Politique

6 observations à propos de Gabriel Nadeau-Dubois

Rien ni personne ne polarise autant l’opinion publique que Gabriel Nadeau-Dubois. À part peut-être la coriandre.

PC / Ryan Remiorz

On serait mûrs pour une psychanalyse

Le degré de haine et d’amour que génère l’aspirant chef est… spectaculaire. À part la coriandre, je ne connais rien qui déchaîne autant les passions en faisant si peu.

Et ça n’a rien à voir avec ce qu’il dit ou ce qu’il fait. Le jeune homme pourrait se pointer à Marina et parler de scrapbooking qu’il polariserait quand même le public et se ferait accuser de vouloir mettre le Québec à feu et à sang avec ses ciseaux à denteler.

Ce n’est ni sain ni normal.

On a tendance à oublier à quel point 2012 était une drôle d’année. On se souvient que ça brassait, que c’était tendu, mais on a oublié à quel point c’était émotif.

En fait, on ne l’a pas oublié: notre cerveau l’a enfoui au fond de nous-mêmes, pour ne pas avoir à gérer ça au quotidien. L’inconscient du Québec est donc rempli d’émotions refoulées qu’on laisse remonter chaque fois que l’ancien leader étudiant se pointe à la télévision.

Si on veut pouvoir évoluer en tant que société, il faudra peut-être prendre un rendez-vous de groupe chez le psychanalyste.

GND est plus jeune que le batteur de Hanson

Hanson, le trio de frères qui chantaient «MMMBop», fait carrière depuis 25 ans. Gabriel Nadeau-Dubois a 26 ans.

Il n’y a aucun lien entre les deux et ça ne veut rien dire, mais ça me fascine quand même.

Est-ce qu’on a trop parlé de lui?

Je l’ignore, mais je sais que si le préambule de tes deux heures de radio à son sujet, c’est qu’on parle trop de lui, y a quelque chose qui cloche dans ton plan.

Mais… est-ce qu’on en a trop parlé?

Disons seulement qu’un extraterrestre débarqué il y a deux semaines s’attendrait à une victoire de QS aux prochaines élections. (SVP, ne lui dites pas que le Parti libéral va encore gagner. Laissez-le vivre avec ses illusions un peu. Il vient d’arriver et il est si loin de sa planète…)

Pendant ce temps, il y a une course à la direction au NPD, et si vous me demandiez de nommer deux des candidats, je dirais… heu… que j’ai un rendez-vous urgent, j’avais complètement oublié, faut absolument que j’y aille, O.K., bye!

Il l’a facile dans les médias, mais…

Dans ses 4 721 apparitions médiatiques, on aurait souvent pu le questionner un peu plus durement. C’est clair. J’imagine que ce sera pour après le rendez-vous chez le psychanalyste. (Quelqu’un en a un bon à recommander?)

Mais s’il l’a facile à certains endroits, il a également droit à des textes extraordinairement acides de la part de ses détracteurs.

Après quelques paragraphes sur la façon dont Radio-Canada le présente en Moïse venu séparer les eaux du capitalisme, ils alignent inévitablement une série de délires dans lesquels un gouvernement solidaire (qui est à nos portes, rappelons-le) ramènerait les goulags, enfermerait ses opposants et fusillerait les riches au square Émilie-Gamelin.

Parce que, évidemment, si tu n’es pas férocement capitaliste, tu es obligatoirement pour le retour d’un communisme à la russe, exécutions publiques incluses. Au Journal de Québec, une chronique de Michel Hébert, qui décrit Nadeau-Dubois comme «l’enfant prodige du conseil central» est même coiffée de cette image:

Hebert

Encore une fois, la psychanalyse s’impose. J’attends avec impatience la chronique qui va décrire un futur Québec caquiste comme le Chili de Pinochet. Ben quoi? Les deux tripent sur le capitalisme!

Il faut dire que…

On a le «radical» vraiment facile

Paraît que Gabriel Nadeau-Dubois est un radical. Rien de moins. Il faut dire qu’on a le «radical» facile quand on parle de la gauche au Québec.

GND est radical.

Amir Khadir est radical.

N’importe quelle personne dans une manifestation est radicale.

Le café qu’on sert à l’UQAM est radical.

Et si tout ça est radical, le Black Bloc qui casse une vitrine en gueulant «Mort au capitalisme patriarcal et à l’hégémonie occidentale!», lui, doit être extra-méga-super-ultra-radicalement radical.

Pendant ce temps, le conservateur Maxime Bernier est un libertarien qui tripe tellement sur la main invisible du marché qu’il doit en avoir une reproduction dans son bureau, comme Céline Dion a une reproduction de la main de René Angélil. Bernier et Nadeau-Dubois sont au même point de radicalité dans leurs philosophies respectives, mais je n’ai jamais entendu personne qualifier le candidat conservateur de dangereux radical.

Gabriel Nadeau-Dubois, qui a gagné sa vie en collaborant avec plusieurs médias de masse, se présente aux élections. Voilà deux assez bons moyens d’être conspué par les vrais radicaux, qui crieront sans faillir: «Élections: piège à con», en rappelant que si on te donne une tribune dans les grands médias, c’est que tu ne menaces personne.

Bref, calmons-nous le radical un peu. Bernier et GND ne sont pas radicaux: ils sont cohérents dans leurs idées. Ils suivent une ligne idéologique claire et cohérente. On a peut-être perdu l’habitude de ça en politique.

Sinon, les jeudis après-midi, pour la psychanalyse, ça vous irait?

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Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique.


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