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Deux clés pour déverrouiller le dossier Keystone XL

La saga Keystone XL ne connaîtra pas son dénouement dans les prochains jours. Il n’en demeure pas moins que deux éléments majeurs pourraient faire pencher la balance en faveur du projet d’oléoduc.

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Les républicains au Sénat devraient tenter, d’ici la fin de cette semaine (possiblement le mercredi 4 mars), de renverser le veto apposé le 24 février dernier par le président Obama contre une loi destinée à autoriser la construction de l’oléoduc Keystone XL.
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Surmonter un veto présidentiel requiert néanmoins un vote à la majorité des deux tiers par les deux chambres du Congrès (le Sénat et la Chambre des représentants).

Étant donné les forces en présence, il est peu probable que cette manœuvre fonctionne.

Même si Warren Buffet a fait part de son appui au projet, la saga Keystone XL ne connaîtra donc pas son dénouement dans les prochains jours. Il n’en demeure pas moins que deux éléments majeurs pourraient faire pencher la balance en faveur de ce projet.

L’importance de la crédibilité du Canada sur les questions environnementales

Premièrement, les négociateurs américains sur les questions climatiques ont laissé entendre à leurs homologues canadiens que les efforts du Canada dans la lutte contre les émissions de gaz carbonique pourraient avoir un effet significatif sur la décision du président Obama.

Au-delà du débat sur les retombées économiques du projet (notamment en matière de création d’emplois), Keystone XL est en effet devenu, aux États-Unis, un symbole de la cohérence ou non de l’administration Obama dans sa détermination à lutter contre les changements climatiques.

Or, Barack Obama a fait de cette lutte un enjeu majeur de son second mandat, et il entend en faire une pièce maîtresse de son héritage présidentiel.

Au cours des derniers mois, son administration est ainsi parvenue à nouer des accords ambitieux avec des acteurs clés dans ce dossier — la Chine et l’Inde —, dont l’implication est cruciale pour le succès de la conférence de Paris de décembre 2015.

Dès lors, si le gouvernement canadien espère que le président Obama donne son feu vert à la réalisation de Keystone XL, il serait bien avisé de faire un effort soutenu, concret et crédible en matière de politique environnementale.

Les risques du transport ferroviaire

Deuxièmement, l’augmentation de la production de pétrole au cours des dernières années s’est traduite par une croissance spectaculaire de son transport par train à travers l’Amérique du Nord.

Source: Brookings analysis of EIA data

Les risques liés à ce mode de transport sont colossaux, comme l’a cruellement illustré la tragédie de Lac-Mégantic, en juillet 2013. Alors qu’à peine 291 millions de barils ont été transportés par rail en 2013 (contre 8,3 milliards par oléoduc), le taux d’accidents par milliard de barils est de 10 à 20 fois plus élevé par train que par oléoduc.

Un oléoduc n’est certes pas une infrastructure d’une sécurité absolue. Les risques n’en demeurent plus constants, et donc gérables, que pour le transport ferroviaire.

Par ailleurs, l’oléoduc est économiquement plus intéressant, puisqu’il en coûte entre 8 et 10 dollars de moins le baril que pour le train.

Il est encore aujourd’hui très périlleux de prédire quelle sera la décision de l’administration Obama quant à Keystone XL, et quand elle sera prise. Le département d’État est toujours en train d’analyser l’intérêt économique, stratégique, et environnemental du projet ; le tracé peut encore faire l’objet de recours juridiques dans les États traversés ; les signaux envoyés par le président Obama ne permettent pas vraiment de déceler dans quel sens penche sa réflexion.

Il revient donc essentiellement au gouvernement canadien de bien faire ses devoirs pour espérer une bonne nouvelle.

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À propos de l’auteur

Julien Tourreille (@JTourreilleest directeur adjoint à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, qui compte une trentaine de chercheurs en résidence et plus de 100 chercheurs associés issus de pays et de disciplines divers et qui comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand @UQAM.