Politique

«L’école privée encadre davantage ses élèves et les fait travailler fort»

La Fédération des établissements d’enseignement privés répond au Dr Alain Vadeboncoeur.

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Photo: Godong/Getty Images

PolitiqueMonsieur Vadeboncœur,

La Fédération des établissements d’enseignement privés partage entièrement votre opinion voulant qu’il faille se garder de tirer des conclusions rapides en regardant les résultats aux tests de français du MELS. La Fédération s’oppose à tout type de palmarès ou de classement qui visent à comparer une école avec une autre, alors que chacune doit composer avec des élèves différents dans des milieux différents.

Par ailleurs, dans votre texte, vous énoncez l’hypothèse que les écoles privées sélectionnent peut-être davantage qu’avant, ce qui expliquerait l’écart qui se creuse entre le privé et le public. Ce n’est pas le cas. Avec la baisse démographique au Québec et l’arrivée d’écoles spécialisées dans le réseau public, il y a de moins en moins d’écoles privées qui sélectionnent leurs élèves, pour la simple raison que la vaste majorité des écoles privées ont suffisamment de places pour accueillir les élèves qui font une demande d’admission. La plupart des écoles privées font désormais des tests de classement plutôt que des tests de sélection.

Afin de répondre aux demandes des familles, un nombre croissant d’écoles privées offrent maintenant des programmes ou des séries de mesures particulières afin d’accompagner les élèves en difficulté. Par exemple, un bon nombre d’écoles secondaires privées offrent maintenant des programmes avec appui pédagogique. Les groupes d’élèves sont moins nombreux et ils ont du soutien orthopédagogique en classe. Au cours des dernières années, la Fédération des établissements d’enseignement privés a offert des dizaines de journées de formation aux cadres et aux enseignants pour les outiller afin de bien accompagner ces élèves.

Les résultats aux examens de français du MELS démontrent que l’école privée relève avec brio le défi d’amener à la réussite des groupes d’élèves de plus en plus hétérogènes. Il y a là une belle occasion de se réjouir.

Par ailleurs, on ne peut passer sous silence le fait que, de façon générale, l’école privée encadre davantage ses élèves et les fait travailler fort, notamment en français. Il y a peut-être là un élément à considérer en regardant les résultats aux examens du MELS. La maîtrise de la langue française demande des efforts soutenus pendant plusieurs années, il n’y a pas de recette magique ou de raccourci. Se pourrait-il que les écoles qui font travailler davantage leurs élèves pour amener chacun à développer son plein potentiel réussissent mieux que les autres ?

Plutôt que de se lancer dans un débat public-privé, il y aurait peut-être lieu de favoriser les échanges dans le monde de l’éducation afin que les initiatives gagnantes pour amener tous les élèves à la réussite soient partagées et que tous les élèves québécois puissent en bénéficier.

Jean-Marc St-Jacques est président de la Fédération des établissements d’enseignement privés et directeur général du collège Bourget.

* * *

Réponse du Dr Alain Vadeboncœur

Monsieur St-Jacques,

Je vous remercie pour cette réponse intéressante. Néanmoins, elle soulève un certain nombre de points qu’il m’apparaît important d’éclairer. Comme vous vous y connaissez beaucoup mieux que moi en ce domaine, j’imagine que vous pourrez apporter des éléments de réponse précis.

D’abord, je dois vous féliciter de ne pas appuyer le concept de «palmarès». Comme vos écoles sont fréquemment en haut de ces systèmes de «classement», c’est tout à votre honneur d’en refuser le principe. J’imagine que vous devez protester quand ils sont publiés. Par ailleurs, comme mes enfants ont fréquenté les deux types d’écoles, je dois souligner qu’à une seule exception, l’expérience avec l’école privée s’est bien passée. Mais là n’est pas le sujet du débat. J’ai encore une fille en secondaire 5 au privé, et cela se passe très bien.

Il est vrai que je tire l’essentiel de mon argumentaire de mon expérience, ainsi que de ce que je connais de la Montérégie et de Montréal. Vous me dites que les écoles privées sélectionnent de moins en moins. J’imagine que vous pourriez appuyer cette affirmation (contrairement à moi) par des chiffres validés, pour éclairer les gens.

En clair, il serait d’intéressant d’avoir — pour, disons, 2003 et 2013 — une comparaison honnête, incluant :

– Le nombre de collèges privés qui sélectionnent les élèves et ceux qui n’en sélectionnent pas ;
– Le nombre d’élèves sollicitant l’admission et le nombre de ceux qui sont admis (2003 et 2013) ;
– Le nombre d’élèves qui sont exclus en cours de programme des écoles privées (idem) ;
– La proportion des élèves avec difficultés d’apprentissage, et leur gravité (idem).

Cela pourrait donner une idée plus juste de ce qui se passe réellement sur le terrain.

Qu’un «nombre croissant d’écoles privées offrent maintenant des programmes ou des séries de mesures particulières afin d’accompagner les élèves en difficulté» me semble une affirmation qui pourrait être bonifiée. Savoir quelle est la proportion des collèges qui offrent de tels programmes (comparaison 2003 et 2013) permettrait de se faire une idée juste, notamment quant au nombre de professionnels impliqués.

Par ailleurs, vous mentionnez que les groupes d’élèves sont moins nombreux. A ma connaissance, les conditions salariales étant similaires pour les professeurs au privé et au public, j’imagine que vous y arrivez parce que vous disposez d’un budget supérieur à celui des écoles publiques pour améliorer le ratio élèves-professeurs ?

Vous mentionnez que les élèves sont mieux «encadrés» dans l’école privée. C’est une affirmation souvent répétée, mais elle ne correspond pas à mon expérience.

Bien entendu, il semble y avoir moins de débordement dans les écoles privées. C’est très bien, cela favorise l’étude. Mais il est fort probable que la première raison soit que les élèves… ont moins de problèmes de comportement. D’ailleurs, si je ne m’abuse, les élèves avec troubles de comportement sont plus facilement référés à l’école publique, non ? Mais peut-être que je me trompe.

Toutefois, cela me surprendrait beaucoup que l’école privée ait, en soi, plus d’expertise et d’expérience en encadrement, qui est par définition l’idée de placer un cadre autour d’un sujet à encadrer. Je ne vois pas vraiment comment elle aurait acquis cette expertise, qui m’apparaît au contraire fort présente dans l’école publique.

Quand vous dites que les écoles privées font travailler davantage leurs élèves, que voulez-vous dire ? Plus d’heures ? Pourtant, les horaires sont similaires, non ? Des professeurs plus qualifiés ? Pourtant, les formations sont les mêmes, non ? Des méthodes différentes ? Pourtant, les programmes sont les mêmes, non ? Alors, je serais curieux de voir comment se réalise concrètement ce qui, en soi, est sûrement une bonne idée.

Enfin, il y aurait beaucoup d’autres questions à soulever. Par exemple : les milieux d’où viennent les enfants qui vont au privé sont-ils similaires ? J’en doute. Le niveau académique des parents des enfants qui vont au privé est-il le même ? J’en doute. Les moyens matériels des écoles privées sont-il les mêmes ? J’en doute aussi.

Finalement, je serais surpris que magiquement, par leur simple vertu, les écoles privées fassent que les élèves performent mieux. C’est probablement une combinaison de sélection, d’économique, d’implication des parents, bref, de beaucoup de facteurs qui différencient les élèves des deux types de milieu.

Renversons la discussion : prenez les élèves d’une bonne école privée. Donnez-leur les mêmes parents, ainsi que les mêmes ressources financières. Donnez à l’école publique les mêmes moyens, et regardons ce qui va se passer.

Qu’en pensez-vous ?

Merci de participer à un débat somme toute fort intéressant. Au plaisir, et sans rancune. Comme je vous l’ai dit, ma fille va dans une bonne école et je n’ai rien à redire contre ce qui s’y fait.

Alain Vadeboncœur