Politique

Des économies de bouts de chandelle

Quand on coupe, on coupe...

Refuser d’apprendre de ses erreurs passées est un grand classique en politique. Tous régimes et partis confondus.

L’économie globale du premier budget du gouvernement Marois, dont certaines compressions prévues commencent à peine à être dénoncées publiquement, en est l’illustration fidèle.

En 1996, le nouveau premier ministre péquiste Lucien Bouchard, obsédé par l’atteinte rapide du déficit-zéro sans égard aux conséquences à moyen et long termes pour les services publics, leur passait la tronçonneuse comme si sa vie en dépendait. En santé et en éducation, même dix-sept ans plus tard, les effets délétères de ces coupes à l’aveugle se font d’ailleurs encore sentir.

Au point où en octobre 2004, François Legault – le chef caquiste était alors ministre du PQ -, en faisait lui-même le constat.

Dans son pamphlet intitulé «Le courage de changer. Un projet de pays pour le Québec», M. Legault reconnaissait que les compressions en santé avaient été des «erreurs que nous devons pleinement assumer».

L’obsession du déficit-zéro était telle que les grandes coupes à l’horizontal n’avaient pas suffi au gouvernement Bouchard. Il procéda  également à des compressions plus petites – de véritables économies de bouts de chandelle -, dont les objectifs semblaient inexplicables, mais dont les effets négatifs à plus long terme seraient réels.

Ces bouts de chandelle incluaient même la fermeture de plusieurs délégations générales du Québec. Pour sauver quelques millions de dollars à peine, cette décision affaiblirait inutilement le réseau international du Québec construit pourtant avec détermination depuis la Révolution tranquille.

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De retour au pouvoir depuis septembre, avec son premier budget déposé en novembre dernier, le gouvernement Marois choisissait d’épouser la décision du gouvernement Charest d’atteindre à tout prix l’équilibre budgétaire dès 2013-2014 alors qu’il aurait également pu choisir d’attendre un an ou deux.

Minoritaire, le gouvernement semble aussi viser d’arriver à la prochaine élection générale avec son déficit-zéro sous le bras, comme si c’était le Saint-Graal prouvant que le PQ peut gérer les finances publiques de manière à satisfaire les agences de notation. Or, les agences de notation n’ont pourtant aucune légitimité démocratique…

Et donc, quête du déficit-zéro à la main, la même tentation revient aussi d’y arriver, entre autres, avec des économies de bouts de  chandelles aux impacts négatifs possibles inversement proportionnels pour les personnes et les groupes touchés.

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Un de ces bouts de chandelle fait la manchette. On parle ici de compressions de dix millions de dollars imposés au Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS). Soit une perte de 13% de son budget annuel.

Même si le ministre de la Santé, Réjean Hébert, est obligé de reconnaître que cette perte aura des impacts «à long terme sur la santé des gens», il ajoute en même temps qu’il trouve que les chercheurs dramatisent un peu…

Résultat : les centres de recherche du Québec sont déjà mobilisés et lancent une campagne coup-de-poing dénonçant cette compression en termes clairs et concrets.

Entre autres impacts,  le Dr Jacques Turgeon, directeur de la recherche au CHUM, déclarait à La Presse, qu’«avec des coupes pareilles, on sera incapable de maintenir les plateformes de travail dans nos laboratoires. (…) Les travaux de nos chercheurs permettent des percées en pharmacogénétique, de dépister de façon précoce le diabète ou l’hypertension, et ce ne sont que des exemples.»

Même chose, entre autres, en oncologie où pourrait écoper le recherche sur certains traitements expérimentaux.

Cette campagne de sensibilisation baptisée «Je suis Michèle» braque entre autre  les projecteurs sur le cas d’une femme de 52 ans est atteinte d’un cancer de l’ovaire – un des plus meurtiers pour les femmes -, laquelle compte sur la recherche fondamentale comme «dernier espoir».

Un bien drôle de message

Dans le cas de la recherche fondamentale, cette compression envoie  un bien drôle de message dans la mesure où la première ministre Marois a choisi de donner la responsabilité de la recherche,de la science et de la technologie au nouveau ministère de l’Enseignement supérieur pour mieux l’inscrire dans une perspective plus axée sur le savoir que sur la stricte économie.

En octobre, le ministre responsable, Pierre Duchesne, l’expliquait fort bien:

Il y a là un message que notre gouvernement porte avec fierté. Un message qui concerne la valorisation du savoir au sein de la société, parce qu’aujourd’hui, ce sont les pays qui valorisent le savoir qui se développent le mieux.

Notons toutefois que ce discours, le ministre le prononçait sans savoir que le premier budget Marois et son cahier des crédits indiqueraient quant à eux, une autre direction…

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En 2013, les compressions prévues par le budget placeront le gouvernement Marois sur la défensive. Et ce n’est qu’un début. Et donc, jeudi, en fin de journée, le ministre Duchesne réagissait à la campagne des chercheurs.

Disant «comprendre l’inquiétude des chercheurs», il ajoutait néanmoins trouver «un peu particulier» ce qu’il considère comme étant l’utilisation «des gens qui sont dans des positons vulnérables, des gens malades».

«Il y a des gens qui font un débat politique pour avoir plus d’argent, je peux le comprendre», affirmait-il. «Mais soyons prudents pour ne pas instrumentaliser la détresse de certaines personnes, des gens qui sont souvent dans une situation de vulnérabilité».

Est-ce vraiment là, le genre de propos aptes à calmer le jeu?

Quant au ministre Hébert, il demande aux chercheurs d’être patients, disant que le gouvernement présenterait plus tard cette année une «nouvelle politique nationale sur la recherche».

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Or, il reste qu’avec de telles économies de bouts de chandelle, mais dont les impacts négatifs à long terme risquent d’être importants, le gouvernement Marois retombe dans les mêmes travers que ceux de 1996 en visant, encore une fois, un équilibre budgétaire trop rapide.

Bref, il répète la même erreur au lieu d’en tirer la leçon.

Et ce ne sont pas les économies de bouts de chandelle qui manquent à l’appel de ce premier budget, incluant pour des populations particulièrement vulnérables. Ex: le logement social, pourtant déjà faiblard, écope néanmoins de compressions.

Même le transport adapté – un service essentiel pour les personnes handicapées intellectuelles et/ou physiques -, sera coupé de 12 millions de dollars, soit pour 14% de son budget…