Politique

Budget Leitao: la clé du système de santé?

L’enveloppe de 100 millions $ dévolue au chantier du «financement axé sur les patients» permettra de mettre les hôpitaux en compétition, selon Gaétan Barrette.

(Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienne)

Perdu au milieu de la mer de chiffres du budget Leitao, une petite somme qui ne représente que 0,3 % des 37 milliards accordés à la santé pourrait représenter le salut du système public québécois.

L’enveloppe dévolue au chantier du «financement axé sur les patients» n’est que de 100 millions, mais le ministre Gaétan Barrette croit qu’il s’agit d’un investissement majeur. «C’est la clé du maintien du système de santé», dit-il en entrevue.

Le FAP, comme on l’appelle dans le jargon bureaucratique, repose sur la capacité de déterminer avec précision le coût des services offerts dans les hôpitaux.

Jusqu’ici, leurs budgets annuels étaient établis en fonction de l’historique des dépenses. Un hôpital pouvait aisément s’attendre à recevoir les sommes reçues l’année précédente, indexées au coût de la vie. Mais cela va changer, promet Gaétan Barrette.

Le ministre de la Santé souhaite que d’ici deux à trois ans, les budgets soient établis en fonction des coûts véritables liés aux soins. En ce sens, il veut mettre les hôpitaux en compétition en chiffrant de façon précise chaque acte médical.

Les gestionnaires n’ont pas les outils pour aller plus loin, croit le ministre. Le geste de plus c’est celui-là.

Les patients seront suivis dès leur arrivée à l’hôpital et chacun des soins qu’ils recevront sera comptabilisé. Ainsi, il sera possible de savoir combien coûte un type de soins dans chacun des hôpitaux du Québec. «La force de l’outil, c’est l’objectivité», croit Gaétan Barrette.

À terme, on estime que cette mise en compétition poussera les coûts de gestion vers le bas et permettra de sauver des millions. «Quelque part entre 0 et 5 %», estime le ministre. Par exemple, si l’économie était de 3 %, il serait possible de dégager un montant d’un milliard que l’on pourrait réinvestir dans les services. «Si on veut éviter le plus longtemps possible de toucher au panier de services, il y a cette gestion-là», dit le ministre de la Santé.

Pour en avoir le cœur net, un banc d’essai a été installé à l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec. On y teste une solution informatique développée par une firme australienne, PowerHealth Solutions, et qui doit permettre de suivre le patient dès son entrée à l’hôpital jusqu’à sa sortie.

Mais selon nos informations, l’implantation de ce système se heurte à la résistance de certains gestionnaires qui y voient une intrusion du ministère dans l’administration des budgets d’établissements.

Qu’à cela ne tienne, des crédits additionnels de 15 millions de dollars y seront consacrés l’an prochain et 30 millions l’année suivante. On espère que le système sera complètement opérationnel d’ici trois ans et que l’efficacité y gagnera.

En attendant, les budgets des établissements de santé ne cessent d’augmenter: 328 millions de plus cette année et 738 millions l’an prochain. D’ici la mise en place du FAP, ce sont les médecins qui financeront en parties cette progression, par le biais du plafonnement de la hausse de leur rémunération à 3 %. Québec espère ainsi économiser plus de 550 millions sur deux ans à condition, bien sûr, que les médecins y consentent.


À lire aussi:

Budget Leitao: le mirage des services de qualité pour la petite enfance