale se faisant plus rare, sa valeur augmente. Et celle du pain suivra. Mais rien d’inquiétant : le coût du blé, dans un pain en tranches de deux dollars, ne représente que de six à dix cents. Beurre d’arachide Source : Arachides de la Chine et des États-Unis. Consommation annuelle totale au Québec : Assez pour remplir les wagons d’un train long de près d’un kilomètre. Délocalisation en vue La Chine, empire de l’arachide, fournit 40 % de la production mondiale. Parmi ses clients : les multinationales Philip Morris (beurre d’arachide Kraft), Unilever (Skippy)… et la petite usine de Vicrossano, à Montréal, qui fabrique la marque Yum Nature et des produits bios. Afin de rester compétitive, la propriétaire de celle-ci songe à transférer sa principale chaîne de fabrication en Chine. Du made in China jusque sur les rôties ? Lait Source : Vaches laitières du Canada. Consommation moyenne d’un Québécois : Un verre par jour. Une espèce menacée ? Au Canada, le commerce du lait est régi par un système de « gestion de l’offre » (les producteurs achètent des quotas) et Ottawa décourage les fabricants de produits laitiers d’acheter du lait à l’étranger en imposant des tarifs astronomiques. Mais l’OMC favorise l’ouverture des marchés, ce qui menace le système de gestion de l’offre. Les producteurs ont déjà un aperçu de ce qui les attend : pour économiser, des restaurateurs importent des substituts de fromage à base de soya. Certains servent des poutines préparées avec du fromage en grains composé à 50 % de soya ! Œufs Source : Canada (95 %) et États-Unis (5 %). Marché protégé. Consommation* : Une douzaine par mois. Guerre des prix La guerre des œufs Canada–États-Unis aura-t-elle lieu ? Ottawa permet aux États-Unis de faire entrer sans tarif 5 % des œufs consommés au pays, mais impose des droits de 163,5 % sur les œufs excédentaires. Si les États-Unis réussissent à faire lever cette barrière par l’OMC, les Canadiens ne pourront rivaliser : leurs plus grosses fermes ont 100 000 pondeuses, celles des Américains, un million ! Les consommateurs profiteraient d’abord d’une guerre des prix, mais le contrôle du marché passerait ensuite aux mains des distributeurs et les prix grimperaient. Bananes Source : Colombie, Costa Rica, Équateur, Honduras, Guatemala et Panamá (par ordre d’importance). Marché de quatre milliards de dollars. Consommation* : Deux bananes par semaine. Fruit le plus consommé au Canada après la pomme. Le champignon qui tue D’ici 20 ans, la banane cavendish, variété vendue en Amérique du Nord et en Europe, pourrait avoir disparu du globe. Le coupable : le fusarium, champignon résistant aux pesticides qui a dévasté des plantations en Asie. La recherche d’un substitut est un casse-tête. Il faut trouver une variété sucrée, qui résiste aux maladies, ne s’abîme pas pendant le transport et se conserve longtemps. Ou en créer une. Les généticiens s’y appliquent, mais la cavendish n’ayant pas de graines, il faut utiliser des boutures. Café Source : Colombie, Brésil, Viêt Nam, Costa Rica, Pérou, Honduras et Guatemala (par ordre d’importance). Consommation* : 102 litres par année. Le choc des cultures La « drogue » matinale de milliers de Québécois est liée à la production de drogues plus puissantes. En 2001, les prix du café ont chuté en raison d’une surproduction causée par l’entrée du Viêt Nam sur le marché. L’économie de la Colombie, quatrième producteur mondial, s’est effondrée, et des milliers de fermiers se sont tournés vers des cultures plus lucratives : coca et opium. Les prix du café ont remonté, mais la majorité de ces fermiers restent sous le contrôle de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie et des cartels de la drogue. Jus d’orange Source : Brésil et Floride. Consommation moyenne d’un ménage québécois : 49 dollars de jus d’orange par année. Exploitation de la main-d’œuvre Plus de la moitié du jus d’orange consommé dans le monde provient du Brésil, et José Luís Cutrale, le « baron » de l’industrie, contrôle 40 % de la production. Il a acheté des usines en Floride pour transformer son concentré en jus. Les syndicats locaux s’en plaignent : au Brésil, Cutrale a été poursuivi à maintes reprises pour avoir exploité des travailleurs. Au Québec, les jus « faits de concentré » sont préparés avec des oranges du Brésil et les jus frais sont faits surtout d’oranges de la Floride. Cacao Source : Côte d’Ivoire, Nigeria, Indonésie, Ghana et République dominicaine (par ordre d’importance). Consommation* : 1,5 kilo de fèves de cacao par année. Enfants esclaves Près de la moitié du cacao consommé dans le monde provient de petites plantations de la Côte d’Ivoire. Beaucoup d’enfants y travaillent, 625 000, dont environ 10 000 sont esclaves ! La plupart viennent du Mali et sont vendus aux planteurs. Les grands producteurs, comme Nestlé et Hershey, se sont engagés en 2001 à s’attaquer au problème. Mais peu a été fait. Il faudrait changer la filière : l’industrie achète le cacao sous forme de liquide ou de beurre, sans connaître la provenance des fèves. * Consommation moyenne d’un Canadien. — Sources : Agriculture et Agroalimentaire Canada, BioDiversity International, Conseil des industriels laitiers du Québec, Dépenses alimentaires des Québécois 2003 (ACNielsen), Fédération des producteurs d’œufs de consommation du Québec,Service des délégués commerciaux du Canada et Statistiques sur les aliments 2006 (Statistique Canada).

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Immigration : le cas de l’Irlande

Il y a aujourd’hui (dimanche) dans le New York Times un article très intéressant sur l’immigration en République d’Irlande. La population irlandaise est en pleine croissance et devrait passer de 4,2 millions de personnes à 5 millions d’ici 12 ans, puis à 6 millions d’habitants au cours des années suivantes. L’immigration est en partie responsable de cette croissance. Le taux d’immigration est en effet passé de 5,8 % de la population en 2002 à 9,5 % en 2006. Comme vous le constatez, c’est une augmentation beaucoup plus considérable et beaucoup plus rapide que ce que le Québec expérimente. Même en prenant pour acquis le chiffre non officiel de 12,5 % d’immigrants au Québec tel que déduit par un correspondant, l’augmentation du taux d’immigration serait de 33 % au Québec entre 1996 et 2006, contre une hausse de 64 % en Irlande de 2002 à 2006. L’Irlande se porte-t-elle plus mal ? Son économie a doublé au cours de la dernière décennie. Le taux de chômage est à 4,4 %. Le produit intérieur brut par habitant selon la méthode de la parité du pouvoir d’achat (40 742 $) place l’Irlande au quatrième rang mondial, 17 rangs plus haut que le Québec, poussé par le bas, dit-on, par trop d’immigrants. Deux économistes irlandais affirment même que les travailleurs étrangers ont ajouté 3 % au PIB irlandais entre 2003 et 2005. Le débat sur l’immigration au Québec est extraordinairement émotif. Les cris d’alarme proviennent de Nicolet, de Québec ou d’Hérouxville où la vue d’un immigrant traversant la rue est un événement. Et ce sont les Montréalais (les collègues Cayouette, Sansfaçon, Pratte et tant d’autres) qui défendent les mérites de la diversité et de l’apport des Autres à la collectivité. Expliquez-moi quelqu’un!

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Allons-nous vers une récession ?

La prochaine fois que vous allez voir un touriste américain se promener dans votre ville, faites lui bien attention. Le sort de l’économie mondiale est maintenant entre ses mains ou, plus précisément, dans son porte-monnaie. Plus de 70 % de l’économie américaine dépend du pouvoir d’achat des consommateurs. Si les conditions de crédit se resserrent trop, si on refuse de refinancer des hypothèques plus risquées ou des cartes de crédit trop essoufflées, si on dit non à trop d’acheteurs potentiels d’automobiles, c’est toute l’économie qui va ralentir. Nous aurions alors une première récession depuis les années 1980 causée – si on peut dire – par les consommateurs. Mais ce scénario peut être évité. La baisse, ce matin, du taux d’escompte aux États-Unis aura un impact positif sur les marchés et sur la consommation. La débâcle boursière s’est poursuivie en Asie aujourd’hui, mais la tendance est plus positive en Europe. Déjà hier, la Bourse de Toronto montrait des signes d’encouragement. Il se peut que la tempête financière s’achève et qu’il ne s’agissait que d’une correction boursière. Il y a des dégâts et des victimes. Cette crise coûtera probablement 250 milliards de dollars aux banques américaines. C’est énorme, mais c’est sensiblement moins que les 359 milliards de profits qu’elles ont encaissés en 2005 et en 2006. C’est triste, mais enfin ce n’est pas la fin du monde. Comme c’est le cas dans toutes les corrections boursières, le thème dominant sera « je le savais que ça n’avait pas de bon sens ». Les hypothèques à gogo concoctées par certaines institutions financières américaines étaient irresponsables et susceptibles de causer des dégâts. Tout le monde le savait. Tout le monde savait que les titres technologiques étaient cotés à des niveaux beaucoup trop élevés en 2001. Tout le monde savait que la Bourse méritait une correction en 1997 et en 1987. Seulement voilà, l’excès et la cupidité sont des compagnons inévitables des marchés. Les corrections nous rappellent une ou deux fois par décennie deux autres mots très utiles : le risque et la prudence. Le risque, parce que tout investissement en est un. La prudence parce qu’il en faut, envers et contre tous. Pendant des années, j’ai envié le système américain qui permet de déduire les intérêts hypothécaires de l’impôt sur le revenu. Quelle belle trouvaille, pensais-je, pour accroître l’accès à la propriété et diminuer le fardeau fiscal. On mesure aujourd’hui la conséquence de cette mesure. Les Américains s’endettent à mort et transfèrent le tout à leur hypothèque. Non seulement c’est bon, mais le gouvernement diminue leurs impôts en conséquence! Voilà qui est risqué et pas très prudent. TOUS LES TEXTES DE MA REVUE DE PRESSE PORTENT SUR LA CRISE FINANCIÈRE.

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À bas le pessimisme !

Dans les années à venir, le Québec devra s’adapter aux changements démographiques (forte augmentation du nombre des aînés, baisse de celui des travailleurs), insister davantage sur la création de la richesse et gérer ses ressources naturelles de façon plus économique et plus écologique qu’il ne le fait maintenant. Ces défis seront difficiles à relever. Mais pas plus que d’éduquer ses enfants, de réaliser le plein emploi de sa population adulte ainsi que d’atténuer la pauvreté et les inégalités sociales comme il l’a fait depuis 50 ans. Les Québécois ont réussi leur révolution dans le domaine de l’éducation. En 1960, ils accusaient un retard de deux ans par rapport à leurs voisins ontariens. Les jeunes, au Québec, passaient habituellement 9 années à l’école. À côté, en Ontario, c’étaient 11 années. Aujourd’hui, les Québécois de 30 ans sont allés à l’école pendant 15 ans en moyenne. C’est le même nombre d’années qu’en Ontario et c’est plus que dans les provinces de l’Atlantique ou de l’Ouest. Naturellement, bien des choses restent à faire au Québec en éducation : vaincre le décrochage, augmenter le nombre de diplômés universitaires, insister sur la formation professionnelle, scientifique et technique. Mais il y a un bon bout de chemin de fait. Le Québec a réalisé le plein emploi, ou presque. Il y a 30 ans, en 1976, 65 % seulement des adultes de 25 à 54 ans occupaient un emploi, contre 76 % en Ontario. Le retard du Québec atteignait 11 points. En juin dernier, ce noyau dur de la population adulte était au travail dans une proportion de 82 %, soit le même pourcentage qu’en Ontario. Le taux de chômage de Montréal était inférieur à celui de Toronto. C’est le fruit de la révolution éducative et entrepreneuriale qu’a accomplie le Québec ainsi que de la paix sociale durable qui s’y est installée après les soubresauts des années 1970. Les Québécois ont connu plus de succès que tous les autres Nord-Américains dans leur combat contre la pauvreté et les inégalités. En 2005, le revenu disponible des familles parmi les 20 % les plus pauvres a été en moyenne de 14 100 dollars au Québec et de 14 200 dollars en Ontario. Si l’écart entre les deux provinces était à peine de 100 dollars, c’est en grande partie grâce au soutien financier accordé par l’État aux familles pauvres (aide sociale, prime au travail, garderies à sept dollars, etc.), qui est beaucoup plus important au Québec que dans le reste de l’Amérique du Nord. À vrai dire, si on tient compte du fait que le coût de la vie y est 10 % plus bas et les services publics plus abondants que dans les autres provinces canadiennes, on est forcé de conclure que le niveau de vie des familles pauvres est plus élevé au Québec que partout ailleurs au Canada. Reconnaître le chemin parcouru doit être une source d’encouragement à poursuivre ce combat contre la pauvreté. Les inégalités salariales sont également moins prononcées au Québec que dans les autres provinces. En 2006, parmi les salariés, les 20 % les plus faiblement rémunérés ont gagné 2 % de plus au Québec que dans le reste du Canada. (À l’autre extrême, les 20 % les mieux rémunérés ont gagné 14 % de moins au Québec qu’ailleurs — et ils étaient taxés davantage.) Qu’est-ce qui permet aux travailleurs québécois les moins bien payés de mieux s’en tirer que leurs collègues des autres provinces ? Des facteurs comme un salaire minimum maintenu au sommet canadien, des lois qui encouragent le syndicalisme, une politique salariale du secteur public qui avantage le petit salarié, etc. Le résultat est que les salaires sont moins inégaux au Québec qu’ailleurs. Parce que les Québécois l’ont voulu ainsi. Dans leurs moments de faiblesse, ils doutent parfois de leur capacité d’affronter les gros défis de l’avenir : faire face au vieillissement, créer de la richesse, bien gérer les ressources naturelles. Pourtant, si le passé démontre une chose, c’est que, quand ils décident de s’y mettre, rien ne peut les arrêter. À bas le pessimisme !

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L’Afrique monte aux chantiers

Les travaux sylvicoles — ou aménagement forestier — permettent à la forêt de se régénérer plus rapidement. Ils regroupent deux activités, la plantation et le débroussaillage, qui réduisent les effets de la coupe forestière. Le débroussaillage est encore récent au Québec. « Cette technique a été importée de Suède à la fin des années 1980, explique Daniel Pedneault, de Foresterie DLM. Auparavant, personne ne se préoccupait de la mise en valeur de la forêt. » En débroussaillant, on éclaircit la forêt pour donner aux arbres restants plus de lumière et de nourriture (contenue dans l’humus produit par les arbres coupés et laissés à terre). Ils poussent ainsi beaucoup plus vite. « Dans le secteur nord du Lac-Saint-Jean, on gagne de 10 à 20 ans sur une période normale de 70 ans », dit Pedneault. Le travail d’une saison peut toutefois s’envoler rapidement en fumée. Cette année seulement, de 2 000 à 3 000 hectares débroussaillés les saisons précédentes ont brûlé. « D’ici à trois ans, on va les replanter », promet Daniel Pedneault.

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L’Afrique monte aux chantiers

L’industrie forestière est en crise ? Quelque 200 immigrants africains ont pourtant trouvé du boulot comme débroussailleurs dans les forêts du Saguenay. « Personne ne vient ici pour le plaisir, dit l’un d’eux. C’est l’enfer… mais l’enfer, c’est payant ! »