Politique

L’année Deltell

Gérard Deltell fera figure de repère en vue du vote au leadership.

Même s'il n'est pas sur les rangs, Gérard Deltell aura une place importante dans la course à la succession de Stephen Harper. (Joël Lemay/Agence QMI)
Même s’il n’est pas sur les rangs, Gérard Deltell aura une place importante dans la course à la succession de Stephen Harper. (Joël Lemay/Agence QMI)

Tous partis confondus, Gérard Deltell est la recrue québécoise de l’année fédérale 2015-2016. Je ne suis pas la seule à le dire.

En mars, le chroniqueur politique du Globe and Mail Jeffrey Simpson lui a consacré une chronique dithyrambique dans laquelle il avançait que l’ancien chef adéquiste avait les qualités nécessaires pour succéder à Stephen Harper.

On n’en est pas là. Le principal intéressé jure qu’il ne sera pas sur les rangs de la course conservatrice, et ses collègues le croient sur parole. Cela dit, observateurs et députés s’entendent pour noter que le représentant de Louis-Saint-Laurent fait partie d’une petite poignée de nouveaux élus qui ont connu un départ canon à la Chambre des communes.

Au cours des prochains mois, c’est néanmoins à l’extérieur du Parlement que Gérard Deltell jouera son rôle le plus déterminant. Même s’il n’est pas sur les rangs, il aura une place importante dans la course à la succession de Stephen Harper.

Gérard Deltell exergue

Au propre comme au figuré, le Québec pèsera lourd dans cette succession.

Au propre, parce que les résultats du vote au leadership du 27 mai prochain seront pondérés par circonscription et que le Qué­bec est la province, après l’Ontario, qui en compte le plus grand nombre. Sans appuis québécois, il sera difficile de l’emporter.

Au figuré, parce que Stephen Harper lui-même a signifié à ses membres que la présence de son parti au Québec est un legs qu’il les exhorte à faire fructifier.

L’héritage québécois du chef conservateur sortant tient peut-être à peu de choses, mais le prin­cipal intéressé y tient. Dans son discours d’adieu à ses militants, le mois dernier, M. Harper a fait un détour pour parler de sa fierté de léguer à son parti une douzaine de députés du Québec.

Douze, ce n’est pas beaucoup dans l’absolu, mais c’est un record pour le Parti conservateur quand il siège dans l’opposition. Le précédent record avait été établi en 1997 par Jean Charest, alors chef des conservateurs. Il avait fait élire cinq députés québécois, dont lui-même.

Le caucus conservateur actuel compte davantage de Québécois que de députés de la Colombie-Britannique (10), province qui a été jusqu’en 2015 un des terreaux les plus fertiles pour cette formation. À l’instar de celle du NPD, la carte géopolitique du Parti conservateur est devenue plus québécoise au cours de la dernière décennie. La défaite d’octobre a changé à l’avantage des élus du Québec le rapport de force avec les collègues du reste du Canada.

Lorsque Stephen Harper a fait campagne pour devenir chef conservateur, en 2004, personne ne s’était demandé bien longtemps comment il se débrouillerait au Québec. Sa principale adversaire, Belinda Stronach, ne parlait pas le français couramment et l’autre candidat dans la course, l’ancien ministre ontarien Tony Clement, était un parfait inconnu en sol québécois.

Le Parti conservateur nouvellement réunifié partait de tellement loin que c’est contre ses propres attentes qu’il a réalisé une première percée québécoise trois ans plus tard. Sous Stephen Harper, le fruit n’a jamais mûri. Ses gains au Québec l’automne dernier sont le résultat de luttes à trois ou à quatre qui ont bien tourné pour les conservateurs.

Cette fois-ci, les conservateurs sont nombreux à vouloir un chef susceptible d’avoir des atomes plus crochus avec le Québec. Mais bon nombre d’entre eux ne con­naissent de la politique québécoise que les données les plus élémentaires. Pour beaucoup, Gérard Deltell fera figure de repère en vue du vote au leadership. Son choix de chef aura un effet d’entraînement.

Dans la chasse aux appuis, il constitue la plus grosse prise québécoise, d’autant plus que l’ancien lieutenant québécois de Stephen Harper, Denis Lebel, devenu chef adjoint de l’opposition officielle, doit rester neutre. Tous les candidats déclarés ou non à la succession conservatrice veulent avoir M. Deltell dans leur camp.

À commencer par Maxime Bernier, qui a de fortes chances d’être le seul Québécois dans la course et qui perdrait des plumes si son collègue de Louis-Saint-Laurent boudait sa candidature.

L’appui de Gérard Deltell à Maxime Bernier n’est pas acquis. Comme la plupart des conservateurs, il n’est pas encore disposé à choisir un camp. Pour­quoi se presser quand on a du plaisir ?