Politique

La chute de l’identitaire

Les enfants de la loi 101 n’ont pas la nostalgie d’un Québec « tricoté serré », qu’ils n’ont pas connu. Leur conception du vivre-ensemble ne fait pas une grande place à des interventions de l’État dans la vie quotidienne des citoyens.

Le terrain identitaire est devenu plus propice aux divisions intergénérationnelles au sein du camp souverainiste qu'à la mobilisation des forces nationalistes. (Photo: Paul Chiasson/La Presse canadienne)
Le terrain identitaire est devenu plus propice aux divisions intergénérationnelles au sein du camp souverainiste qu’à la mobilisation des forces nationalistes. (Photo: Paul Chiasson/La Presse canadienne)

Il n’a guère été question d’identité lors de la passe d’armes entre les quatre aspirants à la direction du Parti québécois à Sherbrooke, et encore moins à l’Université de Montréal au début septembre. Aucun des thèmes abordés dans le débat organisé par l’aile jeunesse du parti ne s’y prêtait.

La génération montante au Québec n’a pas l’appétit de ses aînés pour les questions identitaires. Le gouvernement de Pauline Marois l’a appris à ses dépens au cours de l’aventure de la charte de la laïcité. Les enfants de la loi 101 n’ont pas la nostalgie d’un Québec « tricoté serré », qu’ils n’ont pas connu. Leur conception du vivre-ensemble ne fait pas une grande place à des interventions de l’État dans la vie quotidienne des citoyens. À témoin, notamment, l’enterrement sans cérémonie du projet péquiste d’étendre les dispositions de la loi 101 à l’éducation obligatoire en français au niveau collégial.

Au chapitre de la diversité, les moins de 40 ans se retrou­vent souvent davantage dans le discours de Justin Trudeau que dans celui que tenait, alors qu’il était le ministre responsable de la charte, Bernard Drainville. Ils ne sont pas les seuls à ne pas ou à ne plus avoir un parti pris automatique pour des positions défendues par Québec par rapport à celles en vogue à Ottawa.

Il fut une époque, pas si lointaine, où le gouvernement du Québec, sans égard à sa couleur politique, jouissait d’emblée du bénéfice du doute dans ses affrontements avec le gouvernement fédéral. Mais depuis le dernier référendum, l’avantage politique a progressivement changé de colonne, et cela, même dans le cas de sujets délicats pour la majorité francophone québécoise.


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À la fin des années 1990, Lucien Bouchard a perdu le débat sur la clarté référendaire. Dans la foulée de l’adoption d’une loi fédérale dénoncée à l’unanimité par l’Assemblée nationale à l’automne 2000, Jean Chrétien avait remporté le meilleur score électoral au Québec de ses trois campagnes comme chef libéral.

Presque 20 ans plus tard, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, qui a repris à sa façon le flambeau en se faisant le champion contre Justin Trudeau au scrutin fédéral de 2015 du seuil d’une majorité simple pour entreprendre la mise en œuvre du projet d’indépendance, a reperdu la bataille.

En 2008, alors que les compressions des conservateurs dans les budgets de la culture alimentaient le débat électoral fédéral, Jean Charest avait proposé de rapatrier tous les pouvoirs dans le domaine de la culture à Québec.

L’intervention du premier ministre québécois avait suscité un froid dans ses relations avec Stephen Harper, qui ne s’est jamais démenti. Sa suggestion de faire du Québec le seul maître d’œuvre en culture n’avait, par contre, pas suscité beaucoup d’engouement dans la population.

Plus récemment, les tergiversations du gouvernement Trudeau sur l’aide à Bombardier ont irrité la classe libérale à Québec, mais l’électorat québécois — s’il faut en croire les sondages sur les intentions de vote — n’en tient pas rigueur au premier ministre fédéral.


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Si le passé récent est garant de l’avenir, la stratégie de multiplier les affrontements Québec-Ottawa pour ranimer la flamme de l’indépendance est vouée à l’échec. C’est encore plus probable devant un premier ministre fédéral infiniment plus populaire au Québec que ne l’ont jamais été Jean Chrétien et Stephen Harper. Aussi bien s’épuiser à souffler sur des cendres.

Du dernier référendum, certaines têtes pensantes du PQ n’ont semblé retenir que le résultat serré. Qui a bu boira, ont répété inlassablement des ténors souverainistes depuis deux décennies en parlant des Québécois qui ont voté oui en 1995. À les entendre, c’est comme si la conjoncture favorable à un oui, suscitée par un échec constitutionnel sans précédent, était un événement marginal plutôt que l’élément déclencheur de la démarche de 1995. Ou que cette conjoncture était encore d’actualité.

Vingt ans plus tard, le terrain identitaire est devenu plus propice aux divisions intergénérationnelles au sein du camp souverainiste qu’à la mobilisation des forces nationalistes, et le débat constitutionnel ne soulève guère de passions.

C’est sur le front de la difficile réconciliation entre les ambitions de voir s’installer des oléoducs des uns et les priorités environnementales des autres que le nouveau débat pancanadien de l’heure s’articule. Ça pourrait peut-être bien tomber pour le prochain chef du PQ. On en reparlera certainement.