Politique

Succession de Stephen Harper: que le moins pire gagne

À deux mois du vote à la succession de Stephen Harper, bien malin qui prédirait l’issue du scrutin.

Des candidats à surveiller: Maxime Bernier, Erin O'Toole, Kellie Leitch (en haut), Kevin O'Leary et Andrew Scheer. (Photo: La Presse Canadienne)
Des candidats à surveiller: Maxime Bernier, Erin O’Toole, Kellie Leitch (en haut), Kevin O’Leary et Andrew Scheer. (Photo: La Presse Canadienne)

Plus d’un an après le lancement officiel de la campagne au leadership conservateur, aucun des 14 candidats ne se démarque suffisamment pour qu’on puisse parier qu’il ou elle l’emportera lors du dévoilement des résultats, le 27 mai. En voici cinq que les observateurs conviennent de surveiller.

Candidat de la première heure, Maxime Bernier mène depuis bientôt un an une campagne fidèle à sa conception d’un État moins interventionniste dans les affaires de ses citoyens.

S’il était premier ministre, Maxime Bernier mettrait fin au soutien étatique accordé à des entreprises comme Bombardier ou les géants de l’industrie automobile.

Il abolirait le système de gestion de l’offre, un engagement qui pourrait lui coûter des votes au Québec, mais qui est populaire dans bien des cercles conservateurs du reste du Canada.

Alors qu’il était simple député, en 2011, il s’était notamment prononcé pour l’abolition du chapitre de la Charte de la langue française qui limite la liberté de choix en matière de lan­gue d’enseignement.

Si les conservateurs cherchent à se doter d’un chef déterminé à défendre une tout autre conception du rôle de l’État fédéral que celle dont se sont inspirés Stephen Harper ou Brian Mulroney, ils trouveraient leur compte en élisant Maxime Bernier.

S’ils cherchent plutôt un chef susceptible d’amener le Québec dans le giron conservateur, il pourrait y avoir méprise sur le candidat. Les idées de Maxime Bernier vont à contre-courant de la culture politique dominante au Québec et de celle de ses propres collègues québécois. La majorité d’entre eux se sont rangés dans d’autres camps que le sien.


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Kevin O’Leary surfe depuis des mois sur sa notoriété de vedette de téléréalité et sur le fait qu’il est un communicateur hors pair — du moins en anglais. Autant que faire se peut, M. O’Leary s’est soustrait aux débats qui auraient permis de prendre la pleine mesure de l’état pitoyable de son français.

Mais surtout, le candidat O’Leary est d’une ignorance crasse quant au fonctionnement de la fédération canadienne. Depuis le début de sa campagne, il a notamment suggéré de vendre les sièges du Sénat au plus offrant. Il affirme que s’il était premier ministre, il priverait les provinces qui imposent un prix sur le carbone d’une somme équivalente en transferts fédéraux. Il punirait financièrement les provinces qui imposeraient un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste.

Kevin O’Leary est pour le libre choix en matière d’avortement et pour le mariage entre conjoints de même sexe, des positions qui sont loin de faire l’unanimité au sein du Parti conservateur. La parité homme-femme en politique ne semble pas, par contre, être sur son radar. Il estime qu’en composant un cabinet paritaire, Justin Trudeau a sacrifié la compétence à la diversité.

De tous les candidats, la députée ontarienne Kellie Leitch est celle qui se revendique le plus de la mouvance de Donald Trump sur des sujets comme l’immigration ou les réfugiés. Elle voudrait leur imposer un test des valeurs pour protéger l’identité canadienne. À l’entendre, il n’y aurait pas de distinction identitaire entre les deux peuples fon­dateurs du Canada ou encore les Premières Nations.

À titre de première minis­tre, elle supprimerait les subventions au transport en commun aux villes qui, comme Montréal ou Toronto, s’affichent en tant que villes refuges. Comme la majorité de ses rivaux, Mme Leitch ne parle pas le français couramment. Dans une langue offi­cielle ou dans l’autre, elle ne pèche pas par excès d’éloquence.

Moins colorés que les Bernier, O’Leary et Leitch, deux autres candidats pourraient finir par faire figure de compromis.

Le Saskatchewanais Andrew Scheer est l’ancien président de la Chambre des communes. Il est identifié à l’aile religieuse du parti, qui pourrait se rallier en bloc à sa candidature au fil du scrutin. Au Québec, il fonde l’espoir de récolter des votes sur sa promesse de défendre la gestion de l’offre.

Lorsqu’ils ont choisi un chef intérimaire pour les diriger aux Communes, les députés conservateurs sont passés à deux doigts d’élire Erin O’Toole plutôt que Rona Ambrose. Ce député ontarien n’a rien d’une bête de scène politique, mais il est néanmoins considéré comme une valeur sûre par ses collègues. C’est lui que Gérard Deltell, l’ancien chef adéquiste devenu député conservateur, a choisi d’appuyer.