Politique

Les préposés au sens (II)

 

Dans la première partie de mon analyse post-attentat du 4 septembre, je faisais état des «diagnostics» instantanés, non informés de faits que nous ne possédons pas encore, qui ont suivi le geste tragique posé par Richard Henry Bain.

Appelant à exercer une retenue quant à ses motivations que nous ne connaissons pas encore, j’expliquais aussi pourquoi cela n’exclut pas pour autant que l’on réfléchisse, que l’on regarde de plus près ce phénomène proprement politique qu’est la multiplication dans les médias anglophones d’accusations de «xénophobie» contre le nationalisme, le mouvement souverainiste et la loi 101.

Et ce, j’insistais, indépendamment de l’attentat du 4 septembre.

Dans cette deuxième partie, j’analyse les «raisins de la colère» anglophone; propose l’anatomie de ce que j’appelle le discours «xénophobiste» de ces médias; fais état d’un leadership anglo-québécois rentré dans ses terres; reviens sur quelques épisodes particulièrement troublants de ce discours; et, enfin, conclue sur l’importance de ne pas fermer les yeux sur ce type de rhétorique.

Les raisins de la colère anglophone

C’est surtout en juin 1968, avec la «crise de Saint-Léonard» que les passions se sont déchaînées dans les médias anglophones pour ce qui est de la période post-1960.

À cette époque, leurs parents comprenant rapidement qu’ici, la langue de la mobilité sociale était l’anglais, 85% des enfants d’immigrants fréquentaient des écoles primaires et secondaires de langue anglaise.

Au point où la commission scolaire catholique de Saint-Léonard décida d’imposer le français comme seule langue d’enseignement de la première années de primaire. Un geste audacieux pour le temps.

Une crise linguistique, une vraie, s’en est suivie. Incluant des affrontements violents entre parents italophones, francophones et anglophones.

Mais c’est avec la Loi 22 – adoptée en 1974 par le gouvernement Bourrassa et faisant du français la seule langue officielle du Québec – que les médias anglo-québécois joueront encore plus nettement ce qu’on appelle en sciences politiques un rôle d’«agents de représentation et de socialisation».

«Agents de représentation» parce que leurs éditoriaux, chroniques et reportages ne visent pas qu’à informer, mais aussi à «représenter» les intérêts de la communauté anglophone. Bref, ils parlent en son nom.

Et «agents de socialisation» parce que la manière dont ils rapportent et analysent les événements qui touchent leur communauté ont également un impact sur la perception qu’en aura celle-ci.

Ce faisant, sur les questions touchant au nationalisme et aux lois linguistiques, on y pratique un journalisme de «représentation». Donc, politisé et prenant ouvertement partie pour les intérêts de la communauté dont ces médias sont issus. En cela, ils sont ce qu’on appelle des «acteurs politiques».

Les mots choisis pour présenter l’information à leur communauté sont en partie un reflet de ce qu’ils y entendent. Mais au fil des dernières décennies, ils en sont venus aussi, sur certains sujets, à contribuer à garder ses perceptions figées dans le temps.

Comme «agents de représentation», ces médias s’adressent aussi à l’«Autre» : soit aux francophones et tout particulièrement aux souverainistes, ceux qui cherchent à «briser leur pays». C’est bien évidemment eux, les «méchants» de la pièce.

Anatomie du discours «xénophobiste»

En 1991, je terminais un mémoire de maîtrise en science politique. J’y avais répertorié et analysé le discours politique des leaders et des médias anglophones de la loi 22 à l’échec de Meech en passant par la loi 101.

Publié en 1992 chez Boréal sous le titre «L’invention d’une minorité. Les Anglo-Québécois», je rappelais que dans les années 60, alors que les francophones enclenchaient une ère de libération nationale et économique, de nombreux anglophones se sentaient de plus en plus, disons, à l’étroit.

(Cette semaine, à l’émission «Plus on est de fous, plus on lit», le journaliste Jean-Philippe Cipriani rappelait justement la pertinence de mon premier livre, encore aujourd’hui, en 2012. Pour écouter cet extrait, c’est ici.)

Vivant ce processus comme une menace, les leaders de la communauté anglophone en vinrent à rejeter l’affirmation de plus en plus marquée de la langue française en la représentant comme une volonté d’exclure les non-francophones de la société québécoise, voire même en les «opprimant».

Pour mon mémoire, j’avais répertorié, décortiqué et analysé un impressionnant corpus d’écrits et de déclarations des leaders de la communauté anglophone, incluant ses médias.

Le premier constat fut que le discours dominant de ses leaders s’était forgé essentiellement en réaction au processus de minorisation politique, économique et linguistique vécu par les anglophones pendant la montée du nationalisme québécois moderne des années 60 et 70.

Cette montée comprenant la possibilité que le Québec se sépare un jour du Canada.

Mais attention. Cette analyse portait non sur LA communauté anglo-québécoise – laquelle est complexe et diversifiée -, mais sur les déclarations de ceux et de celles disant parler en son nom.

Ce faisant, ils jouaient au sein de leur propre communauté, de même que face aux francophones et au reste du Canada, un rôle politique de représentation et de socialisation.

Dans mon livre, les exemples sont nombreux, mais pour les fins de ce billet, résumons leurs principaux messages récurrents, symboles, références et connotations ainsi:

– Légiférer sur la langue française est un geste d’intolérance, de repli sur soi, d’exclusion, de xénophobie, d’anglophobie, d’oppression.

– Face à cette «exclusion» représentée, les anglophones se disent par conséquent être exclus, rejetés, mal aimés, non appréciés, ou opprimés. (C’est ce que j’ai nommé le discours de victimisation.)

– La pérennité du français n’est pas menacée. Le Québec n’a jamais été aussi français. Ce sont les institutions de la communauté anglophone qui sont en danger.

– Le mouvement souverainiste et la réalisation de son objectif pose un danger immédiat au respect des droits des minorités.

Bref, c’est un discours qui emprunte à la rhétorique de groupes véritablement opprimés. Alors que, dans les faits, la minorité anglo-québécoise est dotée d’une panoplie complète d’institutions importantes. Une situation unique au Canada pour une minorité de «langue officielle».

Ce qui nous ramène à une observation faite dans les pages du Devoir par Nicolas Lévesque, philosophe-psychologue-psychanalyste : « dès qu’il y a un vrai mouvement social, il y a malheureusement, trop souvent, une réponse de quelqu’un qui refuse que son image bouge. Il faut être capable de perdre pour avancer.»

En effet, pour plusieurs anglophones, les quarante dernières années au Québec les ont mis face à un mouvement socio-politique dont un des effets principaux fut de remettre en cause le pouvoir social, politique et économique de leur communauté.

Le tout, accompagné de lois linguistiques restreignant la place de l’anglais dans l’espace public. Sans oublier, par la suite, deux référendums sur la souveraineté et un sur un l’accord constitutionnel de Charlottetown.

Dans les années 70 et 80, en réaction à la première élection du PQ, à la loi 101 et à la tenue prochaine d’un référendum, ils furent quelques centaines de milliers à quitter le Québec. Ceux qui sont restés ont dû apprendre à composer avec la nouvelle réalité québécoise.

Certains l’ont fait avec plus d’ouverture, d’autres, avec moins.

Or, malgré cette lente adaptation d’une communauté anglophone qui se diversifie de plus en plus, la rhétorique «xénophobiste» est demeurée un élément rhétorique central de ses principaux médias.

Comme si ces derniers étaient restés quelque peu figés dans le temps pendant que la communauté qu’ils «représentent», elle, change et s’adapte lentement tout en demeurant profondément fédéraliste et attachée au Canada.

C’est un peu comme si, 44 ans après la fondation du PQ, face à ce dernier, à la loi 101 ou même aujourd’hui, au débat sur la laïcité – lequel se tient pourtant dans plusieurs pays occidentaux -, ces médias étaient en quelque sorte figés politiquement dans les années 60 et 70. Soit au moment-même du choc politique et culturel que fut pour la communauté anglophone la montée du nationalisme québécois moderne.

Et donc, même en 2012, francophones, groupes de pression ou parti politiques, dès qu’ils sont nationalistes ou souverainistes, y sont encore souvent soupçonnés de crime de lèse-minorités.

Ce préjugé, parce qu’il est constamment repris par les médias anglo-québécois, ne fait rien non plus pour amoindrir sa portée dans le reste du Canada.

À force de représenter au reste du Canada et du monde une communauté anglo-québécoise exclue, dont les droits seraient bafoués, pas étonnant que le nationalisme québécois y soit de plus en plus délégitimé pour cause de xénophobie chronique appréhendée.

Ce qui, en passant, a également l’avantage de conforter le ROC dans la perception qu’il a développé de lui-même en tant que modèle mondial de «tolérance» et de «diversité». Mais ça, c’est une autre histoire…

Un leadership anglo-québécois rentré dans ses terres

Or, si dans la communauté anglophone, il existe aussi de toute évidence des individus capables d’«ajuster» leur image du Québec moderne tout en conservant leur attachement au Canada, ce progrès peine encore à rejoindre leurs «agents de représentation», dont il ne reste à peu près plus que les médias.

Car chez les francophones et même la classe politique québécoise, on semble avoir raté quelque de chose de majeur.

Soit que depuis le dernier référendum, à mesure que la «menace» effective d’un troisième s’estompait, le leadership anglo-québécois est tout simplement rentré dans ses terres. Sans combat, plus besoin de combattants…

Il n’y a plus d’Alliance Québec. Son successeur – le Québec Community Groups Network -, n’a rien de la visibilité ou des porte-parole connus qu’avait Alliance Québec avant son virage radical opéré sur ses derniers milles.

Il n’y a plus vraiment de Parti égalité. Plus de ministres anglophones influents. Quant aux leaders d’opinion reconnus comme tels par leur propre communauté, on peine à en trouver.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas une vie «communautaire» chez les anglophones. Il y en a. Dans les faits, il existe aussi plusieurs communautés dans la grande communauté anglo-québécoise. C’est leur leadership politique et leurs leaders d’opinion qui ne répondent plus à l’appel et qui ne se sont pas renouvelés pour autant.

Ne reste plus que leurs médias, ou presque.

Encore une fois, la rhétorique «xénophobiste» n’est pas présente dans tous les médias anglophones, tout le temps, ou chez tous ses artisans. Elle y est néanmoins dominante dès que l’actualité s’y prête.

Et donc, sans surprise, elle a refait surface dans la campagne électorale de cet été en réaction à la «menace» d’une victoire du PQ, d’une nouvelle loi 101 et même, d’une charte de la laïcité.

Tout comme elle l’a fait dans plusieurs médias anglo-canadiens hors Québec où même les mots «fascisme» et «nettoyage ethnique» pour qualifier les aspects «identitaires» du programme péquiste ont opéré un retour en force.

Encore ce mardi, dans une seule chronique à The Gazette, on trouvait des mots comme «xenophobic», «media hunt for unilingual anglos», «verbal anglo-bashing», harassment of people for speaking English in public», «anti-English».  Or, les mots ont un sens…

En passant, pendant plus de dix ans, j’y ai moi-même signé une chronique hebdomadaire fort appréciée des lecteurs de The Gazette. Non pas pour y «convaincre» qui que ce soit de quoi que ce soit, mais pour apporter aux lecteurs des analyses nettement plus proches de celles qu’il auraient retrouvées dans les journaux francophones.

Mais aujourd’hui, force est de constater que cette diversité des voix, même aussi minime et hebdomadaire qu’elle était, y est malheureusement moins présente.

Or, le plus troublant est qu’encore aujourd’hui, les messages et les référents recensés dans mon mémoire de maîtrise terminé au début des années 1990 sont toujours présents dans plusieurs médias anglophones dès que l’actualité s’y prête.

Ici et dans le reste du pays, d’ailleurs. Plus ça change…

De fait, cette rhétorique «xénophobiste» sur le mouvement souverainiste, le nationalisme québécois et les législations linguistiques, on l’a lue et entendue à diverses époques.

Entre autres, lors de l’adoption de la loi 22 en 1974; l’élection du PQ en 76; l’adoption de la loi 101 en 77; le premier référendum en 80; la loi 178 en 88, l’accord du Lac Meech de 1987 et le statut de société distincte qu’il aurait conféré au Québec; l’élection du PQ en 1994; le deuxième référendum en 1995; les menaces de partition en 1996; la Loi sur la clarté en 2000; etc….

Et, bien sûr, encore aujourd’hui.

La seule chose apte à calmer éventuellement le jeu côté rhétorique extrême est le fait que le PQ soit sorti de cette élection les mains liées avec un gouvernement très minoritaire.

D’autres tempêtes inoubliables…

Les exemples de cette rhétorique «xénophobiste» ont beau être nombreux depuis des décennies, mais il en demeure tout de même des plus spectaculaires que d’autres… Si vous me passez l’expression.

En effet, qui peut oublier, après Meech, la tempête Richler?

En 1992, Mordecai Richler signait un article fracassant dans le New Yorker et un best-seller «Oh Canada! Oh Quebec! Requiem for a Divided Country».

Son message : la loi 101 est anglophobe et les nationalistes québécois, des antisémites, des xénophobes, des tribaux, et j’en passe. Bref, Richler, de par son statut d’auteur respecté internationalement, aura fait un tort considérable à la réputation du Québec.

Se nourrissant des pires préjugés et prenant plaisir à les alimenter à son tour, son livre fut un succès retentissant au Canada et à l’étranger. En Grande-Bretagne, il fut même «adapté» pour la télévision par la prestigieuse BBC incapable devant Richler, du moindre recul critique.

Et comment oublier l’inoubliable Jan Wong? Un véritable cas d’espèce de cette même rhétorique «xénophobiste». Un cas d’espèce autant pour le fait que son article fut approuvé pour publication que pour le fait que son patron, pendant toute une semaine, l’avait malgré tout défendue bec et ongles.

Rappelons qu’en 2006, dans un article de deux pages paru dans le non moins prestigieux Globe and Mail, la journaliste n’hésitait pas à lier les tueries de Dawson, de la Polytechnique et de Concordia aux effets de la loi 101 :

It isn’t known when Mr. Gill’s family arrived in Canada. But he attended English elementary and high schools in Montreal. That means he wasn’t a first-generation Canadian. Under the restrictions of Bill 101, the province’s infamous language law, that means at least one of his parents must have been educated in English elementary or high schools in Canada.

To be sure, Mr. Lepine hated women, Mr. Fabrikant hated his engineering colleagues and Mr. Gill hated everyone. But all of them had been marginalized, in a society that valued pure laine.

Malgré ce passage odieux, l’article fut approuvé pour publication. Par la suite, malgré la flopée de plaintes de francophones reçue au Globe and Mail, la direction de l’époque s’est entêtée pendant toute une semaine à défendre sa journaliste.

Ce fut seulement une fois que Jean Charest et Stephen Harper, inquiets de l’impact possible que pourrait avoir cette histoire au Québec, firent chacun parvenir une lettre cinglante de protestation au journal que l’éditeur du G&M consentit à présenter ses excuses sept jours après la parution de l’article.

Il faut dire que les deux premiers ministres n’avaient pas mâcher leurs mots. Dans sa lettre, le nouveau premier ministre Harper dénonçait les mots de Wong comme étant «grossly irresponsible». Et surtout, qu’il était «completely prejudiced to lay blame on Quebec society in this manner». Le mot-clé ici était «prejudiced».

Mais attention. Les «excuses» de l’éditeur Edward Greeenspon ne portaient pas sur ce que Wong avait écrit.

La décrivant comme «an extraordinarily talented feature writer», qui avait écrit un article «exceptionally moving», Greenspon disait ne regretter qu’une chose.  Soit que le passage contentieux de Wong ait été inclus dans un «reportage» et non dans un article d’«opinion» : «To the extent it may have been used, it should have been put into a separate piece clearly marked opinion.»

Ce n’était donc pas ce que Wong avait écrit qui posait problème à ses yeux, mais le fait que ce ne soit pas dans une chronique… Mauvaise page, quoi.

Enfin, aussi récemment que la semaine dernière, Conrad Black, se fendait d’une opinion cinglante et d’une irresponsabilité désolante.

Selon l’ex-magnat de la presse, l’attentat au Metropolis pourrait être annonciateur d’autres épisodes violents perpétrés par des anglophones aussi «frustrés» par leur «oppression» que les «Canadiens français» pouvaient l’être à l’époque du FLQ.

Avertissement : la lecture de l’extrait suivant n’est pas fait pour les âmes sensibles.

Catégorie : «ça ne s’invente pas».

And it is a cautionary election because the outbreak of violence that killed a bystander as Ms. Marois addressed her supporters, and was intended for her, could portend that Quebec cannot go on forever acting out its frustration at not being able to square the circle and have all the above-enumerated goals at once by squeezing cultural minorities. Either Quebec is a place of freedom of expression, as proclaimed by Franklin D. Roosevelt and Winston Churchill in the Atlantic Charter agreed in Newfoundland in 1941, and solemnized in the Universal Declaration on Human Rights in 1948 and in the principal state papers of Canada, or it is not.

Continuously irritating the local representatives of the 90% majority English-language group of North America above the Rio Grande, and of almost 20% of the population of Quebec, who have enjoyed an official status in Quebec since the end of the Seven Years War in 1763, and plumbing ever deeper depths of absurdity and pettifogging oppression, could lead to more violence.

When a bomb went off at the Montreal Stock Exchange in 1969, the founder of the Parti Québécois, René Lévesque, regretted it, but said it was “the result of frustrations.The French-Canadians don’t have a monopoly on that sensation, and should not under-estimate their talent for provoking the same feeling in others.

Bref, si quelqu’un a tracé un lien entre des gestes de violence et le nationalisme québécois, c’est bien Conrad Black lui-même.

Or, Conrad Black, n’est pas un «fou» clinique, ni un dangereux illuminé «radical» prêt à prendre le maquis avec une arme automatique sous le bras, juste au cas où… C’est un ex-magnat de la presse, aussi déchu soit-il.

On voit dans cet extrait jusqu’à quel extrême peut mener un discours de victimisation aussi complètement déconnecté de la réalité. le tout combiné à un mépris profond pour un mouvement pourtant pacifique et démocratique.

Conclusion

La mémoire commande que l’on se souvienne, ou que l’on sache tout au moins, que dans les médias anglophones, cela fait déjà plusieurs décennies qu’on y dépeint le nationalisme québécois, le souverainisme et les législations linguistiques comme autant de menaces aux droits des anglophones et des minorités.

Qu’on les représente comme de la graine de xénophobie, d’intolérance, d’anglophobie. Et parfois même, d’intégrisme.

Les nationalistes québécois y sont trop souvent soupçonnés des pires intentions et déclarés coupables d’intolérance par association.

Pas dans tous les médias, bien sûr, pas sous toutes les plumes, mais souvent.

Maintenant, ce phénomène politique vieux de plusieurs décennies et réactivé cet été avec insistance avec l’élection possible d’un gouvernement péquiste avec un «agenda» /sic/ identitaire, aurait-il été l’élément déclencheur de l’attentat du 4 septembre?

Nul ne le sait. Les faits sur ce plan n’étant pas connus.

Refuser d’opérer un tel lien de causalité, par contre, ne devrait pas exclure une réflexion et une discussion éclairées, lucides, sur ces épithètes toxiques de «xénophobe», «anglophobe» et «intolérant» qu’on lance allègrement dans certains médias. Pas seulement «anglophones», mais en grande partie..

Pourquoi? Parce que cette réflexion est importante.

Elle est importante parce que le côté hargneux de ce discours empêche une compréhension plus factuelle et plus réfléchie de certains phénomènes politiques au Québec et au Canada.

Elle est importante parce qu’elle entretient chez plusieurs anglophones une vision d’eux-mêmes en tant que «victimes» et «exclus» alors que la réalité objective est toute autre.

Elle est importante parce que ce ne sont pas tous les anglophones qui se voient ainsi. Mais c’est ce que répètent, inlassablement, plusieurs de ceux qui parlent en leur nom.

Pour reprendre la conclusion de Nicolas Lévesque : « Il faut faire bouger les symboles, les mélanger, les penser, les mettre en mouvement, casser les images figées et les clichés, admettre la nouveauté, se rappeler qu’il n’y a pas de Bons et de Méchants. (…) On cherche tout de suite à comprendre. Alors qu’il faut d’abord penser.»

Et si on commençait?

D’autant que depuis quarante ans, ces «perles» ne viennent pas de vulgaires brûlots de villages isolés ou de pamphlets de groupuscules radicaux, mais de la plume de chroniqueurs, d’éditoriaux (lesquels parlent au nom même d’un journal), ainsi que certains intellectuels. Le tout, reproduit, à répétition, par des médias grand public.

Dans toute société démocratique, il existe certes une liberté d’exprimer de telles choses, mais cette liberté inclut aussi celle de pouvoir les dénoncer ou encore, de vouloir en débattre.

N’est-ce pas là ce qu’exprime en conclusion, dans les pages de La Presse, cet ingénieur qui pose une question assez fondamentale: «Pourquoi est-ce que je tolère le discours d’intolérance de mes voisins anglophones envers le mouvement souverainiste?».

Dans le courrier des lecteurs du journal The Gazette, une lettre au lecteur signée par un anglophone le disait en ces mots bien choisis:

We may never know whether the bullet that killed the technician Denis Blanchette was ultimately meant for Premier-designate Pauline Marois.

Many say that, in any event, this was an isolated act. Others hold the media somewhat responsible for the tragic event.

Is there a tendency in the media to inflame the passions with extreme rhetoric, instead of appealing to the mind with dispassionate analysis? Can this approach result in the straw breaking the camel’s back, pushing an already deranged person to the brink?

Richard Bain will be tried in the courts. But the question of the media’s responsibility for its contribution to toxic discourse should be tried in the media. It is not a frivolous question.

 

En effet…