Politique

Idle No More: un message qui porte

Le mouvement Idle No More ne donne aucun signe d’essoufflement. Au contraire.

Au point où, jusqu’à maintenant, du moins, il s’est montré capable de faire bouger le très majoritaire Stephen Harper, lequel fut obligé par la grève de la faim de la chef  Theresa Spence de devancer au 11 janvier sa rencontre avec les chefs de l’Assemblée des Premières Nations.

Face à Idle No More, l’ordre du jour de cette rencontre risque fort aussi de ne plus être sous le contrôle du bureau du premier ministre.

Même le Gouverneur général, lequel refusait pourtant de les rencontrer, s’est ravisé sous haute pression, in extremis.

Né de la société civile autochtone et mise sur la «carte» politique par la grève de la faim de Theresa Spence, chef d’Attawapiskat – même si elle ne faisait pas partie d’Idle No More -, ce mouvement aura même réussi à déstabiliser une partie des élites autochtones. Et ce, jusqu’aux dirigeants de l’Assemblée des Premières nations.

Avec des réalités à géométrie extrêmement variable dans ce pays, un fossé se creuse néanmoins de plus en plus entre une partie du leadership autochtone «officiel» et des sociétés civiles qui ont perdu confiance en lui. Si l’on retrouve sûrement une forme ou autre de dilapidation des fonds publics dans certaines communautés, les non autochtones, ces temps-ci, sont aussi bien placés pour en comprendre le sens face à leurs propres leaders politiques…

Aidée par les médias sociaux dans la diffusion de ses messages, la force d’Idle No More est qu’il jouit maintenant  d’appuis publics chez les autochtones et chez des non-autochtones au Canada et au Québec, un peu partout à travers le monde, dont aux États-Unis, en Grande-Bretagne, de même qu’en Nouvelle-Zélande où des femmes Maoris ont dit vouloir souligner l’importance de cette lutte pour tous les aborigènes du monde.

Personne, incluant le gouvernement Harper n’avait vu venir ce mouvement issu de la société civile. De surcroît, un mouvement pan-canadien qui semble unir des autochtones de toutes les provinces, territoires et communautés.

C’est pourquoi, avec nuances, on le compare de plus en plus aux mouvements Occupy, mais avec des revendications nettement plus précises.

Rappelons qu‘Idle No More est né en octobre 2012 lorsque quatre femmes autochtones de la Saskatchewan ont lancé un mouvement de protestation contre les projets de loi mammouth C-38 et C-45 du gouvernement Harper, lesquels, entre autres choses, modifient unilatéralement plusieurs lois et règlements. Incluant la Loi sur la protection des eaux navigables et la Loi sur les indiens. Sans compter une dérèglementation accélérée pour faciliter encore plus l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles par des intérêts privés.

Bref, la bougie d’allumage d’Idle No More, on la trouve dans ces lois mammouths qui mettent leurs pattes sur des territoires dont les autochtones se réclament et qui le font sans que les principaux intéressés aient été consultés au préalable.

Ce mouvement dénonce des conditions de vie quasi tiers-mondistes de certaines réserves et communautés, dont celle d’Attawapiskat. Il parle aussi de l’anachronique Loi sur les Indiens, adoptée en 1876.

Il parle du taux de suicide élevé dans plusieurs communautés. Il parle des centaines de femmes autochtones qui, depuis des années dans certaines provinces, sont violées, enlevées et/ou tuées. Il parle de pauvreté, de violence conjugale, du rôle des femmes, d’éducation déficiente. Il parle d’un leadership «officiel», celui de l’Assemblée des Premières Nations, que plusieurs considèrent comme étant trop timide.

Le tout, prenant en compte que dans les faits, la réalité autochtone, Métis et Inuit est hautement complexe, diversifiée et dont plusieurs succès font également partie.

Assez, c’est assez.

Bref, si hormis les questions environnementales, la plupart des problèmes dénoncés par ce mouvement n’ont rien de nouveau, son message global ressemble à quelque chose comme un gigantesque «Assez, c’est assez».

C’est en cela qu’il s’inscrit à sa manière dans la logique de divers mouvements sociaux de contestation qui, depuis quelques années et un peu partout sur la planète, s’élèvent contre une iniquité socio-économique de plus en plus pernicieuse.

Le vrai rapport de force est politique

La mauvaise nouvelle pour le gouvernement conservateur est qu’au-delà des problèmes séculaires comme la pauvreté et la violence, Idle No More braque surtout les projecteurs sur un des éléments centraux de l’«agenda» Harper, qui est d’ouvrir grande la porte au développement tous azimuts des ressources naturelles par des intérêts privés.

Si M. Harper a accepté de devancer sa rencontre avec l’Assemblée des Premières Nations et qu’ensuite, on a laissé «couler» aux médias un rapport de vérification qu’on espérait suffisamment gênant pour la chef Spence qu’il aiderait par ricochet à discréditer le mouvement Idle No More, c’est parce que le premier ministe le comprend parfaitement bien.

Ce jeudi, c’est du grand chef manitobain Derek Nepinak que Stephen Harper aura reçu son avertissement le plus clair :

We have power (…) We have nothing left to lose. (…) The Idle No More movement has the people and the numbers that can bring the Canadian economy to its knees. It can stop Prime Minister Harper’s resource-development plan, his billion-dollar plan, to develop ressources in our ancestral territories. We have the warriors that are standing up now, that are willing to go that far. So we’re not here to make requests, we’re here to demand attention.

Traduction libre :

Nous avons le pouvoir (…) Nous n’avons plus rien à perdre. (…) Le mouvement Idle No More peut compter sur les gens et le nombre qui peut mettre l’économie canadienne à genoux. Il peut arrêter le plan de développement des ressources du premier ministre Harper – son plan de plusieurs milliards de dollars -, pour exploiter les ressources sur nos territoires ancestraux. Nous avons des guerriers qui se lèvent maintenant, qui sont près à aller jusque-là. (Le mot «guerriers» étant pris ici dans son sens métaphorique, et non pas militaire.)

En se réclamant des traités signés originellement avec  la «Couronne» – des traités dont, selon les tribunaux, le gouvernement fédéral est de toute manière l’héritier politique – ce que Idle No More dit, dans les faits, est que ce mouvement refuse de laisser Stephen Harper ouvrir le Klondike des ressources naturelles aux intérêts privés sans que les Autochtones ne soient consultés lorsqu’ils s’appliqueraient.

Ni, on l’oublie, sans que l’environnement ne soit protégé, ni sans un partage plus équitable des profits pour les projets approuvés. Et lorsqu’on sait que le gouvernement conservateur ne cesse d’alléger les exigences scientifiques pour l’industrie privée dans ce domaine, l’inquiétude se comprend d’autant mieux.

Dans ce face-à-face, les «traités de nation à nation» sont certes l’outil juridique par lequel le mouvement et l’Assemblée des Premières Nations tentent d’établir un rapport de force avec le gouvernement Harper.

Lorsque les chefs parlent en termes de «coexistence pacifique» et de «partage des terres et des ressources» dans le respect de la «Mère Terre» pour que cessent de s’«appauvrir» plusieurs de leurs communautés, ils font référence à ces mêmes traités.

Lorsqu’ils parlent de rétablir l’«intégrité» de leur relation avec la «Couronne», ce sont encore des traités dont il est question. Lorsqu’ils parlent d’établir une «nouvelle relation fiscale» avec la «Couronne», par contre, il est aussi question de passer au siècle présent.

Lorsqu’ils demandent d’être consultés pour toute modficiation législative touchant aux ressources sur les territoires dont ils se réclament, ils se basent sur l’article 35 de la Constitution de 1982. Cet article prévoit, entre autres choses, que les «droits existants – ancestraux ou issus de traités – des peuples autochtones du Canada sont reconnus et confirmés».

Or, au-delà des traités et des articles constitutionnels, le vrai rapport de force demeure essentiellement politique.

Et son principal outil, c’est le mouvement Idle No More lui-même, son étonnante unité et ses appuis qui débordent jusqu’à l’étranger. Son outil, c’est également dans une certaine mesure les chefs de l’Assemblée des Premières Nations, qu’il oblige maintenant à se montrer nettement plus revendicateurs.

Le rapport de force est essentiellement politique et l’enjeu financier est tout simplement immense.

On parle en termes de dizaines et dizaines de milliards de dollars en jeu pour les minières, les gazières et les pétrolières. Autant canadiennes qu’étrangères.

Pendant ce temps, comme le rapporte La Presse, «les investissements annoncés par le secteur privé dans des projets verts, majoritairement des projets d’énergies alternatives, ont chuté de 75% en 2012 au Canada, selon une analyse de la firme E&B Data»…

Quant aux industries minières, gazières et pétrolières, elles sont de mieux en mieux branchées sur le pouvoir politique. Et ce, auprès de tous les gouvernements, ou presque. Au Canada, leurs lobbyistes sont hyperactifs dans toutes les capitales politiques et le Québec ne fait pas exception.

Ce qui, on en conviendra, concerne tous les citoyens du Canada et du Québec. Point.

Le Klondike, il est également ici avec le Plan Nord, l’industrie minière, le pétrole d’Anticosti, le gaz de schiste, le projet d’inversion de l’Oléoduc de la compagnie d’Enbridge pour exporter le pétrole albertain issu des sables bitumineux, l’ouverture à ce pétrole albertain montrée par la première ministre Marois au Conseil de la fédération, etc..

Il ne manque pas non plus d’opposants, au Canada et au Québec. Comme Idle No More, ils réclament de meilleures évaluations environnementales. Et pour les projets responsables, un partage nettement plus équitable des profits pour le trésor public.

Et c’est ici – précisément sur cette problématique environnementale, sociale et économique -, qu’il pourrait y avoir convergence d’intérêts entre le mouvement autochtone Idle No More et ces citoyens et groupes tout aussi inquiets face à cette atmosphère généralisée de Ruée vers l’or.

À suivre…

Le joueur invisible

Dans ce rapport de force qu’Idle No More tente d’établir face au gouvernement, on trouve aussi un joueur invisible.

Ce joueur, ce sont les lobbys des industries pétrolières, minières et gazières – incluant les ambitions continentales de l’industrie albertaine des sables bitumineux défendues par son gouvernement provincial et celui de M. Harper. Ces lobbys, ça se comprend,  sont pressés de tirer profit de la grande ouverture manifestée par plusieurs gouvernements au Canada.

Ce joueur, Québécois et Canadiens commencent, eux aussi, à prendre la mesure de son influence réelle dans les coulisses discrètes du pouvoir politique.

Les exemples abondent. Au Québec, par exemple, l’industrie gazière a recruté Lucien Bouchard, un ex-premier ministre et ex-chef du PQ, comme principal lobbyiste. L’ex-chef péquiste et nouveau Délégué général à New York, André Boisclair, était aussi consultant pour une compagnie gazière. Sans compter quelques anciens libéraux passés, eux aussi, à ces industries.

Demandez et vous recevrez…

Une nouvelle récente et passée pour ainsi dire inaperçue au Québec en dit long sur le pouvoir d’influence de ces lobbys.

CBC rapportait ce mercredi qu’une lettre obtenue par Greenpeace en vertu de la Loi d’accès à l’information «révèle que l’industrie pétrolière et gazière a obtenu sa requête auprès du gouvernement fédéral de mofidier une série de lois environnementales pour favoriser «autant la croissance économique que la performance environnementale»» /sic/.

Le tout, rapporte-t-on, n’aurait pris que dix mois.

On peut d’ailleurs lire cette lettre ici.

CBC rapporte que cette lettre, datée du 12 décembre 2011, était adressée au ministre de l’Environnement, Peter Kent et au ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver.

La lettre avait quatre signataires. Soit :

– Le Canadian Petrolium Products Institute (devenu depuis le Canadian Fuels Association) (Association canadienne des carburants)– la «voix de l’industrie des carburants de transport»;

– Le Canadian Association of Petrolium Producers (CAPP) – la «voix» de l’industrie canadienne du pétrole, des sables bitumineux et du gaz naturel;

– Le Canadian Energy Pipeline Association (CEPA) (Association canadienne des pipelines d’énergie) – «représente les sociétés de réseaux pipeliniers du Canada qui exploitent plus de 100 000 kilomètres de pipelines au Canada et aux États-Unis»;

– Le Canadian Gas Association (CGA) (Association canadienne du gaz) – le «porte-parole des distributeurs de gaz naturel canadiens».

Dans leur lettre commune, les quatre lobbys soulignent que leur objectif est d’«exprimer leurs points de vue partagés quant aux opportunités à court terme du gouvernement de se pencher sur la réforme de la réglementation des industries majeures du Canada». (traduction).

Tout en se disant toujours préoccupés d’une exploitation environnementalement «responsable», les signataires font néanmoins mention spécifique de six lois :Loi sur l’Office national de l’énergie, Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, Loi sur les pêches, Loi sur la protection des eaux navigables, Loi sur les espèces en péril, Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs.

CBC rapporte qu’ensuite, soit dès le 9 janvier 2012, le ministre Oliver écrivait «une lettre ouverte accusant les environnementalistes et autres «groupes radicaux» d’affaiblir l’économie canadienne» et de vouloir «bloquer» tout nouveau projet.

Prochaine étape : avril 2012. Le gouvernement Harper présente son premier projet de loi mammouth qui, entre autres choses, modifie en effet la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, la Loi sur les pêches et la Loi sur l’Office national de l’énergie. Le processus de dérèglementation est lancé.

Puis, en octobre 2012, le second projet de loi mammouth vient remplacer la Loi sur la protection des eaux navigables par la nettement plus permissive Loi sur la protection de la navigation.

Cette lettre est peut-être une activité de lobbyisme parmi d’autres de la part d’industries de plus en plus influentes, mais son «timing» mérite tout de même une attention particulière.

La rapidité avec laquelle plusieurs des changements suggérés dans cette lettre ont été imposés par le gouvernement Harper témoigne de l’influence réelle de ce joueur politique de moins en moins invisible et du préjugé favorable dont il jouit auprès du gouvernement canadien.

Cette lettre souligne d’ailleurs l’importance des sommes en jeu en parlant de 120 milliards de dollars d’investissements privés qui seraient prêts. C’est vraiment beaucoup, beaucoup d’argent.

Enfin, en conclusion, la lettre fait même mention de la nécessité de progresser sur la question de la «consultation» des Autochtones… Il faut croire que les deux ministres à laquelle elle s’adressait ne l’ont pas lue jusque-là… Une ironie dont seule la politique a le secret.

Il faut noter que si le ministre des Ressources naturelles, dans ses fonctions, doit aussi rencontrer les groupes environnementaux, il s’est néanmoins montré particulièrement ouvert aux lobbys de l’industrie pétrolière, gazière et minière tandis qu’il a traité les premiers de «radicaux»…

Le 22 novembre dernier, Canoë rapportait d’ailleurs que le ministre Oliver, de passage à Montréal pour une conférence, désirait aussi rencontrer privément M.Bouchard – président de l’Association pétrolière et gazière du Québec.

Le lendemain, on rapportait que Mme Marois, au Conseil de la fédération, s’était également montrée ouverte à étudier le projet controversé de la société Enbridge d’inverser le flux de son pipeline entre Montréal et Sarnia pour faire transiger ici du pétrole des sables bitumineux. Une ouverture intéressante pour cette industrie.

Le point de bascule?

Ce jeudi, un chef de l’Assemblée des Premières Nations présentait le contexte actuel comme un «point de bascule» quant à la relation entre les Autochtones et le gouvernement. Les questions environnementales et territoriales étant indissociables de la dérèglementation majeure à laquelle se livrent les conservateurs pour accélérer et faciliter l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles par l’industrie privée, canadienne ou étrangère.

Le rapport d’évaluation sur la gestion d’Attawapiskat coulé aux médias à un moment franchement fort opportun pour le gouvernement soulève sûrement des questions pertinentes sur la gestion de cette communauté et sur l’inaction corollaire du ministère responsable, mais ce que le mouvement Idle No More pointe est nettement plus large et plus déterminant pour l’avenir. Y compris celui des Canadiens et des Québécois.

Quand le sage pointe la lune, l’idiot ne regarde-t-il pas le doigt?

En effet, si la gestion des fonds publics par les chefs autochtones est certes un sujet aussi pertinent que celle qu’en font nos propres gouvernements, ce que pointe Idle No More est ailleurs.

Il parle des questions fondamentales que sont l’exploitation des ressources naturelles, la protection de l’environnement et l’importance d’assurer un partage nettement plus équitable des profits pour les populations et les services publics.

Elle est là, la «lune» que ce mouvement nous pointe. À tous.

De fait, dans cette filière, si on retrouve en Amérique du Nord plusieurs groupes environnementaux, on y trouve aussi plusieurs groupes et activistes autochtones. Il arrive même qu’ils y travaillent ensemble!

On les trouve, autochtones et non-autochtones, s’exprimant sur plusieurs projets dont les impacts potentiellement négatifs sur l’environnement inquiètent. Ici et ailleurs sur le continent.

Le projet d’inversion de son pipeline par Enbridge inquiète au Canada. Aux États-Unis, on parle du pipeline Keystone XL.

On rapporte même que Lisa Jackson, la patronne de l’Agence américaine de protection de l’Environnement, aurait démissionné récemment pour «protester contre la décision du président (Obama) de donner son accord au projet Keystone XL, qui permettra de transporter du pétrole brut (des sables bitumineux) sur une distance de plus de 2700 kilomètres, de l’Alberta jusqu’aux raffineries du Texas. Cette autorisation présidentielle est la dernière étape à franchir avant de lancer la construction de cette autoroute de l’énergie fossile. Elle devrait être officialisée en mars ou en avril prochain».

Au Canada, les sables bitumineux en inquiètent également plusieurs. C’est connu. D’autant que le gouvernement fédéral y est des plus favorables.

Le projet d’Enbridge fait quant à lui définitivement partie de ce qui en inquiète plusieurs. Clayton Thomas-Muller, un Cri du Manitoba, est d’ailleurs cité dans The Guardian pour sa campagne demandant la «séparation du pétrole et de l’État»… Une référence ironique à la formule classique sur la «séparation de l’Église et de l’État»…

Une mobilisation s’annoncerait aussi pour la fin janvier en Nouvelle-Angleterre contre ce projet transfrontalier du pipeline Keystone XL.

Un autre dossier «chaud» de la filière des ressources naturelles cette année pourrait aussi toucher les projets de mines à ciel ouvertes proposé par une compagnie de la filière chinoise dans le Corridor Izok de la partie arctique du Canada et du Nunavut.

Qu’en décidera le gouvernement Harper? À suivre. Encore…

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Ce qu’il en restera

Bref, que la rencontre de ce vendredi entre Stephen Harper et les chefs autochtones ait lieu ou non, qu’elle donne ou non quelque chose sur la question des traités ancestraux, il restera encore un mouvement qui ne semble pas vouloir reculer. Un mouvement qui, pour le moment, gagne encore de nouveaux appuis.

Les manifestations se multiplient d’ailleurs.

Au-delà des jeux politiques, du combat pour l’opinion publique auquel se livrent le gouvernement fédéral et l’Assemblée des Premières Nations, les désaccords entre les chefs eux-mêmes et au-delà d’un Stephen Harper dont le modus operandi habituel est de diviser, toujours, pour régner plus longtemps, il restera un mouvement.

Il restera Idle No More – un mouvement issu de la société civile autochtone. Un mouvement qui, de surcroît,  interpelle aussi les non-autochtones sur une triple problématique cruciale : l’exploitation des ressources naturelles par des intérêts privés, la protection de l’environnement et le partage déficient des profits entre les industries et le trésor public.

Pour ce faire, Idle No More continuera de tenter de construire un rapport de force avec le gouvernement conservateur, mais aussi face aux lobbys gaziers, pétroliers et miniers, lesquels ont définitivement l’oreille de plusieurs gouvernements dont, en tout premier lieu, celui de Stephen Harper.

La question n’est donc pas de stopper l’exploitation de certaines ressources, mais de le faire de manière responsable pour l’environnement et financièrement équitable pour les populations. Et de ne pas le faire lorsque ces deux conditions sont absentes.

Idle No More défend cette position pour les Autochtones. D’autres Canadiens et Québécois, regroupés ou non, le font aussi pour leurs populations. Le problème étant qu’une partie substantielle de leurs classes politiques, quant à elles, semblent prises par des considérations et des influences fort différentes.

Bref, les autochtones ne sont pas seuls à ne pouvoir compter nécessairement sur leurs élites politiques pour opérer des arbitrages éclairés sur ces questions avec le bien commun et la rigueur scientifique comme premiers critères de décision…

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À lire aussi : ce texte fort éclairant d’Alexandra Parent sur la Loi sur les indiens et ses ramifications politiques actuelles.