Politique

La politique de la galette de riz

Comment Pierre Karl Péladeau s’est-il hissé au sommet ? En jouant la politique de la galette de riz, quelque chose qui, sans pour autant avoir de goût, a l’apparence de la nourriture, explique Mathieu Charlebois.

Pierre Karl Peladeau
Photo : Mario Beauregard/La Presse Canadienne

Pierre Karl Péladeau a l’intention, nous dit-on, de présenter ses trois grandes priorités au cours des prochains jours. (Priorités qui, non, ne sont pas de mettre à jour sa page Facebook, de se prendre en photo avec sa famille pour sa page Facebook et de faire le tour des salles de spectacles pour assurer l’avenir de la langue française un «En français SVP !» à la fois.)
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Si je me réjouis qu’il étoffe finalement son discours, je ne peux m’empêcher de me demander : «Mais pourquoi ?»

Après tout, jusqu’à maintenant, sa campagne va bien. Elle se passe même très bien d’idées et de propositions concrètes.

«PKP perd des plumes», titrait Le Devoir samedi dernier. Pauvre PKP. Lui qui pouvait compter sur 68 % des intentions de vote (ou était-ce 168 % ?), le voici en chute libre, avec un maigre 63 %. Dans son rétroviseur, il voit Martine Ouellet et ses 10 % qui arrivent derrière lui, à pleine vapeur. (Ah. Non, ce n’était qu’une tache dans le miroir, désolé.)

Quatre galettes de riz ? C’est un véritable programme politique !

Et comment PKP s’est-il hissé ainsi au sommet ? En jouant la politique de la galette de riz.

Une galette de riz, pour ceux qui ont la chance de n’en avoir jamais mangé, c’est la forme que prendrait l’air s’il voulait devenir comestible.

Sans pour autant avoir de goût, ça a l’apparence de la nourriture. On peut la croquer, la mâcher, l’avaler, et notre cerveau se convainc même qu’il vient de manger quelque chose. Or, il n’en est rien, et la faim nous reprend quelques minutes plus tard.

Semblablement, la politique de la galette de riz soufflé, c’est la capacité de parler, d’aligner des mots, d’avoir l’air d’énoncer de grandes idées — alors qu’au fond, il n’en est rien.

Justin Trudeau est devenu un maître de la galette de riz, et ça lui sert bien. Essayez d’être en désaccord avec ce tweet, par exemple :

Contrairement à ces moments où nous ne travaillons pas ensemble et ne résolvons aucun problème qui importe aux Canadiens. Logique.
Contrairement à ces moments où nous ne travaillons pas ensemble et ne résolvons aucun problème qui importe aux Canadiens. Logique.

L’absence totale de goût distinctif blinde la galette de riz contre la critique. Personne ne peut être en désaccord avec la galette de riz politique, et c’est là sa force.

Bernard Drainville se simplifierait grandement la vie s’il se contentait d’être simplement «pour la laïcité de l’État». En général, sans plan précis. Même Philippe Couillard serait capable d’être d’accord avec lui, probablement après deux semaines de réflexion.

S’il y a quelque chose que les succès de Justin Trudeau et de Pierre Karl Péladeau nous apprennent, c’est que les gens, contrairement à la nature, n’ont pas horreur du vide. C’est même plutôt quand on commence à émettre des idées concrètes que les problèmes commencent.

Maintenant qu’il semble vouloir quitter la galette de riz, que fera PKP ? Peut-être pourrait-il s’en tirer en faisant un «des pâtes».

Quoi ? Vous ne connaissez pas le truc du «des pâtes» ? C’est fou, à vous voir, on dirait que j’invente ces choses à mesure…

Le «des pâtes» est une technique qui consiste à énoncer une véritable idée, mais à ne pas préciser ce qu’on veut faire exactement. On se trouve alors comme devant un cuisinier qui répondrait «des pâtes» quand on lui demande ce qu’il y a au menu. Ne reste alors qu’à commander, en se croisant les doigts de ne pas recevoir un Kraft Dinner.

[Merci à Patrice Viau pour le tweet de Justin Trudeau.]

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. On peut aussi l’entendre faire des chroniques à La soirée est encore jeune, lire ses anticritiques culinaires sur le blogue Vas-tu finir ton assiette ? et le suivre sur Twitter :@OursMathieu.