Politique

L’éducation est-elle vraiment une priorité du gouvernement?

Le budget 2016-2017 du ministre des Finances, Carlos Leitao, est davantage axé sur le développement économique.

Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

Philippe Couillard a beau dire que l’éducation est la priorité de son gouvernement, il n’en demeure pas moins que le budget 2016-2017 du ministre des Finances, Carlos Leitao, est davantage axé sur le développement économique. Pour en avoir la preuve, il suffit de consulter le tableau consacré à «l’impact financier des mesures du plan économique du Québec».

En fait, c’est l’endroit où l’on trouve les nouvelles sommes d’argent destinées aux différents programmes du gouvernement. Et cette année, il n’y en a que pour 469 millions. Sur cette somme, seulement 126 millions* sont affectés aux nouvelles mesures en éducation, alors qu’il y a pour 345 millions de mesures liées au développement économique.

En poussant l’exercice sur cinq ans, le constat est encore plus éloquent: l’éducation reçoit 828 millions contre 2,25 milliards pour les mesures économiques. On est loin du compte. En fait, pour 2016-2017, Québec consacrera quatre millions de plus à son nouveau crédit d’impôt RénoVert qu’aux nouveaux investissements en éducation, c’est tout dire.


À lire aussi:

Budget: le nuage Normandeau… et beaucoup d’argent au Fonds des générations

Budget: voici comment Québec dépense vos impôts


«L’éducation constitue le principal levier de notre développement social et économique», affirme le ministre des Finances, Carlos Leitao. En ce sens, il fait le choix d’y affecter 1,2 milliard de plus sur trois ans, principalement dans des mesures de réussite scolaire. Mais qu’en est-il de la rénovation de nos écoles, dont plusieurs sont dans un état de décrépitude avancée?

Québec va investir «500 millions d’argent frais au cours des trois prochaines années pour améliorer la qualité des écoles primaires et secondaires», dit le président du Conseil du Trésor, Sam Hamad.

Là encore, ce n’est pas tout à fait exact. Cette année, une somme de 200 millions sera bel et bien allouée à la rénovation des établissements scolaires, alors qu’on y investira 305 millions l’an prochain et 115 millions en 2018-2019. Mais ces sommes ne sortiront pas directement des coffres de l’État puisque les investissements seront amortis sur de longues périodes, parfois même jusqu’à 20 ans. Il n’y aura donc qu’une fraction de ces investissements qui sera véritablement affectée au budget actuel.

Et pour déterminer quelles écoles sont prioritaires, Québec a établi un «indice d’état des infrastructures». Les bâtiments qui reçoivent une note de A, B ou C, c’est-à-dire «très bon, bon ou satisfaisant», ne seront pas rénovés immédiatement. La priorité sera accordée aux immeubles classés D ou E («mauvais» ou «très mauvais»), souvent des écoles qui ont plus de 60, voire 70 ans. Dans le cas de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), par exemple, il a été déterminé que 79 % des écoles obtiennent un E, la pire note possible.

Cependant, le but n’est pas de les amener aux plus hauts standards, ce qui coûterait des sommes faramineuses. Québec se contentera de les amener à l’indice C, «satisfaisant», ce qui devrait coûter 1,2 milliard sur 10 ans. Au moins, ce sera déjà une amélioration par rapport à leur état actuel…

* Le gouvernement Couillard prétend investir 164 millions en éducation. Il faut toutefois y soustraire une somme de 40 millions qui est un «montant financé à même les priorités du gouvernement». Autrement dit, ce sont des sommes qui étaient déjà au budget et qui ont été réaffectées au financement de l’éducation. Il faut donc les enlever du total, et ajouter 2,1 millions pour les infrastructures vertes et sportives. C’est technique, mais ce qu’il reste, c’est 126,1 millions.