Politique

Quand Québec avale la fumée d’Ottawa

Il ne faut pas compter sur Québec pour vanter les mérites de la légalisation de la marijuana.

Le gouvernement Couillard perçoit la légalisation du cannabis comme une figure imposée du fédéral. (Photo : Darryl Dyck / La Presse Canadienne)

À voir la tête d’enterrement des ministres fédéraux dépêchés le mois dernier pour expliquer le projet libéral de légaliser le cannabis, on aurait pu oublier qu’il était question de la promesse la plus ludique de Justin Trudeau.

Le contraste entre le ton du chef libéral lors de la campagne de 2015 et le discours qui entoure sa réalisation était saisissant. Quand M. Trudeau courtisait les jeunes électeurs, il y a 18 mois, il ne leur parlait guère des méfaits du cannabis. Lorsque ses ministres se sont présentés à la presse au début avril, ils n’avaient que les maux de la marijuana à la bouche.

Il faut dire qu’au moment où ses membres se sont prononcés en faveur de la légalisation du cannabis, en 2012, le Parti libéral était en pleine crise existentielle. En troisième place aux Communes et sans grand espoir de renouer de sitôt avec le pouvoir, le parti ne se souciait pas nécessairement de devoir passer de la parole aux actes. La défunte promesse de réforme du mode de scrutin faisait partie de la même catégorie.

Contrairement à cette dernière promesse, le projet de légaliser le cannabis engage, bien malgré elles, les provinces. Elles vont devoir créer de toutes pièces un système pour mettre en marché et vendre du cannabis.

Dans le passé, l’Assemblée nationale a défriché le terrain du droit à l’avortement, du mariage entre conjoints de même sexe et de l’aide médicale à mourir. À tous les coups, le Québec était à des années-lumière du reste du Canada. Ce n’est pas le cas avec le cannabis.

Pour le gouvernement de Philippe Couillard comme pour celui de son homologue ontarienne, Kathleen Wynne, le projet de Justin Trudeau est une figure imposée d’autant plus malvenue que la commande fédérale survient en pleine période préélectorale. Il ne faut pas compter sur Québec pour en vanter les mérites.

Dans le reste du Canada, c’est au député Bill Blair, ex-chef de la police de Toronto, que le gouvernement Trudeau a confié le service après-vente de son projet. Parité hommes-femmes oblige, M. Blair ne siège pas au Cabinet. Mais à Ottawa, il est de moins en moins rare de voir des députés masculins hériter de missions plus importantes pour le gouvernement que celles dont sont chargées certaines ministres. Dans le dossier des relations canado-américaines, par exemple, le premier ministre a confié au général à la retraite Andrew Leslie un rôle majeur qui lui aurait valu, à une autre époque, de siéger au Conseil des ministres.

Parmi les qualités du député Blair, on ne trouve pas la connaissance du français. Au Québec, c’est plutôt la ministre de la Santé, Jane Philpott, qui est montée en première ligne pour donner la réplique, dans une lettre ouverte, aux critiques du gouvernement Couillard.

La ministre Philpott est indubitablement une étoile de l’équipe Trudeau.

Au sein du gouvernement, on se félicite de son doigté dans la gestion de deux dossiers délicats : l’aide médicale à  mourir et le renouvèlement d’ententes avec les provinces.

Mais dans la partie qui s’engage avec Québec, les succès de Mme Philpott ne sont pas des atouts. Le gouvernement Couillard voudrait que les tribunaux clarifient des dispositions de la loi fédérale sur l’aide à mourir, qu’il juge nébuleuses. Et le high five avec lequel la ministre a salué aux Communes la conclusion, à ses conditions, d’accords avec les provinces sur le financement de la santé a envoyé un mauvais signal à ses homologues, en particulier Gaétan Barrette.

Par la suite, l’ex-directeur parlementaire du budget Kevin Page, qui dirige aujourd’hui un institut consacré aux finances publiques à l’Université d’Ottawa, a conclu que les provinces se sont fait rouler dans la farine en acceptant de signer, au rabais et dans le désordre, des ententes bilatérales avec le gouvernement Trudeau.

Tout cela pour dire qu’en dépêchant Mme Philpott sur le front québécois du débat sur le cannabis, le gouvernement Trudeau met de nouveau en évidence le caractère effacé de son caucus québécois.