Politique

PKP nous répond, mais ne nous étonne pas…

Vous avez été un grand nombre à lire ma lettre ouverte à Pierre Karl Péladeau, Lettre à PKP : étonnez-nous ! Le blogue a, en fait, connu sa plus grande fréquentation en carrière. C’est signe que le personnage — et le conflit au Journal de Montréal — intéresse. M. Péladeau nous répond (voir plus loin).

PKP par PKP
PKP par PKP

Essentiellement, je tentais de le convaincre qu’il devait dorénavant prendre de la hauteur et assumer la responsabilité qui vient avec la — grande — place qu’il occupe dans la société québécoise. Concrètement, je lui suggérais de conclure un gentlemen’s agreement dans l’affaire qui l’oppose à Sylvain Lafrance de Radio-Canada et de faire un geste de générosité envers les ex-artisans du Journal en participant activement à la survie de RueFrontenac. Il n’aborde malheureusement pas ces sujets dans sa réponse.

J’avoue avoir été surpris de la lecture attentive faite de ma lettre ouverte dans les hautes sphères de Quebecor. M. Péladeau, que je n’avais rencontré auparavant que brièvement dans une soirée, m’a appelé, très courtois, essentiellement pour me donner sa version du conflit qui l’oppose à la CSN.

Comme vous le verrez dans la lettre qu’il nous envoie, il précise avoir négocié des ententes avec les représentants des journalistes, seulement pour constater ensuite leur rejet, ce qu’il s’explique mal. Il verse une pièce au dossier: l’entente paraphée par tous, sauf le représentant de la CSN, avant le lock-out en décembre 2008.

Comme plusieurs, j’ai critiqué sa volonté de provoquer la fermeture de RueFrontenac et l’interdiction qu’il voulait imposer aux nombreux journalistes licenciés de travailler pendant plusieurs mois pour la concurrence. Quebecor a retiré ces demandes à la fin d’octobre. Ce développement positif m’avait échappé. J’en ai fait part aux internautes quelques heures après la première mise en ligne. (Ah, la beauté du dialogue entre le blogueur et ses alertinternautes!)

C’est donc la version du patron que PKP nous livre dans sa lettre, pas celle du grand dirigeant citoyen qu’il est devenu. Elle n’est pas inintéressante et pose à la CSN des questions qui méritent des réponses. Mais on aurait souhaité être étonnés. Une autre fois, peut-être…

Cher Jean-Francois,

J’ai lu avec intérêt votre texte publié sur votre blogue.

D’entrée de jeu, je suis heureux de constater que certaines omissions ont été corrigées dans une récente version de votre texte intitulé « Lettre à PKP : étonnez-nous! ». En effet, suite à l’assemblée générale du syndicat des employés du Journal de Montréal du 12 octobre dernier, nous avons très rapidement pris acte que certaines conditions du règlement étaient inacceptables pour nos employés et avons corrigé le tir en conséquence.

C’est la raison pour laquelle seulement quelques jours après cette assemblée, nous avons avisé le médiateur que nous étions disposés à renoncer à nos demandes relatives à la clause de non-concurrence.  De plus, nous avons clairement indiqué notre intention de permettre le maintien du site syndical RueFrontenac.com sous certaines conditions, et ce, malgré la nature de ce site qui, de l’aveu même du syndicat, constitue un moyen de pression.

Afin de bien faire connaître notre position suite à l’assemblée générale du syndicat, Le Journal de Montréal a diffusé un communiqué de presse à cet effet le 28 octobre dernier.

J’ai eu l’occasion de dire à plusieurs reprises et notamment à Mme Claudette Carbonneau que la direction du Journal n’a jamais souhaité ce conflit.  Il faut savoir que nous en sommes venus à cette mesure extrême étant donné la décision du comité de négociation de déchirer l’entente de principe signée par l’ensemble de ses  membres — à l’exception curieuse du représentant de la CSN —, entente conclue à la suite d’une rencontre que j’ai eue personnellement avec le président du syndicat, M. Raynald Leblanc, le 24 décembre 2008.

Vous trouverez d’ailleurs ci-joint  le contenu de cette entente, qui indique clairement l’accord des parties sur des départs négociés accompagnés d’indemnités équivalentes à celles que les employés du Journal de Québec ont obtenues.  Au terme de la convention collective venue à échéance le 31 décembre 2008, à la reprise des négociations en janvier, les représentants syndicaux ont refusés de reconnaître cette entente en exigeant dorénavant des départs volontaires.  Il nous est paru évident que les représentants syndicaux voulaient voir dérailler la négociation.  Est-il nécessaire d’ailleurs de rappeler que le président du syndicat déclarait sur toutes les tribunes que le syndicat disposait d’un fonds de grève leur permettant de « durer » deux années.  Belle façon de négocier.

À cet égard, rappelons qu’effectivement, diverses sources confirment que les employés du Journal reçoivent jusqu’à 850$ par semaine non imposable, soit près de 44 000$ par année, le tout financé en partie par la FNC et la CSN.

S’en est suivi une rhétorique de diabolisation de l’employeur accompagnée de prétentions à l’effet que nous refusions de  négocier de bonne foi, alors que dans les faits, c’est l’exécutif syndical qui  a refusé pendant 18 mois d’accepter, contre toute logique, la nécessité de quelque départ que ce soit…

Lorsqu’on évalue la situation actuelle du conflit, il faut se rappeler que devant le médiateur M. Jean Poirier, toutes les questions relatives à la négociation avaient été réglées à la satisfaction des parties à la table.  Encore une fois, le comité de négociation syndicale est revenu sur la parole donnée pour tenter de rouvrir l’entente et, devant notre refus, soumettre les offres à son assemblée syndicale sans aucune recommandation.  Qui plus est, suite à l’assemblée syndicale, nous avons modifié nos offres pour en retirer les aspects qui semblaient inacceptables à nos salariés et dont il a été fait état dans les médias.  Dans ce contexte, nous ne comprenons pas qu’un règlement ne soit pas encore intervenu et nous souhaitons ardemment la résolution de ce conflit le plus rapidement possible.

D’ailleurs, nous sommes en droit de nous demander, à la lumière de ce qui précède, si le CSN et ses plus hautes instances ne tentent pas de récupérer ce conflit de travail pour faire avancer d’autres causes empreintes d’idéologie syndicale qui n’ont rien à voir avec le sort de nos employés.  Cette question m’apparaît des plus légitimes.

Soyez par ailleurs assurés que je suis sensible à la responsabilité qui incombe au chef d’une entreprise importante comme celle que j’ai le privilège de présider et que je n’ai d’autre souhait que ce conflit se termine le plus rapidement possible suivant les compromis qui ont déjà été faits par les parties et les aménagements que nous avons accepté d’ajouter suite à l’assemblée syndicale.

Bien cordialement,

Pierre Karl Péladeau

Voici l’entente du 20 décembre 2008 dont M. Péladeau nous a envoyé une copie :

(cliquez sur les images pour les agrandir)

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