Politique

Une vraie richesse pour le Québec : le non-pétrole

Chers internautes, voici ma chronique du dernier L’actualité, avec un bonus pour vous à la fin.

J’ai un scoop. Des témoins entrés dans le bureau du ministre québécois des Finances, Raymond Bachand, jurent avoir vu sur sa table de travail le document Pour un Québec libéré du pétrole en 2030, du groupe Equiterre.

Lecture obligatoire.
Lecture obligatoire.

Le ministre, vous le savez, prépare un budget qu’il voudrait ambitieux. Il cherche à trouver des sous pour le Québec de demain. Des sous dans les taxes, dans les tarifs, dans le « dégraissage » de l’État et, malheureusement, dans toute l’industrie du prêt-à-penser du moins d’État.

Mais il y a ce document. C’est un véritable gisement de richesse (je fais exprès). Car qu’est-ce que le pétrole pour le Québec ? Un gigantesque boulet. Il s’agit, et de loin, de notre principale importation. En 2007, les Québécois en ont acheté pour 13 milliards de dollars. Cela montera bientôt à 20 milliards et, s’il fallait que le baril atteigne 200$ ce qui est vraisemblable, on voguerait vers les 40 milliards par an. De l’argent qui bénéficie à l’Algérie, au Royaume-Uni, à l’Angola (nos trois premiers fournisseurs, à hauteur de 73%), certes, mais à personne, ici.

En un sens, cela tombe bien, car ici, on est devenu des champions de la production de trains et de métro. On en exporte partout. On exporte aussi de l’électricité, dont on pourrait se servir pour remplacer le pétrole. Notre production éolienne monte en puissance. On a des idées pour la biomasse et la géothermie.

Equiterre n’est pas le seul à penser qu’un plan général de réduction de l’utilisation du pétrole au Québec, et de remplacement par des énergies vertes générées chez nous, permettrait de réinvestir dans notre propre économie une partie du 13 à 20 milliards par an qu’on verse dans nos pleins d’essence. Imaginez, la moitié seulement, 10 milliards par an: un pactole. Ce serait le plus gros investissement annuel dans l’économie québécoise depuis, euh, depuis, euh, ben, depuis jamais !

À force de fréquenter des écologistes, il arrive à Jean Charest d’exprimer une vision verte. « Je voudrais, a-t-il dit dans son discours d’ouverture de l’inutile rencontre économique de Lévis, en janvier, qu’on vienne au Québec parce qu’on va être la puissance nordaméricaine des énergies propres. Par exemple, on pourrait se fixer comme objectif de devenir la première société d’Amérique du Nord à électrifier son parc automobile et ses transports publics. » On pourrait, en effet. Malheureusement, dans les conclusions de la rencontre, pas le moindre bout de commencement de projet de mise en œuvre de cette vision.

Je ne voudrais pas décevoir le premier ministre, mais le Québec n’est pas le seul endroit qui cherche à devenir exemplaire. En Amérique du Nord, San Francisco, Seattle et Hamilton, en Ontario, sont toutes à peaufiner leurs plans de transition hors de l’économie pétrolière. (Il y a même un mouvement, appelé Transition, très implanté en Grande Bretagne, qui propage la bonne nouvelle et des modes d’emploi.) Si M. Charest souhaite faire du Québec une vitrine, il faudrait qu’il commence à construire le magasin.

Les propositions sont nombreuses et impliquent toujours une réduction importante de l’utilisation du pétrole dans les transports (70% de la consommation de pétrole) et, parmi ce dernier, de la moitié qui provient du transport routier (plutôt qu’aérien ou ferroviaire).

Assez clair pour vous ? Rien de significatif ne peut être accompli sans une révolution dans les modes de transport. Et ça ne signifie pas seulement de passer de la vieille Chevy à la nouvelle hybride (j’aillais dire Prius, mais la conjoncture m’en empêche). Cela signifie cesser de s’étendre sur le territoire dans des banlieues tout-à-l’auto. « Au Québec, note Équiterre, , la proportion de travailleurs prenant une heure et demie ou plus à se déplacer pour se rendre au travail et en revenir est passée de 16 % en 1992 à 27 % en 2005 ». Avant de plafonner et de régresser, la population totale du Québec va encore augmenter d’un demi-million de personnes d’ici 15 ans. Il ne suffit pas de les convaincre de prendre le métro et le train. Il faut mettre un cran d’arrêt à l’étalement et faire en sorte qu’ils s’installent dans les zones déjà bâties. Un moratoire sur toute nouvelle construction en zone verte serait le signal d’un vrai changement. Ce ne serait que le tout premier. Le premier ministre du Québec, qui affirme vouloir se rendre à l’objectif d’un Québec exemplaire, en sera-t-il capable ? Suspense.

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Bonus pour les internautes:

Un lecteur m’a écrit avec un peu de véhémence pour me faire remarquer que le Québec avait des ressources pétrolières et gazières potentielles et que, si on arrivait à les exploiter, cela changerait le portrait du tout au tout.

Je ne partage pas complètement son point de vue. Je suis tout à fait favorable à l’exploitation, écologiquement acceptable, de Old Harry, la structure géologique potentiellement riche en hydrocarbures située dans le golfe Saint-Laurent. Selon les estimations, il y en aurait pour 4000 et 5000 milliards de pieds cubes de gaz naturel et/ou de 2 à 3 milliards de barils de pétrole.

Un Québec qui se serait partiellement libéré du pétrole utiliserait évidemment cette ressource pour sa consommation résiduelle et vendrait le reste au prix international. A seulement 75$ le baril, et si une société nationale québécoise exploitait le gisement, on pourrait empocher 4 milliards de dollars par an ! Croyez-vous qu’on voudrait s’en passer ?

Si on peut me démontrer que le gaz naturel emprisonné dans les shistes peut être exploité sans empoisonner les sols et la nappe phréatique — ce qui n’est pas sûr — je serai également partant. Cette ressource remplacerait nos importations de gaz.

Ce qui pourrait nous arriver de mieux est de pouvoir exploiter ces gisements au moment où nous aurons pris un virage de décarbonisation de notre économie. Nous l’utiliserions alors les hydrocarbures moins, mieux, et pourrons en vendre davantage. Comme la Norvège. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

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