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Un Tea Party pour la gauche américaine ?

Pendant que les démocrates tentent ce qu’ils peuvent pour ralentir les républicains au Congrès, un nouveau mouvement s’est mis en marche. Avec l’objectif de jouer les trouble-fêtes.

Des membres d’un groupe local d’Indivisible récitent le serment d’allégeance lors d’une séance du conseil municipal de Campbell, en Californie. (Photo : AP Photo/Marcio Jose Sanchez)

Non. C’est la réponse classique que donnent les démocrates aux projets de loi déposés par les républicains au Congrès américain. Leur dernier « non » en liste, un cadeau avant les vacances de la fête nationale, s’oppose à l’abrogation de lObamacare, l’une des promesses phares du président Trump.

Mais la liste est longue. Très longue. Le test des 100 premiers jours à la présidence témoigne de cette résistance : les démocrates ont refusé la plupart des projets de loi et des nominations aux postes exécutifs. Le parti qui a dirigé pendant huit ans sous le « Yes, we can » doit maintenant changer sa stratégie politique pour multiplier les « non » affirmatifs.

Avec une majorité républicaine à la Chambre des représentants et au Sénat, ce refus de collaborer peut-il avoir une réelle incidence ? C’est d’une évidence mathématique, les républicains continueront à faire avancer leurs politiques. Suivant cette même logique, la seule possibilité des démocrates est de ralentir le processus législatif et de préparer le terrain pour les élections législatives de 2018.

Si nous entendons principalement parler de ces « non » qui se prononcent à Washington, il ne faut pas sous-estimer la naissance d’un nouveau mouvement politique populaire qui prend de l’ampleur dans les 435 circonscriptions aux États-Unis. Nommé Indivisible, ce mouvement se veut une réaction à l’élection de Trump. Il a vu le jour à la fin 2016 par la publication du document Indivisible : A Practical Guide for Resisting the Trump Agenda.

Les fondateurs de ce mouvement ne sont pas dupes : eux-mêmes d’anciens employés du Congrès, ils admettent que ce guide ne constitue pas une panacée et qu’il ne peut à lui seul mettre fin aux nombreuses divisions internes du Parti démocrate. Ils savent toutefois que les progressistes peuvent être « indivisibles » autour d’un plan : nuire à Trump et contester les projets de loi des républicains.

Ce qui est frappant en lisant ce document n’est pas tant la mission que se donne ce mouvement, mais de constater à quel point il s’inspire des stratégies politiques du Tea Party, le mouvement qui campe à droite :

  • embêter les élus en multipliant les lettres et les courriels ;
  • encombrer leurs lignes téléphoniques ;
  • rendre visite aux représentants et manifester régulièrement devant leur bureau de comté ;
  • ou encore jouer les trouble-fêtes en se présentant à leurs assemblées ou événements publics.

Et le mouvement Indivisible ne s’en cache pas : la référence au Tea Party revient à 27 reprises dans son guide de 26 pages ! Si l’activisme local a fonctionné pour la droite, pourquoi cela serait-il différent pour la gauche ?

Forts de leur expérience au Congrès, les auteurs de ce manuel ont vu les membres du Tea Party faire trembler les élus qui devaient faire face à leur réélection. La stratégie est éprouvée : il faut rejeter, contester et manifester directement dans chacune des circonscriptions.

Les progressistes semblent répondre à l’appel. Le site Internet d’Indivisible a été vu par cinq millions de personnes durant le premier mois, et il existe à ce jour 5 800 groupes qui s’activent aux quatre coins des États-Unis (et au moins 2 dans chacune des circonscriptions). À titre de comparaison, le Tea Party en avait 650 à son apogée.

En psychologie, la phase du non chez l’enfant est synonyme d’affirmation. Pourra-t-on en dire autant pour les démocrates ? S’ils refusent d’obéir, il faudra qu’ils en viennent à s’accorder sur des objectifs politiques plus précis. Être sur la défensive permet certes d’avoir un ennemi commun, mais ce n’est certainement pas un programme politique viable.

D’ailleurs, qu’en est-il du Tea Party aujourd’hui ?

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Julie Dufort est chercheuse à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.