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Trump, de vacances et de tweets

Les gazouillis politiques du président des États-Unis s’accélèrent depuis qu’il est au New Jersey. Le résultat d’une fine stratégie politique ou d’impulsions irréfléchies ?

Donald Trump à son club de golf de Bedminster, au New Jersey. (Photo : AP Photo / Evan Vucci)

La plupart des gens apprécient les gazouillis des oiseaux pour faire le vide et se détendre pendant l’été. Donald Trump, lui, préfère passer son congé estival à multiplier les gazouillis politiques.

Rendons tout d’abord à César ce qui lui revient. Même s’il demeure pendant plus de deux semaines au Trump National Golf Club, dans le New Jersey, le président des États-Unis a raison de dire qu’il n’est pas vraiment en vacances. Il tiendra des rencontres quotidiennes pour discuter des dossiers chauds, tout comme l’ont fait auparavant Barack Obama et Bill Clinton sur l’île de Martha’s Vineyard, au Massachusetts, ainsi que George W. Bush dans son ranch, au Texas.

Trump a d’ailleurs déjà eu une discussion téléphonique avec son secrétaire d’État, Rex Tillerson, et son chef de cabinet, John Kelly, pour élaborer la stratégie à adopter à l’égard de la Corée du Nord.

Cela dit, à l’inverse de ses prédécesseurs, qui ont passablement réduit leurs apparitions médiatiques pendant leurs vacances, Trump ne fait pas vraiment de pause — en tout cas sur les réseaux sociaux. Lundi dernier seulement, il a tweeté sur son compte personnel à 13 reprises, un total deux fois plus élevé que sa moyenne depuis le début de sa présidence.

La teneur de ses cibles n’est pas différente ou plus légère en vacances : on retrouve les mêmes messages qui attaquent les « médias de fausses nouvelles », dont le New York Times figure encore en tête de liste.

Mais à qui Trump s’adresse-t-il vraiment avec ces tweets tour à tour incendiaires et empreints d’autopromotion ? Soyons réalistes, la personne qui apprécie d’abord ce bruit médiatique est Trump lui-même. À maintes reprises, il a affirmé que Twitter était l’une des raisons de son succès politique. Il s’agit pour lui d’une forme de communication efficace :

En effet, les médias sociaux sont un moyen populaire de contourner les médias traditionnels et d’atteindre directement et instantanément les Américains. Le nombre d’abonnés de Trump ne cesse d’ailleurs d’augmenter : @realDonaldTrump est suivi par 35 millions de personnes, ce qui le place au 28e rang des personnalités les plus populaires sur Twitter — mais loin derrière ceux qui figurent dans les trois premières places, soit Katy Perry, Justin Bieber et Barack Obama.

Néanmoins, les électeurs semblent de moins en moins apprécier ses interventions. Selon les données d’un sondage parues cette semaine sur CNN, 70 % des Américains avancent que ses tweets « sont une manière risquée pour le président de communiquer » ; qu’ils « s’apparentent trop souvent à des réponses aux nouvelles qu’il a pu entendre à la télévision » ; et qu’ils « n’envoient pas le bon message aux autres chefs d’État ».

Surtout, le sondage révèle que les électeurs républicains qui « approuvent fortement » son travail à la Maison-Blanche est passé de 73 % en février à 59 % au mois d’août. Autrement dit, sa base électorale s’effrite.

Devant ces chiffres peu encourageants, reposons de nouveau la question : à qui les tweets de Trump peuvent-ils bien s’adresser ? Sont-ils le résultat d’une fine stratégie politique ou d’impulsions irréfléchies ?

Ses abonnés comprennent autant de militants anti-Trump que de fervents admirateurs, qui forment justement cette base sur le terrain. Par de nombreux tweets où il refuse de se conformer aux normes sociales, Trump montre qu’il s’adresse principalement à ces derniers. Ces tweets deviennent une forme de performance et de divertissement qui lui permet d’entretenir un fort sentiment d’appartenance avec sa base électorale.

Dans les faits, ses messages appellent bien plus souvent à l’émotion qu’ils sont une source d’information. Il suffit de remarquer le nombre impressionnant de points d’exclamation, de mots écrits en majuscule ou encore d’expressions courtes qui servent d’intensificateur, comme « amazing! » ou « sad! ».

Ces tweets sont aussi une façon de tester certaines idées politiques controversées susceptibles de plaire à la frange plus radicale de son électorat. Dernier exemple de cette stratégie ? Le tweet où il annonce l’interdiction des personnes transgenres dans l’armée.

Un message spectaculaire, certes, mais qui n’a évidemment aucune force de loi. Il ne faut cependant pas sous-estimer son importance : la politique n’est pas un jeu à somme nulle, et de telles déclarations ont des implications symboliques tout aussi importantes que désastreuses pour une communauté comme celle des LGBT.

Cela étant dit, il faut nuancer l’idée que Trump serait un fin stratège derrière ses courtes déclarations. Une étude scientifique publiée le mois dernier dans la revue Small Business Economics conclut que Trump, loin du calcul politique, est avant tout impulsif et critique.

Les chercheurs Martin Obschonka et Christian Fisch ont comparé 3 200 de ses tweets écrits avant qu’il devienne président à ceux de 105 entrepreneurs et patrons de grandes entreprises. Ils ont conclu que sa personnalité numérique était celle d’un « entrepreneur névrosé ». D’une part, il est créatif, compétitif et orienté vers le changement, comme bon nombre d’hommes d’affaires. Mais d’autre part, ses tweets dégagent une instabilité émotionnelle liée à des sentiments négatifs.  

Le Trump en vacances qui tweete abondamment serait-il stressé par le recul observé de sa base électorale ? Son compte est à surveiller.