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Couverture médiatique des élections de mi-mandat aux États-Unis : quelle couverture ?

Contrairement aux élections présidentielles américaines, les élections de mi-mandat sont très peu couvertes par les médias nationaux. Plusieurs raisons expliquent cette tendance…

Mitt Romney Campaigns With Pat Roberts In KS Ahead Of Midterm Elections
Élections de mi-mandat au Kansas – Photo : Getty Images

Contrairement aux élections présidentielles américaines, les élections de mi-mandat sont très peu couvertes par les médias nationaux… et lorsqu’elles le sont, c’est habituellement pour les présenter comme un référendum sur le président — ou encore, pour mettre de l’avant les courses les plus serrées pour la Chambre des représentants, mais surtout pour le Sénat.
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La raison de ce manque d’intérêt est fort simple : à cause du nombre très élevé d’élections (cette année, les 435 sièges de la Chambre et le tiers des sièges du Sénat sont en jeu, en plus de 36 sièges de gouverneurs), il y a tout simplement trop d’enjeux, de personnes et de particularités à couvrir. Il est donc difficile pour les médias nationaux de trouver une trame narrative intéressante pour leurs lecteurs ou leurs auditeurs.

De plus, le taux de réélection des représentants et des sénateurs est très élevé : 90 % des candidats sortants sont généralement réélus.

Cela signifie que les élections de mi-mandat ne promettent que peu de suspense et de surprises. Celles-ci surviennent surtout lors des primaires : la défaite inattendue d’Eric Cantor, en Virginie, en a été une de taille, cette année.

Il faut également souligner que les campagnes électorales des candidats durant les élections de mi-mandat sont souvent indépendantes des partis politiques et des leaders nationaux. Les représentants, notamment, votent selon les désirs de leurs électeurs, puisqu’il n’existe pas de discipline de parti formelle.

Ainsi, à moins d’être un candidat connu au niveau national ou pressenti pour occuper des fonctions importantes au Congrès, les médias nationaux sont peu intéressés par les élections législatives, sinon pour spéculer sur le nombre de sièges perdus par le parti du président.

Il faut dire que les électeurs eux-mêmes participent peu à ces élections, ce qui est l’un des facteurs explicatifs du désintérêt des médias.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de couverture médiatique des élections de mi-mandat, mais simplement qu’elle se déroule au niveau local plutôt qu’au niveau national. Les journaux sont particulièrement importants à cet égard, puisqu’ils diffusent les communiqués de presse des candidats et parlent des activités communautaires de ceux-ci.

Il n’est donc pas surprenant que les candidats sortants soient souvent réélus : les candidats qui sont perçus comme étant actifs dans leur communauté ont beaucoup plus de chance d’être élus, même par des gens qui ne sont pas du même parti politique.

Publicité négative : it’s back

Mais si de nombreuses différences existent dans la couverture médiatique des élections présidentielles et des élections de mi-mandat, un élément central leur est commun : le recours à la publicité électorale, surtout négative.

Si la publicité électorale négative télévisée existe depuis plus d’une soixantaine d’années, les candidats l’utilisent de plus en plus intensivement depuis les trois dernières décennies afin de remettre en doute la crédibilité de leur opposant.

Bien qu’elle soit traditionnellement associée aux élections présidentielles, ce type de publicité est aussi fréquemment utilise lors des élections de mi-mandat et lors des élections municipales. Ce fut d’ailleurs le cas à l’automne 2013, lorsque Joe Lhota, le candidat républicain à la mairie de New York, décida de recourir à la publicité négative afin de discréditer son adversaire démocrate, Bill de Blasio.

Au moment des élections de mi-mandat, la publicité électorale (positive et négative) a une plus grande importance qu’à l’occasion des élections présidentielles, car la couverture médiatique de ce type d’élections est moins substantielle, voire absente par moments.

En raison de ce vide, la publicité électorale occupe un espace plus substantiel dans les médias américains et, ainsi, possèderait une influence plus grande lorsque arrivent les élections de mi-mandat.

Malgré le fait qu’elle soit analogue à celle utilisée lors des élections présidentielles, la publicité négative diffusée lors des élections de mi-mandat évolue dans un contexte électoral spécifique, marqué par le manque de visibilité dans les médias américains.

Les effets réels de la publicité négative sont toutefois difficile à cerner, car il est possible d’observer des effets tant positifs que négatifs sur les candidats et le système politique américain dans son ensemble.

Ainsi, en fonction du moment de sa diffusion et de la virulence des attaques qu’elle contient, la publicité négative peut tout autant contribuer à la baisse du taux de participation qu’à sa hausse.

En fonction du contexte et de la manière dont elle est utilisée, la publicité négative peut également s’avérer dommageable pour les candidats qui l’emploient — telle une épée à double tranchant —, ce que l’on surnomme «l’effet boomerang» de la publicité négative : après la vingtième diffusion, une publicité négative peut se retourner contre le candidat qui la diffuse, même si elle est généralement plus informative que la publicité positive.

Force est de constater que la publicité négative joue un rôle de premier plan pour les candidats, tant aux élections présidentielles qu’aux élections de mi-mandat, puisqu’il est admis qu’elle fonctionne.

Malheureusement, la ligne est mince entre une publicité qui vise à discréditer les positions d’un adversaire et la diffusion de propos mensongers ou fallacieux — une ligne qui est trop souvent franchie par les candidats et qui contribue sans aucun doute à la désaffection des citoyens pour les élections de mi-mandat.

Karine Prémont est professeur de science politique (@USherbrooke) et chercheure associée à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand (@RDandurand). Charles-Antoine Millette est doctorant en science politique (@UQAM
) et chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

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À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte une trentaine de chercheurs en résidence et plus de 100 chercheurs associés issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.