Politique

Le NPD à l’heure des remises en question

L’ancien conseiller de Mulcair et Layton à Ottawa, Karl Bélanger, livre une première analyse de la course.

Les candidats Guy Caron, Charlie Angus, Niki Ashton et Peter Julian lors du premier débat. (La Presse canadienne/Justin Tang)
Les candidats Guy Caron, Charlie Angus, Niki Ashton et Peter Julian lors du premier débat. (La Presse canadienne/Justin Tang)

La course à la direction du NPD a enfin pris son envol dimanche dernier, avec un premier débat entre les quatre candidats déclarés jusqu’ici. Ceux qui s’attendaient à des flammèches ont sans doute été déçus.

Onze mois ont passé depuis que les délégués au Congrès d’Edmonton ont voté en faveur de cette course, signalant le début de la fin de l’ère Mulcair. Le NPD était pris jusqu’à récemment dans une espèce de «drôle de guerre», avec une course à la direction à retardement, sans aucun candidat pour la première moitié de ce marathon de seize mois.   

Cette période a été difficile pour le NPD. Le nombre de membres a fondu de moitié depuis 2012. Les efforts de financement ont été infructueux, voire improductifs. Les militants restants, peu mobilisés. Tout ça alors que le parti traîne une dette importante.

Malgré la performance de Thomas Mulcair, toujours aussi solide à la Chambre des communes, le NPD a été totalement éclipsé par la lune de miel du gouvernement Trudeau et par la course à la direction du Parti conservateur. Sans oublier tout l’espace qu’occupe la politique américaine depuis l’entrée en scène de Donald Trump.

Le débat du 12 mars était une bouffée d’air frais pour les néo-démocrates, qui ont bien besoin d’oxygène. Les militants de la région d’Ottawa se sont d’ailleurs présentés nombreux pour ce premier évènement de la campagne, forçant les organisateurs à louer une autre salle pour accueillir tout le monde.

Contrairement aux débats du Parti conservateur, embourbés avec 14 candidats sur scène, celui du NPD a été rafraîchissant. D’abord, il était véritablement bilingue. Ensuite, chaque candidat a eu davantage de temps de glace. Il y a eu des périodes d’échanges et de débats libres.

Citer Layton, mais pas Mulcair

Les candidats s’entendent sur plusieurs constats, comme la croissance des inégalités économiques, la précarisation des emplois et l’appauvrissement des ménages. Ils veulent protéger l’environnement et agir pour freiner les changements climatiques.

Surtout, les candidats veulent tous reconstruire les ponts avec les militants. Ils se réclament à l’unisson de Jack Layton, dont le nom a été mentionné une douzaine de fois lors du débat.

En revanche, personne n’a prononcé le nom de Thomas Mulcair. Pourtant, le chef sortant a livré la deuxième performance électorale de l’histoire du parti, après celle de 2011, autant en sièges qu’en voix exprimées. En fait, aucun chef recrue du NPD n’a fait mieux que Mulcair à sa première tentative.

Le vote de non-confiance qui lui a été réservé à Edmonton explique probablement cette distance. N’empêche, aucun des candidats officiels ou potentiels ne recueille autant d’appui sur Facebook que le groupe souhaitant le retour de Mulcair… Quelqu’un osera-t-il tenter de récupérer ce mouvement et ces militants déçus par la décision du Congrès?

Si les candidats semblent partager les mêmes valeurs, les mêmes principes et les mêmes constats, on voit déjà poindre les enjeux qui pourraient créer des étincelles. 


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Peter Julian, député de Colombie-Britannique et ancien leader en Chambre, est un excellent organisateur et a des racines au Québec, où il a étudié et travaillé pendant une dizaine d’années. Premier au bloc de départ, il a pris une courte avance sur le plan de l’organisation et du financement. Ses conseillers québécois l’ont amené à prendre position rapidement contre le projet d’oléoduc Énergie Est, lui qui était déjà contre le pipeline Kinder Morgan, en Colombie-Britannique. En faisant de la question un enjeu fondamental de sa course, il se démarque clairement du gouvernement néo-démocrate albertain de Rachel Notley, favorable aux pipelines. Les troupes de Notley sont les seuls néo-démocrates au pouvoir quelque part au pays et se revendiquent de l’aile pragmatique du parti.

Julian veut aussi couper l’herbe sous le pied de Niki Ashton, qui se réclame de Bernie Sanders. Députée manitobaine depuis 2005, Ashton est aussi la fille d’un ex-ministre puissant au sein du précédent gouvernement néo-démocrate du Manitoba. Paradoxalement, elle veut faire campagne contre les élites. Seule candidate de la course de 2012 à reprendre le collier, elle avait alors reçu l’appui de l’aile socialiste du NPD, ce qui lui a valu une septième place avec moins de 6 % des voix.

Ashton a pris de l’assurance et une certaine maturité depuis. Elle se positionne pour tenter de rallier les «leapers», c’est-à-dire les militants qui appuyaient le manifeste «Un bond vers l’avant – The Leap Manifesto». Ce manifeste a déchiré les délégués au congrès d’Edmonton l’an dernier, l’aile gauche y voyant un retour aux véritables sources du parti, les pragmatiques, un document radical et irréaliste.

Ashton est également celle qui ramène la sempiternelle question existentielle qui tourmente les néo-démocrates à chaque cycle de renouvellement: est-ce que former un gouvernement devrait être l’objectif du NPD?

Charlie Angus, député du Nord de l’Ontario et ex-président du caucus, est un musicien, ex-membre des groupes L’Étranger et Grievous Angels. Il a fait sa marque à Ottawa en se portant à la défense des communautés autochtones et veut faire campagne pour défendre la classe ouvrière– une rhétorique populiste qui a souvent fonctionné pour le NPD dans le passé. L’aile syndicale du parti sera sensible à cette approche, qui rappelle Ed Broadbent et sa campagne pour défendre «le monde ordinaire».

Si Angus se débrouille moins bien que les autres en français, il s’est beaucoup amélioré et est plus à l’aise dans la langue de Molière que la majorité des candidats à la direction du Parti conservateur.

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Le Québécois Guy Caron apporte avec lui sa crédibilité d’économiste. Le député de Rimouski a déjà déposé une proposition pour un revenu de base garanti, ce qui risque de plaire aux néo-démocrates en recherche d’idée fortes et nouvelles. Son côté pragmatique rassurera les autres, en plus de son programme étoffé. Sur la question des pipelines, il semble également plus ouvert aux compromis, souhaitant avant tout de meilleures évaluations environnementales.

Par ailleurs, Caron est le seul qui a osé soulever la question identitaire, l’éléphant dans la pièce. Lors du débat, il n’a pas hésité à affirmer que la position du NPD sur le niqab n’a pas répondu aux préoccupations des Québécois et manquait d’empathie, lors du dernier scrutin. En effet, aucun enjeu n’a eu autant d’impact pour le NPD lors de la campagne en 2015.

Les questions identitaires, de valeurs, de symboles religieux et d’immigration sont loin d’être réglées. Ces enjeux ont d’ailleurs joué un rôle dans la victoire de Jean-François Lisée à la tête du PQ, tout comme ils sont au centre des débats chez les conservateurs. Caron souhaite, à juste titre, que le parti débatte de ces questions, en affirmant «qu’il faut y faire face de façon raisonnée, plutôt que de tenter de le politiser comme le font les autres partis».

Resteront-ils seulement quatre candidats? Au moins trois autres personnes songent à se lancer: le chef adjoint du NPD ontarien, Jagmeet Singh, le coloré syndicaliste Sid Ryan, et l’ex-ombudsman des anciens combattants, Pat Strogan. Ils ont jusqu’au 3 juillet pour se lancer.

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Karl Bélanger est un ex-directeur national du NPD et président de la Fondation Douglas-Coldwell.