Trump ou les angoisses de l'homme blanc
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Trump ou les angoisses de l’homme blanc

Des chercheurs tentent de déconstruire l’idée reçue selon laquelle les électeurs de Donald Trump seraient soucieux de l’économie américaine. Un mythe qui a la vie dure. 

Pourrait-on mieux comprendre l’ère Trump en regardant les téléséries américaines ?

Pas vraiment.

Suivie par plus de 18 millions de téléspectateurs, Roseanne est la première série à dépeindre explicitement et sans complexe les électeurs de Donald Trump. Il faut dire que l’actrice principale et productrice de la mythique série du réseau ABC, Roseanne Barr, est l’une des rares stars de Hollywood à s’afficher publiquement en faveur du président républicain. Et elle n’a pas raté son retour à l’écran après 20 ans d’absence.

Dès le premier épisode, diffusé le mois dernier, la mère de famille Roseanne Conner explique qu’elle a voté pour Trump parce qu’il incarne un sauveur de l’économie américaine, et ce, tout spécialement pour des familles comme la sienne, c’est-à-dire issues de la classe ouvrière blanche.

Cette série entre donc dans le narratif habituel : Trump a été élu grâce aux votes des Blancs, de la classe ouvrière, des chrétiens — et disons aussi des hommes. Ces derniers se seraient massivement présentés aux urnes pour manifester leur mécontentement à l’égard de la présidence de Barack Obama. Frappés par le chômage et fâchés d’être exclus de la reprise économique, ils étaient prêts à tout, même à faire fi des comportements déplacés du candidat Trump, pourvu qu’il apporte des changements économiques et qu’il ramène la grandeur de l’Amérique.

Sauf que bien des analystes ne sont pas satisfaits de cette théorie et y voient carrément un mythe. Un mythe qui commence a être largement répandu et qui vient donc de faire son entrée dans la culture populaire.

À tout le moins, quelques chercheurs tentent de défaire ce mythe. La dernière étude en lice à critiquer ce portrait des électeurs de Trump est celle de la professeure Diana C. Mutz, qui démontre que la thèse de « l’anxiété économique » ne tient pas du tout la route. Publiée il y a quelques jours dans le Proceedings of the National Academy of Sciences, sa recherche montre que les électeurs qui ont voté pour Barack Obama en 2012 et qui ont changé pour Trump quatre ans plus tard étaient plutôt motivés par la peur de perdre leurs privilèges, c’est-à-dire de perdre les avantages dont ils bénéficient grâce à leur position sociale avantageuse en raison de leur sexe, leur race, leur classe sociale, etc.

Le fait de perdre son emploi ou de subir une baisse de revenus n’a pas joué sur les préférences politiques de ces électeurs. Leur choix serait plutôt lié au fait de voir poindre à l’horizon un nouvel ordre social et culturel où des groupes historiquement marginalisés prennent de plus en plus de place. Mutz note que, pour la première fois de l’histoire des États-Unis, les Américains blancs se font dire qu’ils seront bientôt minoritaires (d’ici 2045). Trump incarnerait le statu quo et donc la préservation de leurs acquis sociaux. Si d’autres études ont déjà prouvé cet aspect en croisant des résultats de sondages, celle de Mutz l’aborde de manière plus complète par des données provenant de groupes de discussion.

« L’anxiété économique » ne tient pas la route.

Reste maintenant à observer comment démocrates et républicains feront appel à ces anxiétés dans le cadre des élections de mi-mandat, en novembre prochain. Les républicains joueront-ils la carte du ressentiment pour alimenter leur base électorale ou préféreront-ils s’éloigner des techniques de leur président, compte tenu de l’insatisfaction généralisée par rapport à ce dernier ?

Pour les démocrates, la tâche s’avère extrêmement ardue. En effet, comment convaincre ces électeurs qu’ils doivent renoncer à leur position sociale avantageuse pour que l’ensemble de la société américaine en profite ?

Car leurs privilèges sont de plus en plus nommés et critiqués dans l’espace public. La semaine dernière, le New York Times présentait des statistiques particulièrement décourageantes sur les inégalités. Dans les hautes sphères du pouvoir économique et politique aux États-Unis, les femmes demeurent encore largement sous-représentées. Par exemple, dans le top 500 des plus grands dirigeants d’entreprise du magazine Fortune, on retrouve moins de femmes que d’hommes nommés John. Il y a aussi moins de sénatrices républicaines que de sénateurs républicains nommés John. Tout ça, même si la population américaine compte 50,8 % de femmes et 3,3 % de John !

La question est donc de savoir désormais quel rôle joueront tous ces John lors des élections de novembre prochain. Rappelons-le, le deuxième nom de Donald J. Trump… c’est bien John. Et ce même John ne cache pas son enthousiasme à l’idée de voir entrer dans la culture populaire des mythes qui dépeignent ses électeurs comme soucieux de l’économie américaine. Il a même appelé Roseanne Barr pour la féliciter de ses excellentes cotes d’écoute.