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Le rêve des « Dreamers » virera-t-il au cauchemar?

Plus 750 000 jeunes sans-papiers bénéficient du programme mis en place sous la présidence de Barack Obama pour étudier et travailler. Mais Donald Trump menace de l’abolir.

Une manifestation en faveur des « Dreamers » à New York. (Photo : AP)

Même si la tempête Harvey est terminée, de nombreux résidants du Texas se tiennent toujours sur le qui-vive. Une autre tempête — politique cette fois — pourrait s’abattre sur eux. Celle-ci aurait des effets dévastateurs permanents, puisqu’elle les forcerait non seulement à devoir abandonner leur demeure, mais à quitter définitivement le territoire américain.

Plus de 121 000 Texans sont dans cette situation, qui touche au total 750 000 personnes aux États-Unis. Surnommés les « Dreamers », ces sans-papiers bénéficient du programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals). Mis en place en 2012 sous la présidence d’Obama, il permet aux jeunes immigrants arrivés clandestinement sur le territoire américain — avant l’âge de 16 ans — de continuer à vivre et à travailler aux États-Unis en toute légalité.

Ce programme a changé la vie de beaucoup d’immigrants, notamment en leur permettant de profiter d’une aide financière pour leurs études, d’ouvrir un compte de banque et d’obtenir de meilleurs emplois. Houston figure parmi les cinq villes américaines qui comptent le plus de « Dreamers ».

Sauf que ceux-ci pourraient bientôt voir leur rêve tourner au cauchemar. Le président Donald Trump doit en théorie décider du sort du DACA le 5 septembre, puisqu’un groupe de 10 procureurs généraux à l’échelle des États menacent de poursuivre le gouvernement fédéral s’il ne démantèle pas le programme avant cette date.

Au lendemain de la fête du Travail, c’est donc plus de 750 000 personnes qui auront peur de perdre leur statut. Pire encore, de nombreux « Dreamers » pourraient être déportés rapidement, n’étant pas très difficiles à trouver : le département de la Sécurité intérieure dispose de l’adresse des bénéficiaires du programme… qui pourrait bien être aussi celle de leurs parents, avec qui ils sont entrés sans papiers sur le territoire américain.

À moins qu’il ne trouve une stratégie pour repousser sa décision, tout indique que le président Trump mettra fin à cette politique. En campagne électorale, il avait promis de renverser ce décret présidentiel signé par Barack Obama. Et plusieurs membres de son Cabinet, dont le procureur Jeff Sessions, sont des opposants au programme, qu’ils estiment anticonstitutionnel.

Sauf que Trump sait que le ressac sera violent. Le DACA ne trouve pas que des défenseurs chez les militants de gauche : de grandes entreprises s’opposent également à son abolition. De nombreux dirigeants, dont ceux de Facebook, Apple, Amazon, Netflix et eBay, viennent notamment de signer une lettre ouverte pour demander de préserver le programme.

En fait, l’enjeu de l’immigration aux États-Unis crée d’étranges coalitions qui défient la dyade habituelle entre les idéologies libérale et conservatrice. Les raisons pour évoquer la fierté de la « nation d’immigrants » ou pour craindre de devenir des « sugar daddies » en matière d’immigration sont aussi économiques que sociales, et elles transcendent ainsi les lignes partisanes.

Selon le chercheur Daniel Tichenor, de l’Université de l’Oregon, spécialisé dans les politiques d’immigration, il faut retourner dans les années 1920 et 1930 pour trouver une période comparable où les décideurs américains ont défendu des politiques d’immigration aussi strictes. Outre sa décision à venir sur les « Dreamers », le président Trump a présenté cet été le projet de loi RAISE, dont l’objectif est de réduire de moitié le nombre d’immigrants admis annuellement et de les accepter sur de nouveaux critères, basés davantage sur le mérite. Fait cocasse : si Donald Trump demandait une carte de résident selon ces standards, il ne serait même pas admis.

Si le président met fin au programme DACA, il est fort possible de voir des « Dreamers » venir augmenter le nombre de demandeurs d’asile à la frontière canadienne. Mais le gouvernement canadien pourrait être tenté d’en accueillir : les demandeurs sont jeunes et instruits, plusieurs ont fréquenté l’université, et ils possèdent une expérience de travail aux États-Unis. Leur profil cadre d’ailleurs avec les recommandations du conseil consultatif sur l’économie de Justin Trudeau en matière d’immigration.