Politique

Mourir dans la sobriété

La haute direction du ministère des Relations internationales et de la francophonie (MRIF) a frôlé la syncope quand la maison de gérance de Céline Dion lui a fait parvenir une série de factures totalisant 700 000 $ pour les funérailles de René Angélil.

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

Le malaise causé par les funérailles de René Angélil aura convaincu Québec de mieux encadrer les cérémonies officielles offertes aux familles de nos plus illustres défunts.

En mars dernier, la haute direction du ministère des Relations internationales et de la francophonie (MRIF) avait frôlé la syncope quand la maison de gérance de Céline Dion, Productions Feeling inc., lui a fait parvenir une série de factures totalisant 700 000 $ pour les funérailles du célèbre impresario.

Au lendemain du décès de M. Angélil, le 14 janvier dernier, Québec avait offert à Céline Dion et sa famille d’organiser des funérailles nationales.

«Nous avons été touchés par le décès de René Angélil, avait affirmé le premier ministre Philippe Couillard. Les Québécois auront l’occasion de saluer un homme qui aura marqué le paysage culturel de notre nation.»


À lire aussi:

Céline Dion et la vie après René Angélil


Mais, dès le départ, le MRIF a été écarté de l’organisation des funérailles. C’est Productions Feeling qui a pris les choses en main, déléguant une partie du travail à Evenko. Les fonctionnaires se seraient contentés de s’assurer que le protocole soit respecté, de placer les invités, tout en prenant la charge de l’accréditation des journalistes.

«C’était les funérailles du star-système», a indiqué une source au MRIF.

Après avoir reçu la liste de factures, le ministère a dû mettre sa plus belle paire de gants blancs pour faire comprendre à l’entourage de Céline Dion qu’il ne pouvait assumer pareille somme. La ministre responsable du protocole, Christine St-Pierre, veut dissiper toute ambiguïté.

«Ce sont des fonds publics, ce sont tous les Québécois qui y contribuent, alors il faut avoir à l’esprit la bonne gouvernance», indique-t-elle.

Résultat, le MRIF ne paiera que 49 770 $, soit moins que pour les funérailles de Jean Béliveau (59 863 $) et moins que pour les funérailles d’État de Jacques Parizeau (143 575 $). Mais au-delà de l’argent, la petite controverse que cela a soulevée démontre qu’il fallait mieux encadrer cet exercice et en clarifier les règles.

C’est qu’à chaque fois, une forme de négociation s’engageait avec les familles endeuillées et Québec s’entendait généralement pour défrayer différents coûts comme le transport du défunt, l’avis de décès, les fleurs, le registre des condoléances, les frais d’église, etc. Rien n’était prévu pour des funérailles de «superstar». Désormais, le MRIF va établir de façon claire les dépenses admissibles et celles qui ne le sont pas. Il n’y aura donc plus de litige possible, assure la ministre St-Pierre.

«Face à une famille en deuil, ce n’est pas le temps de sortir la calculette, dit-elle. Il faut respecter les vœux et la volonté du défunt, mais nous voulons aussi faire en sorte de dire que dans tel cas ça va aller de tel montant à tel montant et que dans tel autre cas, ce sera de tel montant à tel autre montant.»


À lire aussi:

René Angélil: le joueur


Cette réforme est d’autant plus importante que les budgets du ministère ne sont pas élastiques et que le décès de personnalités qui méritent la reconnaissance des Québécois est difficilement prévisible.

De plus, Québec veut établir plus clairement la nomenclature et la gradation des types de cérémonies funèbres organisées par le gouvernement en fonction du titre de la personne décédée. Par exemple, un premier ministre en exercice mérite-t-il un traitement protocolaire plus élevé qu’un ancien premier ministre? Que fait-on avec un ministre qui décède pendant son mandat? Les années passées ont-elles un effet sur le traitement et le type de cérémonie? Les questions sont simples et les réponses complexes.

Et Québec songe aussi à créer un nouveau type de cérémonie. Lorsque la famille Carrier, de Lac-Beauport, a été décimée dans un attentat au Burkina Faso, en janvier dernier, Mme St-Pierre s’est rendu compte qu’il n’existait aucun hommage formel pour ce type de décès. Elle veut remédier à cette situation.

«Essayer d’avoir un autre événement qui viendrait marquer ou souligner le travail important de certaines personnes qui ont, souvent dans l’anonymat le plus complet, donné beaucoup pour le Québec ou dans une cause», explique la ministre.

En cette époque où chaque sou compte, la ministre doit trouver le délicat équilibre entre les hommages que méritent les personnalités et les finances publiques. Désormais au Québec, il faudra mourir dans la sobriété, sans grandes pompes, sans pompons et sans Ave, comme disait Brassens.