Politique

Les coupes empoisonnées de 2017

«Si la tendance se maintient, aucun des deux principaux chefs fédéraux choisis en 2017 ne deviendra premier ministre en 2019.»

Rona Ambrose, du PCC, et Thomas Mulcair, du NPD. Leurs successeurs pourront-ils déloger Justin Trudeau? (Photos: Adrian Wyld/La Presse Canadienne)
Rona Ambrose, du PCC, et Thomas Mulcair, du NPD. Leurs successeurs pourront-ils déloger Justin Trudeau? (Photos: Adrian Wyld/La Presse Canadienne)

À la même date l’an prochain, ni Rona Ambrose, la chef intérimaire conservatrice, ni Thomas Mulcair, le leader éconduit du NPD, ne seront encore à la tête de leurs partis respectifs. C’est une bonne nouvelle… pour Justin Trudeau.

Si les néo-démocrates qui ont montré la porte à M. Mulcair le printemps dernier avaient su qu’autant de candidats espérés décideraient de passer leur tour, le résultat du vote de confiance aurait été différent.

Et si Rona Ambrose avait voulu revenir sur sa déci­sion de ne pas se mettre sur les rangs de la succession de Stephen Harper, elle n’aurait pas manqué d’appuis pour s’installer en permanence dans le fauteuil de chef conservateur.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est une coupe empoisonnée qui attend le chef qui sera élu en 2017.

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Le NPD — quelle que soit l’issue de la succession fédérale — se prépare des lendemains déchirants. L’arrivée au pouvoir du parti en Alberta, accueillie à l’époque comme une bénédiction, est plutôt devenue une source de zizanie.

Pour le gouvernement de Rachel Notley, il n’y a pas de salut électoral ni d’espoir de second mandat dans deux ans et demi sans déblocage sur le front des projets d’oléoducs. Or, les élus néo-démocrates à Ottawa ne logent pas à cette ensei­gne — tout comme la vaste majorité des militants du parti à l’extérieur de l’Alberta.

Trente néo-démocrates sur les 44 qui siègent actuellement à Ottawa ont été élus en Colombie-Britannique et au Québec, les deux provinces où l’opposition à l’expansion du réseau de pipelines est la plus répandue.

En prévision d’un scrutin provincial au printemps, le NPD de la Colombie-Britannique est déjà en campagne contre le projet Trans Mountain, que vient d’approuver le gouvernement de Justin Trudeau.


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Presque tous les apparatchiks qui évoluent dans le sillage du gouvernement Notley en Alberta ont d’abord fait leurs armes en Colombie-Britannique, une province qui, jusqu’à récemment, était plus hospitalière envers les néo-démocrates que sa voisine.

Brian Topp, l’ancien bras droit de Jack Layton, a été le chef de cabinet de la première ministre Notley jusqu’à la fin de l’année. Entre les deux, il avait dirigé la campagne électorale néo-démocrate en Colombie-Britannique il y a quatre ans. Cette fois-ci, il ne lèvera pas le petit doigt pour le NPD britanno-colombien. Et il ne sera pas le seul.

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Du côté conservateur, une surabondance de candidats — ils sont 14 au moment où j’écris ce texte — ne change rien au fait que les grosses pointures manquent cruellement au rendez-vous.

À la place, on trouve notamment sur les rangs des tenants du discours de Donald Trump sur l’immigration et les soi-disant élites, et des ténors de l’aile religieuse du parti désireux d’en découdre de nouveau avec les partisans du droit à l’avortement ou du mariage entre conjoints de même sexe.

D’autres bêtes noires du PCC font également un retour en force. Au cours de l’automne, on a ainsi eu droit à presque autant de variations sur le thème du démantèlement de CBC/Radio-Canada qu’il y a de candidats. À une exception près, tous jurent d’éliminer le prix plancher sur les émissions de gaz à effet de serre qu’entend instaurer le gouvernement Trudeau en 2018.

La dernière fois que le Canada a confié les rênes à un premier ministre qui n’était pas bilingue remonte à 50 ans et à Lester B. Pearson. Rien n’empêche que plus de la moitié des aspirants à la succession de Stephen Harper, y compris certains des présumés favoris, ne maîtrisent pas le français.

Si la tendance se maintient, aucun des deux principaux chefs fédéraux choisis en 2017 ne deviendra premier ministre en 2019. Depuis l’après-guerre, seul le conservateur Joe Clark n’a pas réussi à enfiler deux victoires électorales consécutives. Tous les autres premiers ministres ont obtenu au moins un second mandat, quoique pas toujours majoritaire.

En attendant, les sondages de fin d’année montrent que c’est au Québec que les libéraux de Justin Trudeau ont le plus progressé dans les intentions de vote depuis les élections de 2015. L’issue des courses au leadership conservatrice et néo-démocrate pourrait consolider cet avantage libéral — voire permettre au premier ministre Trudeau de reconstruire la forteresse libérale québécoise qui avait fait les beaux jours de son père.

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Chantal Hébert est chroniqueuse politique.