Politique

Le témoignage de Lise Thibault en citations

Dès le départ, on savait que le procès de Lise Thibault ne serait pas ordinaire… mais on ne savait pas jusqu’à quel point ! dit le blogueur Mathieu Charlebois, qui recense (et commente) ici quelques-unes des déclarations de l’ex-lieutenante-gouverneure.

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Photo : Clément Allard / La Presse Canadienne

Dès le départ, on savait que le procès de Lise Thibault ne serait pas ordinaire.
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On se souviendra que, pour éviter son procès, l’ex-lieutenante-gouverneure avait d’abord demandé d’obtenir l’immunité royale absolue, suivant le principe The Queen can do no wrong («la reine ne peut mal agir», une idée contredite par à peu près tous les chapeaux portés par la souveraine depuis 50 ans).

On savait que ce ne serait pas ordinaire, donc, mais on ne savait pas à quel point ! Les moments d’anthologie du témoignage de Mme Thibault, la semaine dernière, étaient si nombreux que les différents médias ne rapportaient pas tous les mêmes.

En attendant son retour à la barre, voici nos déclarations favorites.

La déclaration :

«On m’a dit : “Ne vous demandez jamais ce que vous devez faire, demandez-vous plutôt ce que la reine ferait.” Ç’a été ma ligne de conduite à partir de ce moment-là.»

(La Presse)

Le résultat surprenant :

Lise Thibault n’a pas passé les dix années de son mandat à faire tata de la main en portant des chapeaux. Parce que, personnellement, quand je me demande «Que ferait la reine ?», c’est généralement la seule chose qui me vienne en tête.

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La déclaration :

«On arrêtait assez souvent au Tim Hortons, parce que c’était le seul endroit où les toilettes étaient propres et adaptées aux personnes avec des limitations. Le citoyen qui venait me donner la main à ce moment-là, il ne donnait pas la main à un client ordinaire du Tim Hortons, mais au lieutenant-gouverneur. C’était donc officiel.»

(Journal de Québec)

Ce que ça implique :

La lieutenante-gouverneure du Québec allait serrer des mains dans les toilettes du Tim Hortons. On se demande si la reine aurait vraiment fait ça.

La déclaration :

Un salaire de 100 000 dollars [auquel s’ajoutait une allocation provinciale de 4 800 dollars par mois et une subvention fédérale annuelle de près de 140 000 dollars] par an est vite dépensé, a-t-elle argué : «Enlevez les vêtements, le chauffage, etc., il te reste juste de quoi manger tes rôties le matin.»

(La Presse)

La référence boulangère et royale qu’on pourrait lui renvoyer :

La lieutenante-gouverneure est trop pauvre pour manger du pain? Qu’elle mange de la brioche !

Rappelons qu’au Québec, un employé à temps plein payé au salaire minimum empoche 21 000 dollars par année, à peine de quoi payer la petite attache en plastique qui tient le sac de pain fermé.

 

La déclaration :

«Jamais, jamais, jamais je n’ai touché à une facture.»

(La Presse)

Ce que ça nous rappelle :

«Je n’ai jamais touché à une facture, on ne m’en a jamais offert, jamais prescrit, je n’en ai même jamais vu…»

 

La déclaration :

Lise Thibault a aussi insisté sur le fait que des citoyens étaient parfois honorés de lui serrer la main. Elle a donné l’exemple d’un de ses passages à la Maison Michel-Sarrazin, qui vient en aide aux cancéreux en phase terminale. Certains malades lui auraient dit qu’il s’agissait du plus beau moment de leur vie.

(Radio-Canada)

Le triste constat :

Certaines personnes vivent des vies si malheureuses que rencontrer la lieutenante-gouverneure Lise Thibault en constitue le pinacle. Pensez à ça aujourd’hui. Embrassez vos enfants. Dites-leur que vous les aimez. Appréciez ce que vous avez. Carpe diem.

 

La déclaration :

«À 8 h du matin, je devais avoir lu trois journaux ; pas comme le citoyen ordinaire lit le journal, mais comme un chef d’État lit le journal.»

(Radio-Canada)

La suite qu’on s’imagine :

Elle prenait ensuite un café comme un chef d’État, faisait son pipi du matin comme un chef d’État, niaisait sur Facebook comme un chef d’État, mangeait un bol de céréales comme un chef d’État…

 

La déclaration :

«Je devais avoir un trousseau de débutante, incluant toute la garde-robe et la lingerie nécessaire. Un jour, dans une réception, je me suis aperçue que je portais la même robe qu’une autre dame… », a-t-elle dit en ajoutant que c’était inconcevable qu’une chose pareille se produise.

(Journal de Québec)

Ce qu’on se demande :

Était-elle lieutenante-gouverneure, ou alors ce personnage dans un film pour ados qui pique une crise à son bal de finissants parce qu’une autre fille porte la même robe qu’elle ?

 

Et puisqu’on parle de vêtements, voici cinq (5 !) citations «bonus» sur le sujet : 

Une garde-robe de fonction — elle se changeait souvent trois ou quatre fois par jour — et de nombreux déplacements rendaient les finances extrêmement serrées, plaide la septuagénaire. (La Presse)

«Lorsque l’on est un citoyen ordinaire, on attend que les vêtements soient en solde, mais moi je ne pouvais pas, je n’avais pas le temps.» (Journal de Québec)

«[Après mon mandat,] je me suis retrouvée démunie, avec une petite retraite (annuelle) de 30 000 dollars, avec des dettes, une garde-robe remplie de vêtements.» (La Presse)

[…] Elle a répondu en indiquant que la garde-robe des hommes coûtait beaucoup moins cher, sur 10 ans, «18 complets, quatre ou cinq douzaines de paires de chaussettes et bobettes», etc. «Essayez de voir ce que cela représente pour une femme, a-t-elle lâché. Il faut bien arriver quelque part. Je n’imprime pas d’argent.» (Le Devoir)

«C’était incroyable le temps que ça prenait de faire les changements de saison.» (La Presse)

Lieutenant-gouverneur, un rôle d’apparat essentiellement esthétique ? Allons donc !

 

La déclaration :

«Quand mon successeur a été nommé, je lui ai parlé pendant deux heures et je l’ai reçu à dîner avec sa conjointe. Il a eu le genre de formation que j’aurais aimé avoir.»

(Journal de Québec)

Nos remerciements :

Transmettre vos petits trucs du métier à votre successeur ? Madame Thibault, ce n’était pas nécessaire. Non. Vraiment. (On n’est pas sorti du bois…)

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et collabore au webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.