Politique

Les parents, des adversaires coriaces pour les libéraux

Le ministre de l’Éducation, François Blais, a beau dire que les compressions en éducation n’affecteront pas les services, les parents ne le croient pas. 

Photo: Je protège mon école publique/Facebook
Photo: Je protège mon école publique/Facebook

PolitiqueQuelque 34 000 professeurs des écoles publiques de Montréal et de Laval seront en grève mercredi, forçant 275 000 élèves du primaire et du secondaire, principalement à Montréal, Laval et en Outaouais, à faire l’école buissonnière.

Contrairement aux autres employés de la fonction publique, les professeurs ont réussi à rallier une partie importante de l’opinion publique à leur cause. Les jérémiades des policiers et des employés municipaux sur la réforme des régimes de retraite ont suscité tout au plus un haussement d’épaules et un bof généralisé.

Les syndicats de professeurs, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) et la Fédération syndicale de l’enseignement (FSE) comptent sur l’appui non négligeable des parents.

Le ministre de l’Éducation, François Blais, a beau dire que les compressions en éducation n’affecteront pas la prestation de services, les parents ne le croient pas. Ils sont à même de constater que la hausse du nombre d’élèves par classe, l’augmentation de la tâche des enseignants et l’intégration sans distinction des élèves handicapés ou en difficulté dans les classes normales auront une incidence sur la qualité de l’éducation de leurs enfants, la soi-disant richesse la plus précieuse du Québec, selon nos politiciens.

À la rentrée, 20 000 parents dans 16 des 17 régions administratives du Québec ont répondu à l’appel du collectif Je protège mon école publique. Ils ont fait des chaînes humaines autour de leurs écoles pour protester contre les coupes dans l’éducation. Le mouvement est indépendant du monde syndical, mais il épouse l’essentiel de ses revendications. Les parents remettront ça jeudi matin pour une nouvelle chaîne.

Le ministre Blais a réagi d’un ton indigné à la première sortie du collectif, en accusant les parents d’instrumentaliser leur progéniture. «Les enfants ne devraient pas être mêlés à la politique, avait-il lancé. Ce qui me déçoit, c’est l’utilisation des enfants pour tirer des slogans qu’ils ne comprennent pas, pour reproduire des demi-vérités qu’ils ne peuvent comprendre.» Des paroles regrettables et méprisantes pour les enfants, qui peuvent comprendre la politique aussi bien que des adultes lorsqu’on prend la peine de leur expliquer les enjeux et de les vulgariser.

Le ministre Blais a tiré des leçons de cette bourde. En entrevue avec Patrice Roy, lundi au Téléjournal de Radio-Canada, il a déclaré qu’il respectait le droit des parents de manifester. «Ce n’est pas du tout un problème pour moi», a-t-il dit. Ce faisant, il confirmait le statut du collectif Je protège mon école publique comme une nouvelle force politique que les libéraux ne pourront négliger.

La situation doit être frustrante pour le ministre Blais. La Commission scolaire de Montréal (CSDM), une hydre bureaucratique mal gérée, profite du climat actuel de contestation pour faire oublier son incurie. En dépit d’un budget annuel d’un milliard de dollars, la CSDM fera état d’un déficit de près de 12 millions en 2015-2016. C’est une organisation dysfonctionnelle, pitoyable dans sa résistance à toute initiative visant à redresser ses finances et ses règles de gestion.

En mai, Le Devoir faisait ses choux gras de la suppression de 170 postes de professionnels à la CSDM. Les élèves en souffriront à coup sûr. Mais comment se fait-il que la CSDM n’ait pas choisi d’effectuer des compressions ailleurs, dans les services administratifs, par exemple?

«On demande à la CSDM de faire des efforts pour se redresser, pour être finalement comme les autres commissions scolaires, a dit en entrevue le ministre Blais. C’est une large bureaucratie qui fait beaucoup moins bien que les commissions scolaires proches voisines. Elle est dans une situation toute particulière au Québec.»

En théorie, le ministre a raison d’affirmer qu’il ne faut pas mélanger les négociations de Québec avec ses enseignants et les modalités d’application des coupes par les commissions scolaires. En pratique, cela ne change rien dans la vie de tous les jours des familles.

Le ministre Blais perd du terrain dans la bataille de l’opinion publique. Les syndicats et leurs alliés ont réussi à «cadrer» le débat autour de la prestation des services, au point que les dimensions salariales de la négociation sont occultées.

Pour la petite histoire, les professeurs gagnent 39 300 $ à l’entrée et 76 500 $ après 17 ans de service (en plus d’une prime annuelle d’environ 1500 $). Ils demandent 13,5 % d’augmentation sur trois ans, tandis que le gouvernement offre un gel salarial pour les deux premières années, et 1 % d’augmentation pour les trois années subséquentes.

Le Québec ne lésine pas dans les dépenses en éducation. Comme le révélait récemment dans La Presse Francis Vailles, un des meilleurs chroniqueurs du moment, les fonds publics consacrés à l’éducation ont augmenté de 50 % en 10 ans, pour atteindre 20,9 milliards. La hausse des budgets de l’éducation est largement supérieure à celle de l’inflation (19 %) et du PIB (38 %).

Mais qui se soucie des chiffres quand il s’agit des enfants?