Politique

Il faut qu’on parle de Stéphane

Presque un an après son arrivée à la tête de la diplomatie canadienne, Stéphane Dion n’a pas réussi à devenir un ministre indispensable.

À titre de ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion s'est jusqu'à présent distingué surtout pour les mauvaises raisons. (Photo: Luong Thai Linh/EPA/La Presse Canadienne)
À titre de ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion s’est jusqu’à présent distingué surtout pour les mauvaises raisons. (Photo: Luong Thai Linh/EPA/La Presse Canadienne)

Au moment de l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, l’automne dernier, tout prédisposait Stéphane Dion à être une des étoiles de l’équipe du nouveau premier ministre.

Dans ses incarnations ministérielles précédentes, aux Affaires intergouvernementales après le référendum de 1995 et à l’Environnement dans la foulée de la ratification de l’accord de Kyoto, il était considéré comme un premier de classe. À titre d’ancien chef du PLC, M. Dion était, de toute façon, un candidat incontournable pour un poste de premier plan au Cabinet.

Les deux hommes n’avaient pas toujours eu des atomes crochus. À ses débuts comme chef, Stéphane Dion avait bloqué la voie à Justin Trudeau lorsque ce dernier avait voulu se présenter contre Thomas Mulcair dans la circonscription d’Outremont.

Néanmoins, dans un passé encore récent, Brian Mulroney et Joe Clark avaient surmonté un conflit nettement plus personnel — le premier ayant ravi le poste de chef du Parti conservateur au second — pour former par la suite un tandem redoutable comme premier ministre et ministre des Affaires étrangères.

Presque un an après l’arrivée de Stéphane Dion à la tête de la diplomatie canadienne, force est de constater qu’il n’a pas réussi la transition qui l’aurait fait passer de personnage incontournable à ministre indispensable.

À l’heure où les analystes politiques commencent à recenser les bons et les moins bons choix de Justin Trudeau, le nom de Stéphane Dion apparaît systématiquement sur la liste des ministres dont le gouvernement pourrait ou devrait se passer.


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Pas facile pour un ministre des Affaires étrangères de prendre de la place dans un gouvernement dont le chef est une célébrité que s’arrache la communauté internationale. Or, le vrai problème, ce n’est pas tant l’ombre que fait Justin Trudeau à Stéphane Dion, mais plutôt le fait que, jusqu’à présent, ce dernier se soit surtout distingué pour les mauvaises raisons.

Un exemple: en marge de la visite du premier ministre chinois, Li Keqiang, le mois dernier, Justin Trudeau a défendu à plusieurs reprises son projet de négocier un traité d’extradition avec la Chine. L’idée est controversée. Le régime de Pékin n’est pas réputé pour son respect des libertés fondamentales. Le premier ministre a néanmoins soutenu que la négociation d’un tel traité s’inscrivait dans sa stratégie de rapprochement avec la Chine.

Mais en entrevue au Globe and Mail, le ministre Dion a plutôt soutenu mordicus qu’il n’y avait pas de «négociations», seulement des «discussions». Même par amour pour la sémantique, un ministre ne peut pas se placer en porte-à-faux par rapport à son chef sans donner l’impression qu’ils n’ont pas accordé leurs violons.

Il y a eu d’autres fausses notes: le printemps dernier, le ministre Dion s’est opposé à une motion conservatrice qui dénonçait comme un génocide la persécution du peuple yazidi par Daech seulement pour se rallier, le lendemain, à un rapport de l’ONU qui disait la même chose.

À cela, il faut encore ajouter la controverse qui a entouré la décision libérale de donner suite à la vente de blindés à l’Arabie saoudite après l’avoir dénoncée dans l’opposition. À l’interne, certains ont reproché au ministre Dion d’avoir tellement maladroitement communiqué le message du gouvernement qu’il a fini par donner des munitions aux critiques de ce revirement.

À la veille de la rentrée parlementaire, le premier ministre a retiré à Stéphane Dion la présidence du comité ministériel sur l’environnement, au profit de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly. Au moment de l’arrivée au pouvoir des libéraux, M. Dion était pourtant considéré comme l’autorité libérale en matière de changements climatiques.

Élu sans interruption depuis 1996, Stéphane Dion est aujourd’hui un des députés qui comptent le plus d’ancienneté aux Communes. Mais il ne fait pas partie de l’amicale de Justin Trudeau, et dans un gouvernement dont l’équipe de direction a tendance à voir les baby-boomers comme des dinosaures, il détonne.

Certains disent qu’il est destiné à remplacer l’ancien ministre conservateur Lawrence Cannon comme ambassadeur du Canada à Paris le printemps prochain. Cela expliquerait pourquoi M. Cannon a été maintenu en poste, malgré un important remaniement diplomatique l’été dernier. Stéphane Dion affirme ne jamais avoir entendu parler de cette possibilité. On peut décider de le croire, tout en lui souhaitant néanmoins une sortie par la grande porte.