Politique

Budget: voici comment Québec dépense vos impôts

Combien d’impôt provincial sur le revenu payez-vous? Et comment le gouvernement Couillard compte-t-il utiliser votre argent?

Les impôts, c’est compliqué. Le budget du gouvernement du Québec aussi. Alors pour vous simplifier la vie, nous avons décidé de faire tous les calculs pour vous!

Combien d’impôt provincial sur le revenu payez-vous? Et comment le gouvernement Couillard compte-t-il utiliser votre argent?

Tapez votre salaire ci-dessous et découvrez comment vous allez contribuer à l’effort budgétaire du Québec, au dollar près!

* Veuillez noter que notre application ne calcule qu’une estimation du montant de base de l’impôt sur le revenu. Elle ne prend pas en compte les différents crédits auxquels vous auriez droit ou les différentes taxes supplémentaires que vous auriez à payer.

Qui sont les gagnants? Et les perdants?

Les gouvernements et les budgets changent, mais les messages clés restent toujours les mêmes: limiter les dépenses tout en augmentant les investissements.

Le gouvernement Couillard se targue par ailleurs d’avoir bouclé un budget équilibré pour la deuxième année consécutive en injectant à la fois de nouvelles sommes pour les infrastructures et l’éducation.

Mais dépensons-nous plus ou moins qu’auparavant? Et dans quels secteurs?


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Pour répondre à cette question, comparer les chiffres d’un budget à l’autre ne suffit pas. Par exemple, 100 dollars dépensés en 2000 équivaudraient à 135 dollars dépensés aujourd’hui, pour le même achat ou la même dépense. À cause de l’inflation, à peu près tout coûte plus cher, année après année.

Par conséquent, il faut comparer les budgets en dollars constants. Nous avons fait les calculs et voici les résultats en six graphiques, un pour chacune des missions du gouvernement.

* Si vous utilisez un appareil mobile, faites pivoter votre appareil dans le sens de la largeur pour profiter pleinement des graphiques.

«La santé, c’est toujours l’éléphant de l’effort budgétaire», rappelle Laura O’Laughlin, économiste pour Analyst Group et fondatrice de l’Institut des générations.

La tendance est claire: année après année, l’État injecte de plus en plus d’argent dans le système de santé, bien au-delà de l’inflation. Notez que des compressions nettes ont eu lieu dans les services de santé avec Lucien Bouchard dans les années 1990, ce qui correspond au point de départ de notre graphique.

Le vieillissement de la population explique en grande partie les dépenses supplémentaires. L’arrivée des baby-boomers à un âge vénérable s’apprête à causer un choc démographique «qui va frapper fort», selon Mme O’Laughlin. Les sommes allouées à la santé devraient donc continuer à grimper.

«Ce budget est un peu décevant à cet égard, souligne l’économiste. On dépense comme on a toujours dépensé avant. Il n’y a rien pour s’attaquer au problème du vieillissement.»

Après une réduction en 2012 sous la gouverne de l’ancien premier ministre Jean Charest, puis une injection de fonds de la part du Parti québécois en 2013, les dépenses en éducation ont été légèrement réduites dans les deux précédents budgets du gouvernement Couillard.

À mi-mandat, il délie finalement les cordons de la bourse. L’une des mesures phares du budget 2016-2017 consiste en un réinvestissement dans l’éducation, à hauteur de 500 millions pour les services aux élèves et étudiants.

Mais attention, «c’est une augmentation, pas un investissement», avertit Laura O’Laughlin. En faisant abstraction du changement comptable de 2008-2009, les dépenses en éducation semblent simplement suivre l’inflation.

«Si on veut vraiment une société d’innovation, il faut donner plus, soutient l’économiste. Quand on compare les sommes allouées en fonction de notre PIB, on est en retard par rapport au reste du Canada. Pour l’instant, le gouvernement finance en fonction de sa capacité à payer, pas en fonction des besoins de la société.»

* Un changement comptable concernant les taxes scolaires entre 2008-2009 et 2009-2010 explique la hausse brutale de la courbe des dépenses en éducation.

Lors de la crise économique de 2008-2009, le gouvernement libéral de Jean Charest avait soutenu l’économie à bout de bras en dépensant dans les infrastructures, avant de finalement diminuer les dépenses jusqu’à son élection perdue de 2012.

Le gouvernement Marois avait rehaussé les dépenses dans ce secteur au niveau de 2010-2011, avant de perdre lui aussi les élections. Le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait alors ramené les dépenses à la baisse dans son premier budget.

Cette courbe en montagnes russes, de toute évidence sujette aux changements politiques et économiques, illustre très bien les cycles politiques, selon Laura O’Laughlin. «On remet la maison en ordre quand on arrive, ensuite on fait des compressions, puis finalement on remet de l’argent sur la table. C’est un classique du budget de mi-mandat.»

Les dépenses pour donner un coup de pouce aux Québécois qui en ont besoin stagnent depuis 2009-2010. Le deuxième budget du gouvernement Couillard s’est même traduit par des compressions clairement visibles.

Si les dépenses du gouvernement avaient suivi l’inflation depuis 1997, un milliard de dollars constants de plus (soit l’équivalent de 1,4 milliard de dollars aujourd’hui) devraient être dépensés dans cette mission. Cet écart est représenté par la différence entre le point rouge de 2016-2017 et la courbe orange.

Bien que le Québec augmente très légèrement ses dépenses dans ce secteur année après année, pour l’économiste Laura O’Laughlin, il est aussi possible que le nombre de personnes dans le besoin ait diminué en 20 ans. «Le début du graphique coïncide avec l’arrivée des CPE en 1997. Or, ces services de garde publics ont permis de réduire de 60 % le nombre de familles monoparentales qui vivent de l’aide sociale, en permettant notamment aux femmes de retourner sur le marché du travail. Une des conséquences, c’est moins d’enfants dans la pauvreté.»

Pour cette mission, le gouvernement semble s’en tenir à l’inflation, remarque Mme O’Laughlin. «C’est un sujet quand même délicat. Le gouvernement parle souvent de couper dans l’administration, pourtant, on voit que les dépenses augmentent.»

Une ligne en particulier dans le budget a fait sourciller l’économiste: le «Fonds de suppléance», dont les coffres sont garnis de 654 millions de dollars pour 2016-2017.

Vérification faite auprès du ministère des Finances, cette somme reste disponible à la discrétion du gouvernement pour des transferts rapides, par exemple en cas de catastrophe ou de besoin urgent. Au fur et à mesure des mois, l’argent sera donc réparti dans les autres ministères, probablement jusqu’au dernier sou.

Chaque année, le gouvernement du Québec doit payer les intérêts sur sa dette brute, estimée à 189 milliards de dollars en 2016. Évidemment, tout cela dépend des taux d’intérêt, ce qui explique la grande variation dans les dépenses du service de la dette.

«Oui, notre dette est élevée, estime l’économiste O’Laughlin, mais notre gouvernement y prête tout de même une grande attention. Depuis le milieu des années 90, notre économie croît plus rapidement que notre dette, ce qui est une très bonne chose.»