Politique

L’effet GND

Qualifié de « radical à cravate » par son entourage, le député-vedette de Québec solidaire débarque comme un trouble-fête en politique québécoise. Que compte-t-il vraiment accomplir?

Gabriel Nadeau-Dubois faisait la une de notre magazine pour la première fois en 2012.

La première fois que Gabriel Nadeau-Dubois est apparu en page couverture de L’actualité, en pleine crise étudiante du printemps 2012, les réactions ont été féroces. Comment un magazine responsable pouvait-il mettre en vedette ce jeune révolté, qui refusait de plier devant l’ordre établi ?

Dans des foyers où L’actualité est une lecture familiale, des parents ont soustrait ce numéro à la vue de leurs enfants, allant jusqu’à jeter le magazine à la poubelle sans même le lire, comme nous l’a raconté une mère inquiète d’un effet de sédition par contagion.

Les nerfs étaient à vif durant ces mois de perpétuelles manifestations. Ces réactions de lecteurs montraient à quel point le Québec vivait un moment fort de son histoire récente.

Elles prouvaient également la pertinence de notre choix de couverture.

Cinq ans plus tard, l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois à l’Assemblée nationale constitue aussi un moment marquant, ce qui lui vaut ce retour en première page. Aujourd’hui comme en 2012, « faire la une » de L’actualité n’est pas un gage d’approbation, mais plutôt la reconnaissance d’une influence notable sur le temps présent.

Peu importe l’opinion que l’on peut avoir de l’homme, il est difficile de nier la présence d’un nouvel « effet GND ». Son parti, Québec solidaire, a vu le nombre de ses membres croître de 50 % depuis le printemps et talonne désormais le Parti québécois dans les intentions de vote, derrière le Parti libéral du Québec et la Coalition Avenir Québec. Françoise David peut aussi se retirer en paix : la transition à la tête de la formation semble se dérouler sous des auspices plus favorables que chez son voisin péquiste.

Le chef du bureau politique de L’actualité, Alec Castonguay, dresse dans ce numéro un portrait en profondeur de celui qui se présente maintenant comme un « radical à cravate », dont les promesses de changement font particulièrement mouche auprès des jeunes. Selon un sondage CROP-L’actualité, près de 60 % des moins de 35 ans approuvent l’évolution de son engagement de la rue au Parlement, une opinion trois fois plus répandue que chez leurs aînés, pour qui le zèle contestataire de Nadeau-Dubois n’est, sans surprise, guère plus apprécié qu’en 2012.

Gabriel Nadeau-Dubois est de la génération qui n’a pas connu le monde sans Internet. Il est peut-être le premier politicien québécois postmoderne, adapté aux nouvelles règles d’une société où la capacité d’attirer l’attention est gouvernée par les algorithmes de Facebook. « Il faut que la gauche accepte de déranger, c’est comme ça qu’on réussit à se démarquer », dit-il.

Le programme de Québec solidaire le sert bien à cet égard. Nationalisation de grands pans de l’économie, gratuité scolaire totale, décriminalisation de toutes les drogues, semaine de travail de 32 heures pour tous sans perte de salaire… Pas étonnant que de telles utopies récoltent facilement des mentions « J’aime ».

Le défi sera maintenant pour le politicien d’accumuler des bulletins de vote lors des élections à venir. Ses plus ardents partisans voient en lui un saint capable de faire des miracles, mais il est un peu tôt pour ouvrir son procès de canonisation. L’effet GND sera-t-il aussi efficace dans le théâtre de l’Assemblée nationale ? Réussira-t-il à rapprocher la gauche du pouvoir ? Ou, au contraire, sa popularité ne fera-t-elle qu’accentuer la division du vote et favoriser la réélection des libéraux ?

Au-delà de la politique partisane, on pourrait aussi souhaiter que l’effet GND convainque un nombre record de jeunes électeurs d’exercer leur droit de vote au prochain scrutin. Le taux de décrochage électoral s’accroît au fil des ans à un rythme inquiétant pour ceux qui croient dans les institutions démocratiques actuelles. Gabriel Nadeau-Dubois rendra service à tous s’il accomplit ce premier petit miracle.