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Donald Trump Jr. marquera-t-il l’histoire?

Pour la toute première fois, les Américains ont la confirmation qu’un proche du président a essayé de collaborer avec la Russie. 

Donald Trump Jr. lors d’une entrevue sur la chaîne Fox News. (Photo: AP Photo/Richard Drew)

Essayons une expérience de pensée. Que feriez-vous si, dans le cadre de la campagne présidentielle de votre père, une connaissance (que vous avez croisée à quelques reprises sur un terrain de golf et qui s’est associée à votre père pour organiser le concours Miss Univers à Moscou) vous envoyait un courriel pour vous suggérer de rencontrer une avocate russe parce qu’elle serait susceptible de vous transmettre des informations secrètes qui pourraient incriminer sa rivale? Si vous vous dites « J’adorerais avoir cette rencontre! », vous devriez bien vous entendre avec Donald Trump Jr.

Ces nouvelles révélations dans le dossier russe sont très embarrassantes pour l’administration Trump. Cette fois-ci, personne ne peut évoquer l’argument de la fausse nouvelle. L’idée martelée par le président qu’il s’agit de la « plus grande chasse aux sorcières de l’histoire politique » américaine se défend aussi beaucoup plus difficilement. En effet, Donald Trump Jr. a lui-même publié sur son fil Twitter une chaîne de courriels dans laquelle on pouvait constater qu’il avait bel et bien eu l’intention d’aller chercher de l’information pouvant nuire à Hillary Clinton durant la campagne présidentielle. Pour la toute première fois dans ce dossier, les Américains ont la confirmation qu’un proche du président a essayé de collaborer avec la Russie.

Il faut toutefois mettre un bémol sur ces révélations, car les renseignements disponibles ne sont pas nécessairement incriminants. D’un point de vue juridique, rien n’indique encore qu’une loi ait été violée. L’avocate russe n’avait apparemment pas les informations attendues. Il s’agit donc pour l’instant d’une tentative de collusion.

Si le père félicite le fils pour sa transparence, les médias américains n’ont pas été doux à l’égard de Donald Trump Jr. Les plus complaisants l’ont traité de maladroit tandis que les plus méchants l’ont carrément qualifié d’idiot. Plusieurs avancent même que ces révélations seront catastrophiques pour la présidence de Trump, ce qui pourrait ultimement mener à des procédures de destitution.

Or, rien n’indique que ce soit cette goutte qui fasse déborder le vase. D’une part, les républicains au Congrès sont particulièrement silencieux sur ces nouvelles révélations. À titre de comparaison, ils ne s’étaient pas gênés pour pourfendre Trump sur ses remarques sexistes à l’égard de la journaliste de MSNBC Mika Brzezinski, mais lorsque des nouvelles touchent directement la réputation politique du président et du parti, le silence est palpable. Tous évitent de commenter l’affaire sur les réseaux sociaux et les journalistes doivent poursuivre les élus républicains pour tenter de leur soutirer des commentaires sur cette controverse. Ceux qui osent prendre la parole publiquement ne critiquent pas directement le président, préférant souligner qu’il existe des mécanismes et des comités qui se penchent sur cette affaire. La stratégie reste de minimiser l’importance de cette controverse.

D’autre part, les chances sont minces que cette histoire ait une influence majeure sur l’opinion publique. Les Américains sont extrêmement divisés sur la question de la véracité du « Russia Gate ». Avant la sortie de ces dernières révélations, 46% des Américains croyaient toujours que le dossier russe était une distraction – contre 50% qui le jugeaient comme un enjeu important. Cela dit, ce qui est encore plus révélateur, c’est la partisanerie qui teinte ces résultats : 83% des républicains disaient qu’il s’agissait d’une distraction tandis que 83% des démocrates considéraient cette controverse comme un enjeu important.

Évidemment, cela ne veut pas dire que les républicains vont défendre à jamais la famille Trump, particulièrement si les preuves s’accumulent sur le bureau de Robert Mueller, le procureur spécial nommé pour faire la lumière sur cette controverse. Les prochains jours seront donc cruciaux. On verra comment l’administration Trump et les élus républicains vont construire le discours entourant ces courriels et, ultimement, quel sens vont donner les électeurs à cette crise.

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Julie Dufort est chercheure à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.