Politique

Un budget équitable pour toutes les générations?

Pour le ministre des Finances, le Fonds des générations constitue «la mesure d’équité intergénérationnelle la plus puissante qu’un gouvernement ait jamais adoptée». 

Pour lancer la seconde moitié de son mandat, le gouvernement Couillard ouvre tranquillement le robinet des dépenses, laissant entrevoir deux années un peu plus clémentes pour les contribuables québécois d’aujourd’hui. Mais qu’en est-il des Québécois qui suivront? Et de l’équité entre les générations?

L’atteinte de l’équilibre budgétaire pour une deuxième année consécutive est accueillie de façon positive, soit. Mais le gouvernement se contente d’un équilibre sur une base comptable annuelle. Il omet de tenir compte du cycle économique — c’est-à-dire d’envisager un budget équilibré sur une période de cinq à sept ans — comme l’Institut des générations le proposait dans son Budget des jeunes l’an dernier.

Nous admettons que l’équilibre budgétaire basé sur le cycle économique serait en quelque sorte une révolution, au même titre que la réforme de la fiscalité proposée par le rapport Godbout l’an dernier. Cette dernière réforme est quasi absente de ce budget, exception faite de la bonification du bouclier fiscal. Ces deux approches auraient pourtant été bénéfiques pour l’équité intergénérationnelle.


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Pour le ministre des Finances, le Fonds des générations constitue «la mesure d’équité intergénérationnelle la plus puissante qu’un gouvernement ait jamais adoptée». C’est un pas dans la bonne direction, mais comme le droit de vote n’a pas apporté la pleine égalité aux femmes, le Fonds des générations ne garantit pas qu’on lègue une société en meilleur état à la prochaine génération. Les politiques publiques, pour assurer la pérennité des services et des programmes sociaux, sont tout aussi importantes.

Les mesures qui, dans ce budget, peuvent contribuer à l’équité entre les générations ne vont malheureusement pas assez loin. En éducation, l’investissement de 500 millions de dollars sur trois ans — 166 millions de dollars en moyenne par année — consacré aux services aux étudiants ne permet pas de ramener le niveau des dépenses en éducation à la moyenne canadienne. Selon une étude récente du Centre sur la productivité et la prospérité, un investissement annuel 10 fois plus grand, de l’ordre de 1,6 milliard de dollars, serait nécessaire pour y arriver.

Inciter les Québécois de 55 ans et plus à rester sur le marché du travail est une façon d’augmenter leur contribution à la richesse collective et de préserver ainsi l’équité entre les générations. À cet égard, le gouvernement agit en réduisant à 62 ans l’âge d’admissibilité au crédit d’impôt pour travailleurs. Espérons qu’il poursuivra dans cette direction dans les budgets à venir en visant l’inclusion des travailleurs de 60 ans et plus.

Le recul du gouvernement concernant la hausse modulée du tarif des services de garde subventionnés pour un deuxième enfant est une bonne nouvelle, mais cette modulation, même atténuée, reste une mesure nuisible aux jeunes familles et plus spécialement aux jeunes femmes.

La santé demeure le même Goliath budgétaire. La chose à remarquer dans ce budget, c’est qu’il n’y a rien de remarquable. Les dépenses en santé représentent toujours la moitié du budget de l’État avant le service de la dette.

L’équité intergénérationnelle sera bien défendue le jour où non seulement le gouvernement maintiendra ses investissements au Fonds des générations, mais où il adoptera aussi une vision à long terme des finances publiques, au-delà du cycle politique. Et l’équité intergénérationnelle ne pourra devenir une priorité que lorsqu’elle sera portée par une masse critique de Québécois, toutes générations confondues.