L'essai : Cuire à petit feu
Monde

L’essai : Cuire à petit feu

David Suzuki, star environnementale à CBC, signe Halte à la surchauffe !, pour faire le point sur le réchauffement climatique.

Comment parler du réchauffement climatique sans ressasser des arguments mille fois entendus ? David Suzuki, star environnementale à CBC, tente le coup dans
Halte à la surchauffe !, cosigné avec le rédacteur de sa fondation, Ian Hanington.

L’animateur rappelle que le réchauffement planétaire est la cause, et les changements climatiques, la conséquence. Et que le réchauffement est non seulement une certitude scientifique, mais l’hypothèse la plus contrevérifiée dans l’histoire de la science.

Les faits ont cependant la vie dure. Certains nient l’existence du réchauffement, d’autres considèrent qu’il s’agit d’un phénomène naturel sur lequel nous n’avons aucune prise. Pourtant, les effets sont aussi quantifiables qu’attestés. Ainsi, illustre Suzuki, l’ouragan Sandy, qui a dévasté les Caraïbes en 2012, n’a pas été causé par les changements climatiques. Mais sa force démesurée en est une conséquence.

À la faveur du réchauffement, la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère a augmenté de 5 % depuis les années 1950, tandis que le niveau des océans a gagné 19 cm depuis le début du XXe siècle. « Comme l’atmosphère renferme plus d’humidité et d’énergie qu’autrefois et que les océans sont plus chauds, on doit s’attendre à des ouragans plus violents », écrit-il.

Les conséquences sur les espèces animales s’annoncent désastreuses. Tandis que 2,8 % des espèces sont déjà en voie d’extinction, la proportion atteindra 5,2 % si le réchauffement dépasse les 2 °C.

Et pour les humains? La sécheresse et la flambée des prix des aliments qui en a résulté aggravent l’agitation sociale. Les terres arides et le chômage pousseront des millions de personnes à tenter d’émigrer vers le nord.

Suzuki ne tombe pas dans le piège des choix individuels. La lutte contre le réchauffement, dit-il, est affaire de volonté politique avant tout. Elle passe par la fabrication de biens durables et l’abandon progressif du pétrole. Pourtant, il se situe dans le camp des optimistes, où les avancées technologiques viennent pallier en partie le manque de volonté politique. « L’électricité de source renouvelable a vu ses coûts de production diminuer au point où elle est désormais concurrentielle par rapport à l’industrie des combustibles fossiles, lourdement subventionnée. »

Et s’il se trompait, demande-t-il à la fin de l’ouvrage, et que le réchauffement climatique était réellement insignifiant ? « On se retrouverait avec des sources d’énergie plus vertes, moins de pollution, une économie sans doute plus forte et des combustibles fossiles de grande valeur en réserve pour le jour où l’on aura appris à les utiliser de façon judicieuse, en évitant de les gaspiller. »

« Une part disproportionnée des prix Nobel de sciences revient chaque année à des Américains, en grande partie parce que leur pays a décidé de se rendre sur la Lune avant les Russes voilà plus d’un demi-siècle. Décider de relever le défi du changement climatique entraînera toutes sortes de retombées bénéfiques inattendues. C’est ce que l’histoire nous apprend. »

Halte à la surchauffe !, par David Suzuki et Ian Hanington, Boréal, 2017
En kiosque le 26 septembre