Politique

Par ici la relève !

Y a-t-il des jeunes qui sont encore assez fous pour s’engager en politique au Québec ? La réponse : oui ! Voici 25 visages de cette relève.

Par ici la relève !
Photos : Martin Laprise

La relève foisonne. Au Témiscamingue, en Gaspésie, au conseil municipal de Mont­réal et à l’Assemblée nationale, il suffit d’ouvrir l’œil et de tendre l’oreille pour la découvrir.

Voici 25 visages de cette relève. Les 13 hommes et 12 femmes que nous vous présentons incarnent chacun à leur façon un visage de la nouvelle génération de politiciens au Québec.

Certains travaillent dans l’ombre, d’autres sont à l’avant-scène. Certains sont connus du public, d’autres non.

Nous n’avons pas la prétention de présenter la liste définitive des membres de la relève. Il s’agit plutôt d’un instantané révélateur de ces jeunes hommes et femmes qui sautent dans l’arène pour changer leur quartier, leur ville, leur région ou leur province.

Ils ont tous un long curriculum, malgré leur jeune âge. Avant de se lancer en politique, certains ont été avocat, entrepreneur, agent immobilier, commissaire industriel, économiste ou joueur de baseball.

Ils placent tous l’éthique et l’intégrité au sommet de leurs valeurs. Les récents scandales de corruption ont renforcé leur détermination à faire de la politique propre.

« Des enveloppes brunes, j’en achète pour mettre les factures de ma ferme ! » dit Stéphane Billette, 40 ans, député libéral et agriculteur de Huntingdon, en Montérégie.

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De gauche à droite : Jean-Martin Aussant, Yolande James, Patrick Huot, Véronique Hivon,
Pascal Bérubé, Guillaume Simard-Leduc, Martine Ouellet, Stéphane Billette, Alexandre Cloutier,
Flavie Trudel, Émilie Guimond-Bélanger, Nicolas Girard. Absent : Sébastien Proulx

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JEAN-MARTIN AUSSANT
Les deux choses qu’il veut faire avant de mourir : de la musique… et la souveraineté du Québec !

Jean-Martin Aussant est prêt à tout pour faire l’indépendance du Québec. Même à démissionner du Parti québécois et à fonder son propre parti, voué à la promotion « sincère et engagée » de la souveraineté !

« Le jour où je ne serai pas convaincu qu’il y aura un référendum, je quitterai la politique », dit Jean-Martin Aussant, 41 ans. Le député de Nicolet-Yamaska a l’énergie contagieuse de son mentor, Jacques Parizeau. Bardé de diplômes en économie, il parle comme si l’indépendance du Québec était inévitable.

Certains le voient déjà premier ministre, lui s’imagine en vedette rock. Dans son studio, chez lui, à Nicolet, le politicien a composé 60 chansons sur ses huit synthétiseurs. Ses idoles : Depeche Mode, Nine Inch Nails, Strange Advance et… Bach. « Il y a deux choses que je veux faire avant de mourir : de la musique et la souveraineté du Québec. » M.F.

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PASCAL BÉRUBÉ
Il fait mentir l’adage « grand parleur, petit faiseur ». Le député de Matane cause et compte !

Pascal Bérubé est le Denis Coderre du Parti québécois : il aime les caméras et les caméras l’aiment. Le député de Matane distribue les formules-chocs à l’Assemblée nationale, dans les journaux, à la télé et à ses abonnés sur Twitter. « Le PQ a ses belles-mères, le PLQ a son Bellemare », a-t-il déclaré, en mars 2011, à propos du témoin-vedette de la commis­sion Bastarache.

Le député Bérubé est plus qu’une grande gueule. Nommé président de la campagne de financement de 2010 du Parti québécois, cet hyperactif de 36 ans a atteint l’objectif – deux millions de dollars – quatre mois avant la fin de l’année !

Proche de l’aile « lucide » du PQ – il a travaillé au cabinet ministériel de François Legault en 2000 et 2001 -, Pascal Bérubé a applaudi quand Pauline Marois a démantelé le club syndical SPQ Libre, au printemps 2010. Il affirme que les Québécois devraient tous être bilingues et clame son admiration pour Israël, un « peuple de résistants ». M.F.

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STÉPHANE BILLETTE
Il milite pour redonner ses lettres de noblesse à l’agriculture.

Stéphane Billette, le député libéral de Huntingdon depuis 2008, est reconnu comme un défenseur infatigable du Québec rural à l’Assemblée nationale.

Il a pris la relève de la ferme familiale à l’âge de 16 ans, quand son père, Roger, est décédé d’une tumeur au cerveau. Le député de 40 ans cultive toujours la terre, avec de l’aide pour les semences et les récoltes. « Mon père m’a appris à travailler fort et à m’enga­ger dans mon milieu », dit-il.

À neuf ans, il faisait campagne pour le Non au référendum de 1980 auprès de ses petits copains de l’école de Howick, près de Châteauguay, encouragé par son père, organisateur libéral.

Stéphane Billette a fait une maîtrise en administration des affaires (MBA) aux universités d’Ottawa et de Reims, en France. Il a ensuite exploité une entreprise de machinerie agricole et un service de distribution de matériaux de construction, puis a été commissaire industriel pendant 10 ans. Tout en continuant de travailler la terre !

Comme commissaire industriel, Stéphane Billette en a organisé des cocktails pour souligner des investissements faits par des entreprises. « L’achat d’une moissonneuse par un producteur agricole, c’est un investissement de 400 000 dollars. Pourtant, personne ne publie de communiqué de presse ! » dit-il pour illustrer un de ses buts comme député : redonner ses lettres de noblesse à l’agriculture. M.F.

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ALEXANDRE CLOUTIER
L’inspiration de ce pilier de l’équipe péquiste ? Un juge de la Cour suprême du Canada !

La maturité et la rigueur de cet avocat de 34 ans que le Parti québécois envoie sur toutes les tribunes pour parler du « projet de pays » ne passent pas inaperçues. Alexandre Cloutier affirme que c’est son travail comme clerc auprès du juge à la Cour suprême du Canada Charles Gonthier qui lui a « donné le goût du travail bien fait, de l’effort et de la discipline ».

« J’étais rarement d’accord avec lui, non seulement en tant que souverainiste, mais aussi sur les questions sociales, comme le mariage gai [auquel le juge s’oppo­sait]. Mais il était extrê­me­ment rigoureux », dit le député péquiste de Lac-Saint-Jean.

Le ton des débats fait tiquer ce diplômé en droit constitutionnel de l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni. Il rêve d’une réforme des institutions qui mènerait à moins d’attaques partisanes et à plus de transparence, de clarté, d’intégrité. Il imagine les sièges de l’Assemblée nationale disposés en demi-cercles, comme au parlement écossais, pour « favoriser le consensus ». « Les Québécois disent aux élus : essayez donc de vous entendre pour répondre aux besoins de la population ! Il faudra bien un jour affronter le sujet. » M.F.

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NICOLAS GIRARD
Il est parvenu à faire congédier le ministre de la Famille sans sourciller… et sans s’engueuler.

Si la politique était un match de hockey, Nicolas Girard aurait gagné le trophée du meilleur marqueur l’an dernier au Parti québécois. Le député de Gouin a fait congédier le ministre de la Famille Tony Tomassi en menant une enquête minutieuse sur l’attribution de places et de permis de garderie à des donateurs du Parti libéral du Québec.

Pour mettre au jour le « scandale des garderies », Nicolas Girard a posé plus de 150 questions au gouvernement dans le climat surchauffé de l’Assemblée nationale. Il s’est fait traiter de pas mal de noms, mais a toujours répliqué avec calme.

« Je suis straight, convient le député de 39 ans. J’aime m’en tenir aux faits. C’est ma façon de combattre le cynisme et l’hyper-partisanerie. » M.F.

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ÉMILIE GUIMOND-BÉLANGER
Jeune, féministe, allumée… elle incarne le nouveau visage de Québec solidaire.

Émilie Guimond-Bélanger, 22 ans, est devenue en avril dernier « co-porte-parole » de Québec solidaire pendant quatre mois, à la demande de Françoise David, qui se retirait temporairement pour écrire un essai.

« J’ai envie de défendre les droits des personnes sans voix : les immigrants, les femmes assistées sociales, les gens qui ont besoin de logement social », dit d’un ton passionné la militante altermondialiste originaire de Charlesbourg.

Cette étudiante en travail social à l’Université Laval a eu un coup de cœur pour Québec solidaire lors d’une conférence d’Amir Khadir, en 2008. Elle est devenue porte-parole du parti sur le campus, puis candidate dans Beauce-Nord aux élections de 2008. Elle est responsable de la Commission nationale des femmes du parti depuis 2009.

En 2010, Émilie Guimond-Bélanger et une centaine d’activistes ont été appréhendés par la police de Toronto en marge des sommets du G8 et du G20. « La démocratie, c’est fragile. Depuis le G20, je suis encore plus motivée à me battre pour la liberté d’expression. » M.F.

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PATRICK HUOT
La mission du député 2.0 : revoir la gestion des ordis de l’État.

On l’a décrit comme le « geek de l’Assemblée nationale ». Pour revoir de fond en comble la gestion des ordinateurs de l’État – une affaire de 2,6 milliards de dollars par an -, la ministre Michelle Courchesne a appelé en renfort le député de Vanier, Patrick Huot.

Ce sportif de 36 ans – il a joué au baseball d’élite avec les Diamants de Québec et les Patriotes de Sainte-Foy – a ainsi été promu adjoint parlementaire de la présidente du Conseil du Trésor en février. Sa mission : aider à économiser 200 millions par an.

Patrick Huot a été un des premiers élus québécois à miser sur les réseaux sociaux. Il tenait déjà un blogue quand il représentait l’arrondissement de Duberger, de 2005 à 2008. À l’Assemblée nationale, il se sert de Twitter pour faire passer son message, mais aussi pour écouter les gens. « Le métier de député, c’est de se rendre disponible pour le monde, dit Patrick Huot. Facebook et Twitter sont des outils qui me rapprochent des gens. » M.F.

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YOLANDE JAMES
Jeune, femme et noire : elle savait que cela lui vaudrait des critiques. Les sceptiques ont été confondus.

Yolande James se souvient des sombres prédictions des ana­lystes quand elle a été nommée ministre, à 29 ans, en avril 2007 : « Tout le monde disait que j’allais me planter ! »

La benjamine du Conseil des ministres, et première femme noire à siéger à l’Assemblée nationale, a fait taire les sceptiques. Elle a traversé la tempête des accommodements raisonnables à la tête du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, puis a succédé à Tony Tomassi à la Famille en plein scandale d’attribution des permis de garderie.

Cette fille d’immigrants antil­lais, née à Pierrefonds, a travaillé cinq ans comme attachée politique de Russell Williams, député de Nelligan. Quand celui-ci a pris sa retraite, en 2004, il considérait Yolande James comme sa dauphine, mais la diplômée en droit était effrayée à l’idée de se lancer en politique.

À 26 ans, elle décide de se jeter à l’eau après avoir rencontré Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue à l’Assemblée nationale, en 1961. « Elle m’a confié qu’en début de carrière elle ne pensait jamais faire tout ce qu’elle a accompli », dit Yolande James.

Ce qui la motive : prendre des décisions en fonction des « intérêts supérieurs du Québec ». En 2009, Yolande James a ainsi expulsé d’un cours de francisation une cégépienne qui refusait d’enlever son niqab en classe. « Je trouvais important qu’on voie le visage de l’étudiante dans la salle de cours », dit-elle. M.F.

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SÉBASTIEN PROULX
Il dit avoir tourné la page sur l’ADQ… mais pas sur ses idées !

Sébastien Proulx a gagné ses galons en politique dans des conditions difficiles : à 32 ans, sans avoir jamais siégé à l’Assemblée nationale, il a été propulsé leader parlementaire des 41 députés de l’ADQ de Mario Dumont, qui ont formé l’opposition officielle en 2007.

Il a défendu les positions de l’ADQ sur toutes les tribunes, puis il a été emporté par la vague qui a décimé le parti en 2008. « On était « en probation » et on a raté notre examen », dit l’ex-député de Trois-Rivières, circonscription où il a grandi.

Sébastien Proulx affirme avoir tourné la page sur l’ADQ, mais il reste intarissable lorsqu’il parle des idées qu’il a défendues aux côtés de Mario Dumont : responsabilité individuelle, décentralisation, lutte contre le décrochage scolaire des garçons…

Il dit avoir reçu des offres, tant au fédéral qu’au provincial, et ne ferme pas la porte à un retour « à moyen terme ». Pour l’instant, il se donne à fond comme avocat au bureau trifluvien de Heenan Blaikie. M.F.

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GUILLAUME SIMARD-LEDUC
Il met Facebook au service de la droite.

Le décollage réussi du Réseau Liberté-Québec, il y a un an, s’est appuyé sur une campagne virale dans Facebook, Twitter et YouTube conçue par Guillaume Simard-Leduc, 26 ans, militant de la « droite décomplexée » de la région de Québec.

« Facebook, Twitter et les blogues ont une importance comparable à l’arrivée de la télé au temps de Duplessis », dit-il, lui qui vient de terminer son mémoire de maîtrise à l’Université Laval sur l’incidence des réseaux sociaux sur la politique québécoise.

Avec le Réseau Liberté-Québec, « on voulait lancer un débat d’idées ; c’est mission accomplie », dit l’attaché de presse de l’aile parlementaire de l’ADQ. Et ça ne fait que commencer : « Les Québécois vont aussi redécouvrir une ADQ pertinente, efficace et nécessaire. » M.F.

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VÉRONIQUE HIVON
Elle se consacre à la cause souverainiste depuis… le grand
love-in fédéraliste de 1995 !

La députée péquiste de Joliette, Véronique Hivon, pourrait bien incarner ce renouveau dont rêvent les nostalgiques des années 1960 et 1970, quand la politique attirait les intellectuels, les grands commis de l’État et autres brillants diplômés.

Calme, timide, cette députée de 41 ans rappelle sa formation sans la moindre prétention : diplôme en droit de l’Université McGill, maîtrise en analyse et planification des politiques sociales à la London School of Economics and Political Science, études de troisième cycle à l’École nationale d’administration publique (ENAP)…

Rentrée au Québec à la veille du référendum de 1995, le jour même du love-in (grande manifestation fédéraliste organisée à Montréal), elle a éprouvé, à la vue de cette marée d’unifoliés, un désir irrépressible de se consacrer davantage à la cause souverainiste.

Durant une dizaine d’années, Véronique Hivon fut attachée politique et directrice de cabinet adjointe du ministre de la Justice, puis avocate au Ministère. Élue depuis 2008, elle souhaite aussi contribuer à instaurer un climat dans lequel il y aurait « plus de civilité et de respect ».

Elle a déposé la motion visant à créer la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, qui présentera bientôt son rapport. « Voilà le genre de grand débat de société dans lequel je tiens à m’investir », dit-elle. P.C.

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MARTINE OUELLET
Il faut être convaincue pour quitter un poste de cadre et devenir députée de l’opposition…

Martine Ouellet, députée de Vachon (au sud de Montréal) depuis l’élection partielle de 2010, a des convictions environnementales profondes. Assez pour avoir renoncé à un poste de très haut niveau à Hydro-Québec afin de devenir députée de l’opposition. « Le militantisme a ses limites. On a beau dénigrer le travail des parlementaires, les décisions se prennent à l’Assemblée nationale », dit l’ingénieure de 42 ans, mère de deux enfants. Et cette diplômée du MBA de HEC Montréal sentait l’urgence de contribuer davantage au « mieux-être collectif » et d’aider à « faire la différence ».

La critique péquiste en matière de développement durable, d’envi­ronnement, de parcs et d’eau a longtemps présidé la coalition Eau Secours !, grand lobby en faveur d’une gestion responsable de l’eau. Elle a aussi été l’une des âmes dirigeantes du mouvement SPQ Libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), l’aile gauche du Parti québécois. Elle a rédigé en 1999 le mémoire du PQ présenté à la commission parlementaire sur la gestion de l’eau – dont l’essentiel s’est retrouvé dans la Politique nationale de l’eau, adoptée en 2002.

C’est pour les enjeux environnementaux que Martine Ouellet tient tant à la souveraineté. « Les Québécois ne se reconnaissent pas dans le discours du gouvernement fédéral, qu’il s’agisse de la question des gaz à effet de serre ou des sables bitumineux. Un Québec souverain aurait des politiques beaucoup plus progressistes et respectueuses de l’environnement », dit-elle. P.C.

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FLAVIE TRUDEL
Elle veut montrer aux jeunes qu’on peut changer le monde. Eh oui, ça existe encore !

Deux fois candidate de Québec solidaire, présente dans tous les débats qui touchent la circonscription de Joliette, déterminée à insuffler à ses élèves une plus grande conscience sociale et le goût de l’engagement… Qu’est-ce qui fait courir Flavie Trudel ?

Cette femme de 51 ans affirme que c’est beaucoup pour ses deux adolescents qu’elle se donne à ce point à la vie politique et communautaire. « Je veux leur montrer qu’on peut contribuer à changer le monde par le militantisme. » Tout comme à ses étudiants du cégep de Joliette, où elle enseigne la sociologie depuis 20 ans.

Engagée en politique « pour défendre la justice sociale et combattre les inégalités entre les riches et les pauvres », Flavie Trudel a l’intention d’être à nouveau candidate. « Les citoyens comprennent de plus en plus l’importance de Québec solidaire dans le paysage politique. Nos idées ne font plus peur, au contraire. » P.C.

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LA RELÈVE MUNICIPALE EXISTE AUSSI !

LYDIA ABOULIAN
Elle talonne le maire de Laval, qui règne sans partage depuis 1989.

Elle dit foncer comme un bélier dans l’espoir d’ébranler la puissante machine du maire de Laval, Gilles Vaillancourt.

Lydia Aboulian est à la tête du Mouvement lavallois, parti fondé six mois avant les élections de 2009, qui n’a fait élire aucun conseiller, mais a obtenu 22,6 % des voix. « Imaginez à la prochaine élection, avec plus de temps pour nous organiser ! » dit cette Lavalloise de 28 ans. À chaque séance du conseil, son équipe assaille de questions le maire de la troisième ville en importance du Québec.

C’est le président et fonda­teur du Mouvement lavallois, David De Cotis, qui a pressenti l’agente immobilière. « Je me suis dit : pourquoi pas ? Et j’ai eu la « piqûre » », raconte cette diplômée en gestion des res­sources humaines de l’Univer­sité Concordia, qui parle quatre langues (français, anglais, espagnol et arménien, la langue de ses parents).

« On a besoin de plus de transparence », affirme Lydia Aboulian. Lorsque les Lavallois veulent avoir accès aux documents publics, ils se font répondre de faire appel à la Loi sur l’accès à l’information, dit-elle.

La promotion immobilière menace les milieux humides, l’offre de transport en commun répond mal aux besoins, plaide Lydia Aboulian. « Il faut consulter la population, développer le sentiment d’appartenance à Laval. » M.F.

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MICHÈLE ARCHAMBAULT
Grosses maisons, gros garages… Sa banlieue mérite mieux, dit-elle.

Michèle Archambault s’est lancée en politique municipale pour protéger les arbres, faire de la place aux vélos et ralentir la circulation dans sa banlieue de Montréal en pleine croissance. « Saint-Bruno-de-Montarville se construit à l’américaine : grosses maisons, gros garages, grosses rues sans trottoirs. On a le devoir de faire mieux que ça ! » dit la seule conseillère de l’opposition à avoir été élue en 2009.

« J’ai été étiquetée « contre le développement », mais je suis pour un développement bien pensé », précise cette analyste financière de 26 ans.

Elle a appuyé des Montarvil­lois qui s’opposaient à la cons­truc­tion d’une deuxième station-service dans un quadrilatère, elle prône l’aménagement de trottoirs et de pistes cyclables, et milite pour l’ajout de places de stationne­ment près du train de banlieue.

La conseillère mène aussi une bataille pour empêcher la construction de 30 gigantesques maisons au Boisé des Hiron­delles, adossé au parc du Mont-Saint-Bruno. « Je comprends que la Ville cherche à encaisser des revenus de taxes. Mais une forêt d’arbres matures, c’est encore plus précieux. » M.F.


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De gauche à droite : Brad McDonald, David Bousquet, Monica Ricourt, Corina Bastiani,
Michèle Archambault, Elsie Lefebvre, Julie Lemieux, Harout Chitilian, Alexandre Plante,
Lydia Aboulian. Absents : Kédina Fleury-Samson et Arnaud Warolin.

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CORINA BASTIANI
Québec et Ottawa lui font de l’œil. La mairie de Sorel-Tracy aussi. Elle ? Elle réfléchit.

Corina Bastiani brasse la cage depuis son élection au conseil municipal de Sorel-Tracy, à l’âge de 23 ans, en 2005. « Elle n’a aucun complexe », a dit Michèle Lacombe lorsque sa collègue au conseil a été cou­ronnée jeune politicienne de l’année par la Conférence régionale des élus de la Montérégie Est, en 2010.

Peu après, Corina Bastiani réclamait la démission du maire, Réjean Dauplaise, invoquant son « incapacité à diriger » et sa mauvaise maîtrise du français !

« On ne peut plus faire de la politique comme il y a 30 ans. Il faut penser 30 ans à l’avance. » Pour la conseillère, un maire doit proposer une vision qui va au-delà de la gestion des égouts, de la collecte des déchets et d’un budget équilibré.

À 18 ans, cette petite-fille d’immi­grants italiens fondait avec son futur mari Le Canard déchaîné : Le journal qui décoince, publié pendant quatre ans. Pour secouer les gens de son quartier dévitalisé, elle a organisé un coup d’éclat en 2005 : la traversée de la rivière Richelieu par une funambule perchée sur un fil de fer. Le conseiller du Vieux-Sorel s’est moqué de l’événement. Aux élections, Corina Bastiani lui a raflé son siège !

Des partis fédéraux et provinciaux lui font la cour. Visera-t-elle la mairie ? « Il me reste deux ans pour réfléchir. » M.F.

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DAVID BOUSQUET
Certains terminent leur carrière au Sénat. Lui y a commencé la sienne.

Tout en poursuivant des études de biologie à l’Université d’Ottawa, il a été stagiaire, assistant de recherche, puis attaché politique auprès de deux sénateurs libéraux. « C’est là que mon intérêt pour la chose publique s’est confirmé », raconte David Bousquet, 33 ans, conseiller municipal de Saint-Hyacinthe.

Son séjour de trois ans comme réserviste et élève officier au Col­lège militaire royal de Kingston l’avait auparavant tout autant marqué. « J’ai compris ce que signifiaient l’engagement pour sa patrie et le sens du devoir. J’ai une grande admiration pour ceux qui participent à des missions comme celle en Afghanistan, pour ceux qui s’oublient pour plus grand que soi. Mon goût de servir vient de là. »

Élu en 2003 commissaire de la commission scolaire de Saint-Hyacinthe, David Bousquet a multiplié les allers-retours entre Ottawa et sa ville natale, où il s’est fixé en 2008. L’année suivante, il était élu au conseil municipal.

Membre du Parti libéral du Québec dans une région qui n’a pas élu de député de cette formation depuis 1994, il n’envisage pas de se lancer en politique provinciale. « J’ai trop à faire à la Ville », soutient-il, sans toutefois fermer la porte.

Il se dit préoccupé par la préservation du patrimoine et milite pour le développement économique de sa région. Il souhaite que Saint-Hyacinthe, qui compte déjà l’École de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, élargisse sa vocation de ville universitaire en concluant d’autres partenariats. P.C.

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HAROUT CHITILIAN
À 31 ans, il vient d’être propulsé président du conseil municipal de Montréal.

Harout Chitilian a vécu bien des émotions avant de devenir conseiller municipal d’Ahuntsic-Cartierville, au nord de Montréal, en 2009. En juin dernier, à 31 ans, il était nommé président du conseil municipal de Montréal. Une preuve, si besoin est, qu’Union Montréal (le parti du maire Tremblay) le considère comme une de ses recrues les plus prometteuses.

Né au Liban de parents d’origine arménienne, Harout Chitilian a grandi en pleine guerre civile. Il a huit ans, en 1989, quand sa famille décide de fuir le danger et de rentrer en Arménie. Mais l’Arménie vit ses derniers moments en tant que république soviétique. Le garçon voit des milliers de manifestants prendre d’assaut les rues d’Erevan, la capitale, pour réclamer l’indépendance. Les Chitilian craignent que la libération de l’Arménie ne se fasse dans le sang et retournent au Liban.

La famille débarque à Mont­réal en 1990, parmi une vague de réfugiés libanais accueillis en vertu d’un programme spécial du Canada. Le jeune Harout ne parle pas un mot de français quand il se retrouve, à neuf ans, en 5e année à Saint-Laurent. Un an plus tard, il est premier de classe ! Il a appris le français sur les bancs d’école, mais aussi en jouant au hockey et au basketball dans les parcs de son quartier.

À 28 ans, Harout Chitilian a quitté son travail d’ingénieur en télécommunications pour se présenter aux élections. « Je vois ça comme la suite de ma démarche d’intégration au Québec. »

Sa première bataille : réaménager le parc Louisbourg pour permettre aux jeunes du quartier – un des plus multiethniques de Montréal – de jouer au soccer et au baseball. « En français », précise le conseiller. M.F.

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KÉDINA FLEURY-SAMSON
Elle dit s’inspirer d’un personnage de manga pour faire son boulot !

« Je suis une attraction touristique ! » dit en riant Kédina Fleury-Samson, une des rares personnes de Mont-Joli à avoir la peau noire.

Cette femme forte d’origine haïtienne, adepte de karaté et de dessins animés japonais, ne passe pas inaperçue dans la localité de 20 000 habitants située à l’entrée de la Gaspésie, où elle est conseillère depuis 2006.

La seule femme du conseil a refusé de prêter le « serment de discrétion » sur les discussions du comité exécutif imposé en février 2010 par le maire, Jean Bélanger. Elle s’interroge aussi sur l’empressement du conseil à prôner la fluoration de l’eau. « Je demande l’information nécessaire pour prendre une décision éclairée. Ce n’est pas vrai que les élus doivent tout décider à l’unanimité », dit la conseillère de 32 ans, adoptée à l’âge de trois ans par une famille « de souche ».

Kédina Fleury-Samson dit s’inspirer du personnage de manga Naruto Uzumaki, un héros sans peur et sans reproche qui a pour seule mission de faire le bien dans le monde. M.F.

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ELSIE LEFEBVRE

Elle a d’abord voulu succéder à Louise Harel à Québec… mais l’a plutôt suivie à Montréal !

Elle est allée aider des paysans cubains, a milité dans le mouvement étudiant en sciences po à l’Université de Montréal, a été bénévole pour le Oui au référendum de 1995, employée à la délégation du Québec à Mexico lors de ses études de maîtrise en économie à l’Universidad de Las Américas Puebla… Elsie Lefebvre, 32 ans, la vice-présidente du conseil municipal de Montréal, roule sa bosse dans la mouvance « solidaire » et souverainiste depuis son adolescence.

« Je crois à l’engagement. La politique est le meilleur canal pour défendre le bien commun, imaginer une société cohérente et avancer », dit Elsie Lefebvre, élue en 2009 au sein de Vision Montréal, le parti de Louise Harel, son ancienne collègue de l’Assemblée nationale. En 2004, à 25 ans, Elsie Lefebvre avait en effet remporté l’élection partielle dans la forteresse libérale de Laurier-Dorion, au centre de Montréal. Elle a perdu son siège par 3,6 % des voix en 2007.

L’exode des jeunes familles vers la banlieue l’inquiète. Elsie Lefebvre s’applique à verdir les parcs de Villeray – son quartier natal, qu’elle représente -, à rénover les terrains de jeux, à installer des dos d’âne pour ralentir la circulation et à forcer les promoteurs de condos à aménager des stationnements souterrains, afin de répondre aux besoins des familles. M.F.

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JULIE LEMIEUX
C’est le maire Labeaume qui l’a attirée en politique !

Julie Lemieux n’avait jamais songé, après 12 ans au quotidien Le Soleil, à faire de la politique active. D’où sa surprise quand elle a reçu l’appel du maire de Québec, Régis Labeaume, à l’été 2009.

Quelques nuits blanches plus tard, elle a choisi de faire le saut. Conseillère du district de la Chute-Montmorency, elle siège au comité exécutif de la Ville de Québec (l’équivalent du Conseil des ministres), où elle est responsable de la culture, du patrimoine et des communications.

Qu’est-ce qui pousse une journaliste réputée à se lancer en politique municipale ? « D’abord, un amour inconditionnel de ma ville. Ensuite, le désir de contribuer, de construire le présent et l’avenir, de m’impliquer, d’améliorer la vie des citoyens. »

À 40 ans, Julie Lemieux éprouvait le besoin « de sortir de [son] siège de commentatrice pour agir, apprendre, devenir un être humain plus complet ».

Elle avait assuré la couverture des fêtes du 400e anniversaire de Québec, en 2008. « J’ai vu cette ville redécouvrir sa fierté, relever la tête. J’ai vu disparaî­tre le climat de morosité et de cynisme. Le maire, Régis Labeaume, a changé les mentalités », dit-elle. P.C.

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BRAD McDONALD
« Monsieur Gaspésie » a le profil du parfait député, disent ses proches.

Lorsque Brad McDonald est rentré à Gaspé, en 2001 – après un exil de 15 ans qui l’a mené d’Ottawa à Séoul, où il a enseigné l’anglais -, il est retombé sous le charme. « Je vois la mer par la fenêtre de ma chambre. Je ne veux pas avoir ce coin de paradis pour moi tout seul ! » dit cet entrepreneur, politicien et bénévole de 36 ans, dans un français où perce un soupçon d’accent anglais.

L’homme a commencé à se démener pour donner aux Gaspésiens des raisons de rester chez eux. Il a siégé au conseil municipal de Gaspé de 2005 à 2009, a participé à la fonda­tion du festival Musique du bout du monde (devenu un moment phare de l’été gaspésien) et s’active à créer une garderie sans but lucratif.

Brad McDonald a mis de côté son engagement au conseil municipal pour se consacrer à son entreprise naissante de gestion de projets, Francœur McDonald, qui fait la promotion de manifestations (dont les fêtes du 475e de Gaspé) et épaule les entrepreneurs actifs dans l’indus­trie éolienne, les panneaux solaires et le tourisme.

Brad McDonald siège aussi au conseil de Vision Gaspé Percé Now, qui milite pour les services à la minorité anglophone. Le sort des francophones du reste du Canada l’interpelle tout autant : il fait partie du comité des sages du Programme d’appui aux droits linguistiques, à Ottawa.

Ceux qui le connaissent affirment que Brad McDonald a le profil du parfait député. « Je vais retourner à la politique active, c’est sûr. J’y ai pris goût ! » M.F.

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ALEXANDRE PLANTE
Déjà fait : neuf campagnes, trois courses au leadership, un nouveau parti municipal…

Alexandre Plante a travaillé comme organisateur ou bénévole à neuf campagnes électorales (fédérales, provinciales et municipales) et à trois courses au leadership (au fédéral). Il a géré les communications du leader libéral au Sénat. Il a participé à la fondation d’un parti municipal et s’est fait élire conseiller de Brossard. Et Alexandre Plante n’a que 26 ans !

« Alex est vite sur ses patins », résume Richard Mimeau, directeur général du parti Union Montréal, qui a embauché le jeune Plante comme responsable de l’informatique à la permanence de l’aile québécoise du PLC durant les campagnes de 2004 et de 2006.

Alexandre Plante a abandonné ses études à 17 ans pour vendre des ordinateurs. (Il a entrepris un certificat en droit à l’Université de Montréal l’automne dernier.) Mais les dirigeants libéraux ont vite constaté qu’il connaissait autant la stratégie politique que l’informatique !

Il avait à peine l’âge de voter qu’il se démarquait déjà par sa vaste connaissance de la chose politique, acquise auprès du conjoint de sa mère à l’époque, un homme passionné d’histoire. À 13 ans, le jeune Plante posait des pancartes pour le député libéral de Brossard Jacques Saada !

À l’été 2009, Alexandre Plante s’est joint au conjoint actuel de sa mère, Paul Leduc, pour fonder le parti qui a pris le pouvoir à Brossard en novembre de la même année : Leduc a été élu maire et Plante conseiller municipal. Il rêve maintenant de réaménager le boulevard Taschereau en havre de verdure traversé par un tramway.

« Diriger une ville, c’est plus qu’équilibrer le budget. Ça prend une vision pour améliorer la vie des citoyens », dit Alexandre Plante. M.F.

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MONICA RICOURT
Elle a toujours eu une conscience sociale élevée. Tant mieux pour les jeunes de Montréal-Nord !

À sept ans, elle rêvait de devenir présidente d’Haïti. Adolescente, elle a passé ses étés à faire du bénévolat : auprès des femmes battues de Montréal-Nord, puis dans un orphelinat et une école de danse en banlieue de Port-au-Prince, où ont grandi ses parents. À 33 ans, Monica Ricourt est la première élue d’ascendance haïtienne à l’hôtel de ville de Montréal.

« J’ai toujours eu une cons­cience sociale très déve­loppée », dit la conseillère municipale de Montréal-Nord, son quartier natal.

Depuis le premier anniversaire du séisme en Haïti, Monica Ricourt amasse des fonds en vue d’accomplir une autre mission : y livrer 40 poulaillers – garnis chacun de 22 poules pondeuses et d’un coq ! – à autant de mères de famille monoparentale.

Après avoir travaillé cinq ans comme attachée politique de la ministre Line Beauchamp, Monica Ricourt a eu envie de pousser plus loin son engagement. Elle a été élue conseillère en 2009, un peu plus d’un an après l’émeute qui a suivi la mort de Fredy Villanueva, abattu par un policier.

Monica Ricourt et son équipe ont organisé des rencontres entre les jeunes de l’arrondissement et des personnages ins­pirants, dont le boxeur d’ori­gine haïtienne Jean Pascal et l’ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean.

Monica Ricourt est elle-même devenue un modèle pour les jeunes haïtiens, arabes et latinos, qui forment le tiers de la population du quartier. « Je leur dis qu’à l’école primaire je me suis fait traiter de négresse et de chocolat. Mais qu’on peut aller au-delà de ça. Je veux que ces jeunes réussissent. Ils ont besoin d’un coup de pouce pour améliorer leur estime d’eux-mêmes. » M.F.

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ARNAUD WAROLIN
Un tiers des gens qui descendent dans la rue à votre invitation, on appelle ça avoir de l’influence !

De 10 h à midi, le 8 novembre 2010, le temps a suspendu son vol au Témiscamingue. Plus de 250 commerces et 4 polyvalentes ont fermé leurs portes pendant ces deux heures. Et le tiers des 16 000 Témiscamiens ont con­vergé vers Ville-Marie, la capitale régionale. À l’invitation du préfet de la MRC, ils ont crié leur détermination à sortir de la crise économique.

« Si on perd nos agriculteurs, on perd nos villages, nos écoles, le dépanneur du coin, notre qualité de vie », dit Arnaud Warolin, 36 ans.

Breton d’origine arrivé au Québec en 1998, il porte les espoirs de cette région coincée entre l’Abitibi et l’Ontario. Préfet depuis 2009, il travaille à guérir les plaies qui affligent son coin de pays : effondrement de l’indus­trie forestière (2 000 emplois perdus), manque de relève en agriculture (le tiers des fermes sont menacées de disparition) et exode de la population.

Ce diplômé en développement régional de l’Université Laval, qui a aussi été commissaire industriel au Témiscamingue, cherche à « dépasser les guerres de clocher ». La région s’est ainsi mobilisée pour relancer l’usine de bois Temlam, à Ville-Marie, et pour fonder une coopérative de mise en marché de champignons et de petits fruits dans le village de Laforce. M.F.