Politique

Hillary et moi

La candidate démocrate a reçu une gifle brutale. Depuis, j’ai la joue qui brûle.

(Photo by Justin Sullivan/Getty Images)
(Photo: Justin Sullivan/Getty Images)

Je m’étais promis d’être à Washington le 20 janvier prochain, au milieu de l’immense foule assemblée au pied du Capitole, pour voir Hillary Rodham Clinton être assermentée présidente des États-Unis. C’est ce que j’avais demandé comme cadeau pour mon anniversaire.

Je devrai trouver autre chose.

La candidate démocrate était devenue un phare pour moi en cette année charnière. Un baume. Les indignités petites et grandes, les injustices, le sexisme ordinaire, la peur que j’ai pu vivre à cause de mon genre me paraissaient moins lourds, moins durs à supporter, quand je songeais au fait qu’il y aurait bientôt une femme dans le Bureau ovale.

Ça me donnait du courage.

Je l’imaginais, elle, brillante jeune avocate remplie d’idéaux de justice, réformée en femme de gouverneur dévouée, abandonnant son propre nom parce qu’elle faisait trop indépendante. Puis remodelée encore en première dame des États-Unis, acceptant de jouer un rôle plus effacé parce qu’on la jugeait trop influente. Je repensais à ce clip ridicule des années 1990 où on la voit jouer la bonne épouse à la Maison-Blanche, accueillant les journalistes pour leur présenter le sapin de Noël, grimée, mal à l’aise, glaciale.

Et je me disais: si elle a pu endurer tout ça — et bien pire — et en ressortir blindée et plus déterminée que jamais, infléchissable, je peux, moi aussi, enfiler ma cuirasse, braver les champs de mines sexistes, et poursuivre ma route pour atteindre les objectifs qui me tiennent à cœur. Cette carapace qui lui a été si souvent reprochée, ce sang-froid qui la faisait paraître hermétique et froide, ce n’était pas sa faille, mais son bouclier et, pour moi, une inspiration.


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Car nous sommes nombreuses à avoir été une version de cette femme, à un moment ou un autre de nos vies. À avoir dû jouer la «bonne épouse», au sens propre ou figuré: à nous être tues, effacées, diminuées, soumises, pour être acceptées dans un milieu hostile, pour protéger l’égo d’un plus puissant que nous, pour garder notre boulot, et aussi, parfois, pour sauver notre peau.

Cette tyrannie éveille, quelque part sous ma cuirasse, un sentiment de révolte si grand qu’il m’effraie parfois.

Alors vous trouverez peut-être que j’exagère. Vous me croirez peut-être présomptueuse. Mais je me sentais une curieuse solidarité avec Hillary Clinton, et l’imaginer prendre possession de l’aile ouest de la Maison-Blanche me permettait de croire que ses sacrifices — et les miens — en avaient valu la peine. Parce qu’à la fin, le monde changeait en mieux. Ma révolte pouvait s’apaiser.

Mais mardi soir, Hillary Rodham a reçu une cuisante gifle. Depuis, j’ai la joue qui brûle.