Politique

Le sandwich de monsieur Vaillancourt

Gilles Vaillancourt a été condamné dans le palais de justice qu’il a inauguré. Une ironie qui me redonne foi en l’Univers.

Photo: iStock
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Il y a quelque chose d’incroyablement satisfaisant à imaginer Gilles Vaillancourt dans sa petite cellule, mangeant un sandwich au fromage et au jambon avec un jus. On peut même ajouter au plaisir en imaginant que c’est un sandwich de pain brun, dont l’une des tranches est celle du bout dont personne ne veut et qui reste toujours dans le fond du sac.

«Monsieur le maire, voici 2,5 % d’un bon souper. Bon appétit.» Vraiment satisfaisant.

On se souviendra que 2,5 %, c’était la part de chaque contrat que les entrepreneurs choisis par l’ex-maire de Laval lui versaient. Un genre de pourboire. Un remerciement. Une petite gentillesse. Il aurait pu demander 3 %, ou même 3,5 %, mais Gilles Vaillancourt est un homme simple qui a sa ville à coeur. Alors 2,5 % lui suffisaient.

Le professeur de journalisme Jean-Hugues Roy a fait un petit calcul avec les données publiques accessibles, et il évalue que ces 2,5 % auraient rapporté 3,97 millions de dollars à Vaillancourt… juste pour l’année 2009. Combien ça donne pour toute la durée du mandat de monsieur deux-pour-cent-et-demi? Je vous laisse sortir la calculatrice. Moi, je vais essayer de continuer d’être content qu’on ait pu récupérer 8,6 millions de dollars.

Non, mais… Wouhou! 8,6 millions! Un pour cent du budget de Laval, qui était de 784 millions l’an dernier. Un beau gros pour cent! Laval va pouvoir se payer toute une virée au Carrefour du même nom!

On a quand même tous fait le saut en apprenant que Gilles Vaillancourt allait plaider coupable. Lui? Coupable? Voyons ! Un si bon monsieur. Il faisait même du bénévolat!

 

Pauvre petit chou, tout triste et seul dans son coin. On a envie de lui donner 2,5% de notre collation pour le consoler.
Pauvre petit chou, tout triste et seul dans son coin. On a envie de lui donner 2,5 % de notre collation pour le consoler.

Ce texte de La Presse sur les bonnes œuvres du maire déchu était déjà surréaliste en juin 2015. Il l’est encore plus maintenant qu’il a plaidé coupable.

Mais ce personnage, ce saint Gilles au cœur sur la main, dont le seul regret est que la méchante justice l’empêche d’aider ses concitoyens, Vaillancourt le joue encore. Au juge qui lui a demandé si les crimes pour lesquels il a plaidé coupable, il avait eu l’intention de les commettre, Vaillancourt a d’abord répondu: «Je n’avais pas d’intention.»

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«Je n’avais pas d’intention criminelle», a-t-il même répété, histoire qu’on s’étouffe avec notre gorgée d’eau une deuxième fois.

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Un criminel par accident. Ça arrive. Que celui qui n’a jamais accumulé 7 millions de dollars dans un compte de banque suisse en passant par un réseau de corruption sans faire exprès lui lance la première pierre. (Hé! Ho! Déposez vos roches, les amis, c’était une figure de style!)

Puis, l’avocate de la défense a plaidé pour son client qui, préparez vos mouchoirs, a dû faire «un deuil pénible» de la vie politique en démissionnant en 2012. Retenez vos larmes, le meilleur s’en vient. «M. Vaillancourt sait que les gens se souviendront de cette journée», a ajouté l’avocate. «Il se permet par ailleurs d’espérer qu’ils se souviendront aussi des accomplissements qu’il a faits au cours de sa vie politique.»

Ma chère, comment vous dire… Si un voleur rentre chez moi, je ne vais pas l’applaudir parce qu’il a eu la gentillesse d’épousseter le meuble après avoir volé la télé qui était dessus.

Il paraît que Jack L’Éventreur faisait une super sauce à spaghetti… mais ce n’est pas ça qu’on a retenu de lui.

Remarquez, pour le simple plaisir de l’ironie grandeur nature, on peut se rappeler que c’est Gilles Vaillancourt qui a inauguré en 1992 le palais de justice où on l’a condamné. Moi, c’est le genre de chose qui me redonne foi en l’Univers. Vraiment, bien joué, Univers. Pouce dains airs.

En reconnaissant sa culpabilité, le parrain du 450 renonce à invoquer les délais déraisonnables pour éviter de subir son procès. Sept de ses coaccusés ont cependant l’intention de le faire, profitant du fameux arrêt Jordan. Ça veut dire que, dans le pire des cas, il n’est pas impossible que tous les accusés s’en tirent sauf Vaillancourt, qui aurait alors comploté tout seul avec lui-même, chef d’un gang avec juste lui dedans. Le crime organisé sans organisation, ce serait une autre belle innovation québécoise.

D’ici là, le don Corleone de la ville aux 100 centres commerciaux trouvera le temps long dans sa cellule, à manger des «sites sandwichs», et je dis aux geôliers: ne vous gênez pas pour mettre de la Miracle Whip plutôt que de la mayonnaise. Si ses deux années de prison pouvaient avoir l’air 2,5 % plus longues, ce serait au moins ça.

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Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique.