Politique

François Legault: des risques du populisme

Photo: G. Hughes/PC

Il y a des matins comme ça.

On se réveille. On lit ses journaux. Et puis, tout à coup, un titre nous accroche, mais pas pour les bonnes raisons…

Tellement, en fait, qu’on le relit et, pour quelques secondes, on pense qu’on a mal lu. Vraiment mal lu.

Cette réaction était inévitable ce matin en voyant la une du Devoir: «Les jeunes Québécois pensent trop à la «belle vie», croit Legault». Pardon? Pas cette «Legault»-ci, en tout cas…

Puis, lisant l’article, c’était encore pire.

S’en dégageait comme une impression de combinaison de vieille morale paternaliste, de populisme facile, de préjugés surannés, et j’en passe.

L’expression «la belle vie», bon, on sait d’où elle est venue pendant la grève étudiante. Mais là, ça ne vient pas d’un commentateur.  Ça sort carrément de la bouche d’une personne qui ambitionne rien de moins que de devenir premier ministre. Ce qui est une autre histoire…

Donc, les jeunes et les Québécois auraient un problème de valeurs; ne feraient pas suffisamment d’efforts. Du moins, selon le chef caquiste. Et du moins, dixit François Legault, comparé aux Asiatiques… Bon, bon, bon.

Un peu plus et on se croirait devant une version diluée de la tirade gênante de cet obscur candidat Col rouge…

Ou encore, à ceux déjà tenus par l’ex-pemier ministre Lucien Bouchard – le lucide-en-chef lui-même et mentor politique de François Legault.

On se souviendra, de triste mémoire, qu’en 2006, M. Bouchard, en entrevue à TVA, avançait que les Québécois ne travaillaient pas assez. Ce qui avait provoqué cette réaction ironique de Jacques Parizeau: «encore une fois, les Québécois ont déçu Monsieur Bouchard».

On se souviendra aussi que la sortie style curé de l’ancien premier ministre, avait donné lieu à plusieurs parodies. Dont celle-ci, délicieuse, de RBO. Mais comme disait le magazine d’humour CROC: c’est pas parce qu’on rit, que c’est drôle.

Gaffe, conviction ou provocation?

Alors, où cette déclaration est une gaffe de la part de M. Legault.

Ou bien, il le pense vraiment. Ce qui s’inscrirait à la perfection dans un certain discours de la droite, lequel confond richesse collective et richesse individuelle; lance des clichés un peu partout sur des populations pas suffisamment productives; sur la concurrence des pays asiatiques, dont surtout la Chine, etc..

Et là, on comprend mal comment, s’il devenait premier ministre, il pourrait même s’adresser aux «jeunes» Québécois à l’avenir sans que ces derniers ne l’envoient voir ailleurs s’ils y sont.

À moins, bien sûr, que ce ne soit une espèce de provocation. Comme une tentative, maladroite et mal avisée, en populiste invétéré, de tenter de profiter de la popularité de cette vision des choses dans certains segments de l’électorat. Ces clichés éculés, et non fondés, qu’on a entendus à satiété pendant la grève étudiante de ce printemps.

Des clichés genre les «jeunes» sont des enfants gâtés, des enfants rois, etc. etc., etc.. Bref, tout ce qui fut utilisé, dans le discours public, pour discréditer la grève et ceux qui l’ont faite.

Plus tard ce matin, pour se justifier, le chef caquiste écrivait ceci sur twitter: «Je ne pointe pas du doigt les jeunes. Il faut plutôt discuter des valeurs que ns leur transmettons. Ns vivons ds une société de consommation.»

Puis encore ceci: «C’est pas un blâme à l’égard des jeunes. C’est un blâme à l’égard des valeurs que nous, comme parents, on transmet à nos jeunes. Faut davantage transmettre à nos jeunes des valeurs d’effort et de dépassement de soi.»

Et pourtant, ce qu’il a dit sur les «jeunes» semblent bien être ce qu’il a dit.

Bref, d’entendre autant de clichés sur les «jeunes» et les communautés culturelles dans une seule sortie, on ne sait trop s’il faut en rire ou en pleurer.

Sans compter la fixation que semble également faire M. Legault sur le métier d’ingénieur comme clé de la réussite et du bonheur.

Des risques politiques du populisme, quoi…